Gebran Bassil s'exprimant depuis Aïn el-Tiné le 10 juin 2024. Photo prise du compte X de M. Bassil.
Le chef du Courant patriotique libre (CPL), le député Gebran Bassil, a averti mardi qu’« une entente est en cours pour priver les expatriés de leur droit de vote », à l'issue d’une réunion du bureau politique du parti. Il a été jusqu'à évoquer « un scandale, un crime et une trahison ».
« Notre devoir est d’alerter les expatriés et de tenter d’empêcher un tel arrangement. C’est pourquoi nous le dénonçons publiquement, afin de dissuader ceux qui le préparent de poursuivre dans cette voie », a déclaré M. Bassil.
« Je m’adresse aujourd’hui aux expatriés, aux chrétiens et à leurs églises à travers le monde, et j’avertis tous les Libanais de toutes les communautés et régions où ils vivent : vous êtes sur le point de perdre votre droit de voter depuis l’étranger, que nous avons obtenu et inscrit dans la loi, a-t-il assuré. Ils conspirent pour vous retirer ce droit. »
Le député a également critiqué le gouvernement, qu’il juge « inefficace » et incapable de « défendre les intérêts de la diaspora ». « Il s’agit d’une autorité totalement incapable de proposer un quelconque projet au peuple libanais : ni budget réformiste, ni loi réformiste, ni plan pour restituer les fonds aux déposants », a-t-il ajouté.
La participation des Libanais de l’étranger au prochain scrutin, prévu au printemps 2026, divise le pays depuis plusieurs mois. Une majorité de députés, essentiellement anti-Hezbollah, souhaite amender la loi électorale de 2017 afin que les expatriés puissent voter pour les 128 sièges actuels du Parlement, et non pour six parlementaires additionnels réservés à la diaspora. Mardi dernier, plusieurs députés du camp anti-Hezbollah ont boycotté une séance parlementaire, qui a été reportée faute de quorum.
Dans ce contexte, M. Bassil s’en est pris au chef des Forces libanaises, Samir Geagea. « Des enregistrements vidéo et audio de plusieurs députés de l’époque, notamment Georges Adwan, représentant les Forces libanaises, devraient être entendus pour dévoiler le grand mensonge de leur leader, qui prétendait s’être opposé à la loi et que je l’aurais imposée, a-t-il affirmé. Aujourd’hui, Geagea orchestre un coup, comme il l’a toujours fait ».
Selon M. Bassil, le chef des Forces libanaises « se rétracte aujourd’hui comme à son habitude » et cherche à « annuler le vote des expatriés pour augmenter le nombre de voix qu’il obtiendrait à l’intérieur du pays ».
L’article 112 de la loi électorale de 2017, qui n’a pas été appliqué lors des législatives de 2018 et 2022, prévoit l’ajout de six sièges parlementaires réservés à la diaspora, qui viendraient s’ajouter aux 128 députés existants. Les Forces libanaises et plusieurs de leurs alliés réclament la suppression de cet article afin que les expatriés puissent voter pour les 128 parlementaires de la métropole. Le tandem chiite et le CPL réclament, eux, son application telle quelle. Selon les FL, les opposants à un amendement de la loi cherchent à échapper à un vote sanction de la diaspora et viseraient à « marginaliser la voix des expatriés ».
Le président du Parlement, Nabih Berry, refuse catégoriquement cette modification. M. Bassil a ce sujet indiqué avoir proposé donner aux Libanais de la diaspora « une option supplémentaire : choisir s’ils souhaitent voter pour les députés de la diaspora (les 6) ou pour des députés de l'intérieur (les 128), sans venir au Liban ».

