Des juifs ultra-orthodoxes protestent contre la conscription, le 30 octobre 2025 à Jérusalem. FADEL SENNA/AFP
Des milliers d'hommes en noir, la couleur portée par les juifs ultra-orthodoxes, se sont rassemblés jeudi à Jérusalem pour protester contre l'absence de loi leur permettant d'éviter la conscription obligatoire, ont constaté des journalistes de l'AFP. La police a fermé l'un des principaux axes menant à Jérusalem et mobilisé 2.000 agents dans la ville sainte. A l'appel des deux partis ultra-orthodoxes Judaïsme unifié de la Torah (JUT) et Shass, les manifestants ont afflué de tout le pays pour réclamer le rétablissement d'un arrangement qui exemptait du service militaire les étudiants des yeshivot (écoles talmudiques), avant son invalidation par la Cour suprême.
Cette exemption a été fragilisée par la guerre à Gaza, qui a mobilisé des centaines de milliers d'Israéliens alors que l'armée manquait de soldats et de réservistes. En vertu d'un arrangement remontant à la création de l'Etat d'Israël en 1948, les ultra-orthodoxes ont bénéficié pendant des décennies d'une exemption militaire de facto, à condition qu'ils se consacrent à l'étude à plein temps des textes saints du judaïsme dans des yeshivot. En juin 2024, la Cour suprême a tranché qu'une loi régularisant la conscription pour les ultra-orthodoxes devait être votée. Le projet de loi en discussion en commission parlementaire devrait pousser les jeunes ultra-orthodoxes qui n'étudient pas à plein temps à s'engager. Pour une partie des rabbins ultra-orthodoxes, l'appel à l'armée représente un danger, les jeunes risquant de s'éloigner de la religion. Mais certains acceptent que leurs fidèles qui n'étudient pas les textes saints à plein temps puissent s'engager.
Les partis Shass et JUT ont quitté le gouvernement dans l'attente d'un projet de loi promis dans les accords de coalition fin 2022, censé pérenniser l'exemption. Si le parti séfarade Shass (11 sièges) se retire de la coalition à cause de cette loi, le Premier ministre Benjamin Netanyahu risquerait de perdre sa majorité, ouvrant la voie à des élections anticipées, selon des experts. Les ultra-orthodoxes représentent 14% de la population juive d'Israël, soit près de 1,3 million d'habitants. Jusqu'à récemment, environ 66.000 hommes en âge de servir bénéficiaient d'une exemption.
Des milliers d'ordres de recrutement ont été envoyés ces derniers mois et plusieurs déserteurs incarcérés, entraînant des appels à manifester. Selon un rapport de l'armée présenté au Parlement en septembre, le nombre d'ultra-orthodoxes s'engageant volontairement est en hausse, malgré l'opposition de leurs dirigeants, mais les chiffres restent relativement faibles --seulement quelques centaines ces deux dernières années. Une partie plus radicale du mouvement, totalement opposée à toute concession avec l'Etat, a annoncé qu'elle ne participerait pas au rassemblement de jeudi.

