Un drapeau tunisien. Photo d'illustration AFP
Ahmed Souab, une figure du barreau en Tunisie, a été condamné vendredi à cinq ans de prison ferme après un procès express tenu en moins de dix minutes, pour des accusations liées notamment à la législation antiterroriste, a indiqué à l'AFP une avocate de son comité de défense.
M. Souab a également été condamné à trois années supplémentaires de « surveillance administrative », l'équivalent d'un contrôle judiciaire, a indiqué l'avocate Yosr Hamid.
Il avait été jugé le matin-même lors d'une audience ayant duré « seulement 7 minutes » avant la mise en délibéré, selon cette avocate. Elle a estimé que jamais un jugement n'avait été rendu aussi vite, s'inquiétant du « précédent » créé.
M. Souab, 68 ans, n'a pas été autorisé à comparaître en personne, et a décliné la visioconférence. Ses avocats ont refusé de plaider dans ces conditions, a expliqué Yosr Hamid, jugeant la procédure dénuée des « bases fondamentales pour un procès équitable ».
« Ils ont empêché les membres de la famille d'entrer et mis l'affaire en délibéré (au bout d'une séance), ce qui est une première », a aussi dénoncé Mongi Souab, un frère de M. Souab.
L'ancien magistrat, connu et respecté comme défenseur des droits humains et dans la lutte contre la corruption, faisait face à une dizaine de chefs d'accusation liés à la législation antiterroriste ou au décret présidentiel 54, sur les fausses informations.
Il avait été arrêté le 21 avril après avoir critiqué, lors d'une manifestation, les conditions du procès mené contre une quarantaine de personnalités dont des figures de l'opposition pour « complot contre la sûreté de l'Etat », dans lequel il était l'un des principaux avocats de la défense.
Face à un procès en seulement trois audiences, sans réquisitoire ni plaidoiries de la défense, Me Souab avait accusé le pouvoir d'avoir mis le « couteau sous la gorge du juge devant émettre le verdict », en mimant un geste d'égorgement, selon une vidéo du rassemblement auquel il participait.
De lourdes peines de prison allant jusqu'à 74 ans ont été prononcées à l'encontre des accusés du méga-procès pour « complot », parmi lesquels des opposants de premier plan au président Kais Saied. Le procès en appel doit avoir lieu le 17 novembre.
Plusieurs dizaines de personnes ont manifesté vendredi devant le tribunal, brandissant des photos de M. Souab, aux cris de « pays soumis à la répression et à la tyrannie ».
Le comité de défense de M. Souab a dénoncé, dans un communiqué, « un verdict scandaleux après la farce d'un procès de sept minutes », annonçant « son engagement total à oeuvrer pour son annulation par tous les moyens légaux ».
Ces avocats ont aussi appelé « les forces vives et composantes de la société civile à exprimer leur refus de l'instrumentalisation de la justice et à défendre l'indépendance du pouvoir judiciaire ».
Depuis un coup de force par lequel le président Saied s'est emparé de tous les pouvoirs à l'été 2021, plusieurs ONG tunisiennes et étrangères ont dénoncé une régression des droits et libertés dans le berceau du Printemps arabe en 2011.
Des centaines d'opposants, avocats, journalistes, syndicalistes et travailleurs humanitaires de l'aide aux migrants font l'objet de poursuites pour « complot » ou liées au décret sur les « fausses nouvelles », critiqué par les défenseurs des droits pour l'interprétation très large qu'en font certains tribunaux.


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