Le Parlement libanais lors d'une séance consacrée à l'élection des membres des commissions et du Bureau de la Chambre, le 21 octobre 2025. Photo Ali Fawaz / Parlement libanais
Les Forces libanaises ont tranché dès dimanche soir : leurs députés ne participeront pas à la séance parlementaire de mardi, consacrée notamment à l'adoption d'un projet d'assistance d'urgence au Liban. Cette décision a été prise par le parti chrétien à l'issue d'une réunion « extraordinaire » à Meerab, afin de protester contre le refus du président de la Chambre Nabih Berry d'inscrire à l'ordre du jour la question polémique du vote des expatriés aux prochaines législatives. Les FL ont affirmé que participer à la séance reviendrait à « se soumettre à la tyrannie » de M. Berry.
Dans son communiqué, le groupe parlementaire dit de la « République forte » a dénoncé le fait que le Parlement soit devenu « otage aux mains de son président, qui s'en sert comme d'une propriété privée. » « Il ouvre et ferme les portes de la Chambre à sa guise, décide de ce qui sera débattu et de ce qui sera mis au placard », a-t-il souligné, qualifiant ces pratiques de « coup d’État contre la Constitution, le règlement intérieur du Parlement et les coutumes. »
« Marginaliser la voix de la diaspora »
Rappelant qu'une proposition de loi revêtue du caractère de double urgence, qui doit donc être débattue directement en séance plénière sans passer par les commissions, concerne la suppression de l'article 112 de la loi électorale de 2017, le groupe a critiqué le refus de M. Berry d'en discuter. Cet article, qui n'a pas été appliqué lors des législatives de 2018 et 2022, prévoit l'ajout de six sièges parlementaires réservés à la diaspora, qui viendraient s'ajouter aux 128 députés. Les FL et plusieurs de leurs alliés réclament sa suppression afin que les expatriés puissent voter pour les 128 parlementaires de la métropole. Le tandem chiite et le Courant patriotique libre (aouniste) réclament eux son application telle quelle. Les FL accusent les détracteurs d'un amendement de la loi de vouloir échapper à un vote sanction de la diaspora. Leur refus de supprimer cet article vise à « marginaliser la voix des expatriés », disent-elles.
Selon les Forces libanaises, l'article 112 donne aux six sièges supplémentaires un caractère « symbolique » qui ne reflète pas le « poids réel » des émigrés. « Le gouvernement lui-même a reconnu l’impossibilité de répartir ces sièges entre les continents et d’organiser des élections valables » à ce sujet. Le ministère de l'Intérieur a lancé l'organisation du scrutin et celui des Affaires étrangères a ouvert les inscriptions sur les listes électorales à l'étranger. Ce dernier ministère, qui relève des FL, a présenté un projet de loi pour suspendre l'article 112.
Dans ce contexte, participer à la séance législative de mardi reviendrait à « se soumettre à la tyrannie exercée par Nabih Berry sur le Parlement », ajoute le texte, qui appelle tous les députés à « ne pas légitimer la paralysie de la Chambre ». Jeudi soir, le chef du Législatif avait affirmé dans un entretien sur la chaîne MTV qu'un amendement de la loi électorale visait à « isoler » la communauté chiite sur la scène politique libanaise, ce qui lui avait valu des critiques de la part de ses plus fervents détracteurs.
« Acte de défense de la Constitution »
Les Kataëb ont également affirmé qu'ils allaient boycotter la séance parlementaire à l'issue d'une réunion de leur bureau politique. Ils ont condamné les récentes déclarations du président du Parlement Nabih Berry, qui a estimé que la réintroduction du projet de loi électorale visait à « isoler une communauté », qualifiant ces propos de « dangereux et inacceptables tant dans la forme que dans le fond ». Le parti a estimé que « le droit de centaines de milliers de Libanais expatriés de toutes les confessions et de toutes les régions à décider du sort de leur pays n'est pas une mise à l'écart de qui que ce soit, mais plutôt la concrétisation de la Constitution et de l'égalité entre tous les Libanais. Ceux qui tentent d'isoler la communauté du reste des Libanais sont ceux qui rejettent la logique de l'État et de l'égalité et s'accrochent à leurs armes ».
Jeudi soir, le chef du Législatif avait affirmé dans un entretien sur la chaîne MTV qu'un amendement de la loi électorale visait à « isoler » la communauté chiite sur la scène politique libanaise, ce qui lui avait valu des critiques de la part de ses plus farouches détracteurs.
Plusieurs députés du camp anti-Hezbollah ont également affirmé qu'ils allaient boycotter la séance. à l'instar de Michel Moawad, qui a justifié sa décision comme étant un « acte de défense de la Constitution et des droits des Libanais de la diaspora. » De son côté, Najat Aoun, issue de la contestation, a dit qu'elle ne participerait par à la séance en « objection à la politique de paralysie de la vie parlementaire, à la non-inscription réitérée d'un projet de loi en urgence en violation de l’article 110 du règlement intérieur, et à l’atteinte à la volonté de la majorité des députés. »
Les députés favorables à l'amendement de la loi électorale avaient déjà boycotté à deux reprises des séances législatives, laissant en suspens l'ordre du jour prévu. Celui-ci contient notamment l'ouverture d'une ligne de crédit dans le budget 2025 pour financer les salaires des retraités du secteur public, ainsi qu'un projet de loi concernant un accord entre le Liban et la Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD) afin de mettre en œuvre le Projet d'assistance d'urgence au Liban (LEAP). Plusieurs projets et propositions de loi, liés notamment aux réformes exigées par les pays donateurs, telles que l’évasion fiscale et le réexamen de la loi sur le partenariat entre les secteurs public et privé (adoptée en 2017) devraient en outre être débattus mardi.


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