Des drapeaux et bannière du Hezbollah sur des décombres dans la ville de Nabatiyé au Liban-Sud, le 29 novembre 2024. Photo d'illustration Matthieu Karam/L'Orient-Le Jour
Israël fait pression sur l’armée libanaise pour qu’elle multiplie ses efforts pour le désarmement du Hezbollah, notamment en procédant à des perquisitions dans des propriétés privées du Liban-Sud, ont indiqué à Reuters trois responsables de la sécurité libanaise et deux responsables israéliens. Cette demande, soulevée ces dernières semaines, a été rejetée par le commandement militaire libanais, qui craint qu’elle ne déclenche des troubles civils et ne fasse dérailler une stratégie de désarmement jugée prudente mais efficace par l’armée, ont souligné les responsables libanais interrogés.
L’armée demeure confiante dans sa capacité à déclarer la zone comprise au sud du Litani exempte d’armes du Hezbollah d’ici la fin 2025. Pour ce faire, des opérations de ratissage de vallées et de forêts de la zone ont permis de localiser plus de 50 tunnels et de confisquer plus de 50 missiles guidés ainsi que des centaines d’autres armes, selon deux sources civiles libanaises informées sur les opérations de la troupe. Cependant, le plan de l’armée n'inclut la fouille de propriétés privées, selon les responsables de la sécurité libanaise. Israël estime en revanche que le succès de cette approche est compromis sans de telles mesures. Toutes les sources ont requis l’anonymat en raison de la sensibilité du dossier. L’armée libanaise a refusé de commenter, conformément à sa politique habituelle envers les médias.
Les perquisitions réclamées via le « Mécanisme »
Deux responsables sécuritaires libanais ont dans ce cadre précisé qu’Israël avait réclamé ces perquisitions durant le mois d'octobre lors de réunions du « Mécanisme », le comité dirigé par les États-Unis qui rassemble des officiers libanais et israéliens et la Force intérimaire de l'ONU au Liban, pour vérifier l’application de la trêve. Peu après, Israël a intensifié ses opérations terrestres et ses frappes aériennes dans le sud du Liban, affirmant cibler les tentatives de réarmement du Hezbollah. Ces frappes ont été perçues comme un avertissement clair : faute de fouilles plus intrusives, une nouvelle campagne militaire israélienne d’envergure pourrait être déclenchée, selon les responsables sécuritaires libanais. « Ils exigent que nous procédions à des fouilles domicile par domicile, et nous ne le ferons pas... Nous n’allons pas faire les choses à leur façon », a confié l’une de ces sources.
Le Hezbollah est fortement affaibli par l’incursion israélienne ainsi que par les attaques israéliennes et américaines contre son allié iranien, mais il conserve un pouvoir considérable dans la communauté chiite, au sein du fragile système politique confessionnel du Liban.
Le bureau du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu n’a pas non plus répondu à une demande de commentaire, mais celui-ci avait déclaré le 2 novembre : « Nous attendons du gouvernement libanais qu’il tienne ses engagements, à savoir désarmer le Hezbollah, mais il est clair que nous exercerons notre droit à l’autodéfense conformément aux conditions du cessez-le-feu. Nous ne permettrons pas au Liban de redevenir un front contre nous et nous agirons si nécessaire. »
Le Liban veut éviter une confrontation
L’armée libanaise craint que les habitants du sud considèrent les perquisitions comme une soumission à Israël, qui avait occupé le sud du Liban pendant près de vingt ans jusqu’en 2000, avant d’y intervenir à nouveau l’an passé, selon les responsables de la sécurité. Beyrouth s’inquiète également d’un déplacement constant des exigences israéliennes, ce qui créerait un risque permanent d’escalade armée et compromettrait les tentatives de stabiliser un pays déjà secoué par des bouleversements géopolitiques et économiques, ajoutent les responsables de la sécurité et un responsable politique.
Mais des responsables israéliens affirment que le Hezbollah accélère ses efforts de réarmement à partir de propriétés privées dans le Sud et plus au Nord, et que l’armée libanaise ne s'oppose pas à ces efforts. Plusieurs articles de presse publiés en Israël ces derniers jours vont même jusqu'à accuser l'armée de collusion avec le parti chiite, ce que la troupe a démenti.
Selon le processus établi dans l'accord de cessez-le-feu, Israël transmet des renseignements sur des dépôts présumés du Hezbollah au « Mécanisme », qui les communique ensuite à l’armée libanaise pour traitement. Israël « intervient » parfois directement, notamment contre des transferts d’armes du Hezbollah ou lorsque l’État hébreu juge que l’armée libanaise n’a pas agi assez vite, en bombardant ces cibles, indique un responsable militaire israélien. Les responsables sécuritaires libanais assurent de leur côté que de nouveaux points de contrôle de l’armée dans le Sud empêchent le Hezbollah de déplacer des armes.
Le Hezbollah nie toute reconstruction dans le Sud, ne s’est pas opposé aux ratissages de l’armée libanaise dans cette zone et n’a pas tiré sur Israël depuis le cessez-le-feu de l’an dernier. Mais il a également refusé à maintes reprises de se désarmer totalement. Cette semaine, il a diffusé un communiqué public affirmant son « droit légitime » à défendre le Liban contre Israël.
Selon le responsable militaire israélien précité, le Hezbollah souhaite rester une force dominante au Liban – une volonté partagée par l’Iran.



Il faut arrêter de freiner l’armée et lui donner carte blanche afin qu’elle puisse agir et non faire semblant. Tous ces groupuscules ont tiré leur force de la faiblesse des dirigeants et gouvernants de notre pays qui trouvaient leur compte dans le chaos et la déstabilisation de notre sécurité. Des affaires en veux-tu en voilà se sont faites sur notre dos tout en nous promettant de nous sauver et nous jurer qu’ils sont empêchés. Ils se sont appropriés notre patrimoine et les caisses de l’état avec ses banques et viennent nous persuader de leur bonne foi à vouloir nous sauver.
11 h 46, le 11 novembre 2025