De la fumée s'élevant au-dessus des bâtiments du village d'al-Mazraa, dans le gouvernorat de Soueida, au sud de la Syrie, lors des affrontements entre les combattants des tribus bédouines et les hommes armés druzes le 18 juillet 2025. Photo AFP
Devant se rendre à Damas pour obtenir un passeport, Lamis et une de ses filles en sont revenues blessées : pour les habitants de la ville druze de Soueida, en Syrie, le chemin vers la capitale est désormais « la route de la mort ».
Depuis les violences intercommunautaires qui ont secoué le sud de la Syrie en juillet, faisant plus de 2.000 morts, les habitants de Soueida craignent de sortir de leur ville, tenue par les combattants druzes.
Mardi, le car qui ramenait de Damas Lamis et ses deux filles a été attaqué par des hommes armés. Bilan: deux morts et plusieurs blessés.
« On était allées à Damas (...) pour obtenir des passeports afin de voyager », raconte mercredi à l'AFP sur son lit d'hôpital cette femme de 32 ans, qui refuse de donner son nom de famille pour des raisons de sécurité. « Un homme à moto a arrêté le car et a demandé au chauffeur où on allait. Quand il a répondu +à Soueida+ (...) les balles ont commencé à pleuvoir », ajoute-t-elle. Lamis a été atteinte aux deux cuisses, sa fille âgée de sept ans gravement blessée à la main.
« Terrorisée »
« Je suis terrorisée, je ne prendrai plus la route », ajoute la jeune femme. « Pour nous, c'est désormais la route de la mort ».
L'agence officielle syrienne Sana a rapporté que « des hommes armés inconnus » avaient ouvert le feu sur le car transportant des civils. Le site local Suwayda24 a affirmé que le véhicule avait été visé « dans une zone où sont déployés des postes de contrôle des forces gouvernementales », précisant qu'un homme et une femme avaient été tués, et six personnes blessées, dont deux enfants.
La province de Soueida, dont la majorité des habitants sont issus de la minorité druze, avait été le théâtre d'affrontements en juillet entre combattants druzes et bédouins sunnites, alliés au pouvoir islamiste, qui avaient éclaté après l'enlèvement d'un commerçant druze par des bédouins sur cette même route.
Les combats s'étaient étendus avec l'intervention des forces gouvernementales et de tribus venues d'autres régions qui avaient affronté les groupes druzes.
Depuis, les forces gouvernementales sont déployées dans la province et contrôlent la route menant à Damas, alors que les groupes druzes, dont certains réclament l'autonomie, tiennent la ville de Soueida.
Selon l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH), la route vers Damas reste dangereuse en raison de la présence de barrages « tenus par des militants liés au pouvoir mais non affiliés aux forces de sécurité » gouvernementales.
« Comme un étranger »
Les violences avaient fait en juillet plus de 2.000 morts, dont 789 civils druzes « exécutés sommairement » par des membres des ministères de la Défense et de l'Intérieur, selon l'OSDH, basé au Royaume-Uni mais qui dispose d'un vaste réseau de sources en Syrie.
Ces affrontements, intervenus après des massacres d'alaouites sur le littoral en mars, avaient aggravé les craintes des minorités en Syrie depuis la prise de pouvoir par les islamistes qui ont renversé Bachar al-Assad en décembre 2024.
En septembre, les autorités syriennes avaient annoncé un plan soutenu par les Etats-Unis et la Jordanie voisine pour pacifier la province de Soueida, mais la situation demeure instable. Beaucoup d'habitants de Soueida renoncent désormais à quitter la ville.
« J'avais un rendez-vous dans une ambassade à Beyrouth » pour obtenir un visa, « mais je crains de ne pas pouvoir y aller », affirme à l'AFP Safwan Obeid, 40 ans. « Je dois passer par Damas, et la route n'est pas sûre puisque les cars sont visés, et il n'y a pas d'autre chemin », ajoute-t-il.
D'autres n'osent plus revenir dans leur ville, comme Modar, un étudiant en pharmacie à de l'université de Lattaquié (ouest) qui n'a plus vu sa famille depuis des mois.
« Depuis ce qui s'est passé hier, je ne pense plus aller » à Soueida « jusqu'à la fin de l'année universitaire », dit-il. « Je me sens comme un étranger dans mon propre pays ».

