Le président français Emmanuel Macron (à gauche) serrant la main du président turc Recep Tayyip Erdogan lors de leur rencontre en marge du sommet de paix de Charm el-Cheikh, en Égypte le 13 octobre 2025. Photo Yoan Valat/AFP
« La France est regardée. » Depuis l'Égypte, Emmanuel Macron s'est défaussé lundi sur la classe politique de toute responsabilité dans la crise française, mettant plutôt en avant son rôle diplomatique, qu'il revendique et tente de conforter, dans la résolution de la guerre à Gaza.
Pour le chef de l'État, il était incontournable de se rendre à Charm el-Cheikh, où est organisé un grand sommet autour du président américain Donald Trump sur l'avenir de la bande de Gaza.
Mais il lui a fallu faire des contorsions avec le calendrier national : le gouvernement Lecornu 2 annoncé tard dimanche soir au bout de tractations complexes, juste avant qu'il ne s'envole pour l'Égypte, et report de 24 heures, à mardi matin, de la présentation des budgets pour 2026 en conseil des ministres, au lendemain de la date-butoir.
Surtout, à peine arrivé à la station balnéaire sur la mer Rouge, il a dû sortir du silence qu'il gardait soigneusement depuis plus d'un mois sur les soubresauts inédits d'une crise politique sans fin, avec la nomination de Sébastien Lecornu à Matignon, sa démission fracassante sur fond de déchirements internes, et finalement la reconduction de ce fidèle macroniste malgré les menaces de censure.
« Moi je suis là dans mon rôle de garant des institutions, celui que j'ai exercé la semaine dernière », a lancé Emmanuel Macron devant les journalistes qui l'accompagnent. « Moi, j'assure la continuité, la stabilité », a-t-il martelé.
« Déstabilisation »
Une posture en décalage avec ce que pensent les oppositions, qui le désignent unanimement comme responsable de l'impasse. Et plusieurs voix de son propre camp, qui lui reprochent de « s'acharner à vouloir garder la main ».
À l'étranger, en l'absence de réactions de dirigeants internationaux à la reconduction de Sébastien Lecornu, la presse européenne y a vu elle un signe de « fin de siècle » pour le macronisme.
Pour l'heure, la priorité présidentielle semble de tenir à distance cette crise. Emmanuel Macron a imputé « ce désordre » uniquement aux forces politiques qui ont « nourri la division », « joué la déstabilisation », et n'ont « pas été au niveau », visant notamment la coalition désormais plus que vacillante entre le bloc macroniste et la droite.
Face au chaos politique, qui pourrait se poursuivre si le nouveau gouvernement tombe à son tour, le président a demandé « à tout le monde de se ressaisir ».
Objectif, « l'apaisement » et « œuvrer pour l'indépendance de la France », qui, a-t-il prévenu, est « regardée » par le reste du monde. En raison de son instabilité mais aussi, veut-il croire, grâce à son implication dans le dossier israélo-palestinien.
Ces sévères remontrances évacuées, Emmanuel Macron a insisté sur le « rôle » que Paris peut jouer dans la mise en oeuvre du plan Trump entre Israël et le mouvement islamiste palestinien Hamas pour mettre fin à la guerre à Gaza.
« Au côté de l'Autorité palestinienne », pour « veiller à ce qu'elle ait sa part » dans la gouvernance du territoire, encore incertaine, a-t-il expliqué.
Entretien avec Abbas
Il a d'ailleurs eu un entretien sur place avec le président palestinien Mahmoud Abbas, invité à la dernière minute, « un très bon signal » selon lui de la « reconnaissance du rôle de l'Autorité palestinienne comme instance légitime ».
La France ne fait partie des médiateurs du cessez-le-feu (Égypte, Qatar, Turquie, États-Unis), et n'est pas sous les projecteurs du sommet de lundi.
Mais elle revendique d'avoir « ouvert la voie » à cette résolution avec le plan de paix qu'elle a porté avec l'Arabie saoudite à l'ONU. Et avec la reconnaissance historique d'un Etat de Palestine le 22 septembre par le président Macron.
Ce dernier veut donc avancer ses pions.
Sur la mise en place d'une « force de stabilisation internationale », prévue par l'initiative franco-saoudienne et reprise dans le plan Trump mais dont les contours restent à définir. Et surtout sur la nécessité de préserver « un chemin pour permettre justement les deux États », palestinien et israélien, « la seule perspective politique » en vue d'une « paix durable », a plaidé le chef de l'État.
Le plan américain ne ferme plus la porte à un État palestinien, mais le Premier ministre israélien ne veut toujours pas en entendre parler, et dénonce régulièrement la position française.
Désigné personna non grata en Israël jusqu'à nouvel ordre, Emmanuel Macron n'aura pas l'occasion de défendre sa cause auprès de Benjamin Netanyahu en Égypte : sa venue, annoncée in extremis, a été aussitôt annulée, officiellement en raison d'une fête juive.


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