Le ministre israélien de la Sécurité intérieure, Itamar Ben-Gvir, dans les bureaux du Premier ministre Benjamin Netanyahu, le 2 avril 2023. Photo d'illustration Ronen Zvulun/AFP
Le ministre de la Sécurité nationale israélien, Itamar Ben Gvir, a effectué mercredi une nouvelle visite sur le site hautement sensible de l'esplanade des Mosquées à Jérusalem-Est, proclamant une « victoire » israélienne sur les lieux, ce que le Hamas a condamné comme une « provocation délibérée ».
Troisième lieu saint de l'islam, l'esplanade des Mosquées, bâtie sur les ruines du second temple juif détruit en l'an 70 par les Romains, se trouve dans le secteur de la Ville sainte occupé et annexé par Israël. Pour les juifs, c'est le mont du Temple, lieu le plus sacré du judaïsme.
« Nous sommes à deux ans du terrible massacre [l'attaque sans précédent du Hamas en Israël le 7 octobre 2023, NDLR], ici, sur le mont du Temple, c'est la victoire ! Dans chaque maison à Gaza, il y a une image du mont du Temple, et nous aujourd'hui, deux ans après, nous sommes victorieux », a déclaré M. Ben Gvir dans une vidéo diffusée sur son compte X en référence aux posters de l'esplanade, très populaires chez les Palestiniens.
Le Waqf jordanien, fondation musulmane qui gère le site, a indiqué à l'AFP qu'au moins « 1.300 juifs extrémistes » s'étaient rendus sur l'esplanade dans la matinée.
Le ministère des Affaires étrangères de l'Autorité palestinienne a condamné les visites répétées du ministre israélien sur les lieux, dénonçant des « pratiques criminelles et incitant à la haine ».
« Ben Gvir, a pris d'assaut aujourd'hui la mosquée bénie d'al-Aqsa, à la tête de groupes de colons, une provocation délibérée coïncidant avec [une] date douloureuse », a commenté pour sa part le Hamas dans un communiqué.
Le mouvement islamiste faisait référence aux heurts du 8 octobre 1990 lors desquels plus d'une quinzaine de Palestiniens avaient été tués à Jérusalem, certains sur l'esplanade même.
L'Arabie saoudite a dénoncé « la poursuite des atteintes au caractère sacré » du site, et le ministère des Affaires étrangères jordanien a parlé lui de « provocation inacceptable » et de « violation flagrante du statu quo historique et légal » des lieux.
Statu quo
En vertu d'un statu quo décrété en 1967 par Israël après sa conquête de la Vieille Ville (alors annexée par la Jordanie), les non-musulmans peuvent se rendre sur l'esplanade à des heures précises, sans y prier, mais cette règle est de plus en plus souvent bafouée par un nombre croissant de juifs nationalistes.
Si le lieu reste administré par la Jordanie, son accès est contrôlé par les forces de sécurité israéliennes.
C'est au moins la 11e fois que M. Ben Gvir se rend sur l'esplanade depuis la formation du gouvernement du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, l'un des plus à droite de l'histoire d'Israël, fin 2022. Après plusieurs de ces passages, M. Netanyahu a publié des communiqués affirmant que le statu quo restait inchangé.
La venue de M. Ben Gvir mercredi survient alors que les juifs fêtent Soukkot, une des grandes fêtes du calendrier hébraïque, mais aussi en pleines négociations indirectes entre Israël et le Hamas en vue de mettre un terme à la guerre de Gaza.
Le rabbinat interdit aux fidèles de se rendre sur l'esplanade par peur d'enfreindre les règles de pureté religieuse, mais M. Ben Gvir aime à venir y affirmer ce qu'il présente comme la souveraineté d'Israël sur les lieux, enjeu clef du conflit israélo-palestinien et objet de tensions récurrentes.
Chacune de ses visites a provoqué un tollé international et est perçue comme un casus belli par le Hamas, qui invoque régulièrement la sauvegarde du caractère musulman de l'esplanade comme l'une des justifications à son attaque du 7-Octobre.


« Plainte » contre l'Iran : pourquoi les Affaires étrangères ont dû mettre de l'eau dans leur vin