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Agenda - Hommage

À mon ami et frère Fra’ Jean-Louis Mainguy

Te voilà envolé depuis 40 jours vers le Très-Haut que tu chérissais tant, le jour même de l’Assomption, et nous tes amis, sonnés et terrassés, qui restons sur terre médusés à nous poser toutes les questions du monde quant à la précipitation tragique et inattendue de ce départ. Que de souvenirs !

Notre première rencontre remonte à la fin des années 1970, lors d’une vente aux enchères, et cela devait être le début d’une grande amitié, d’autant plus qu’elle devait être scellée quelques années plus tard par mon union avec Dany, ta collègue de travail dès vos premiers stages professionnels. Tu devenais ainsi notre ami, conseiller, confident, qui allait partager l’intimité de nos vies personnelles et familiales.

Comment oublier tes concerts nocturnes précédant le lever du soleil, dans un amphithéâtre créé de toutes pièces dans la forêt jouxtant ta magnifique demeure de Beit Méry, concerts toujours suivis d’un petit déjeuner magique, faisant de nous des témoins privilégiés sans cesse assoiffés des plaisirs de l’œil et de l’ouïe afin de mieux goûter aux dimensions de ta prestidigitation.

Que dire de ta vie associative dans nombre d’organisations françaises, notamment l’Union des Français de l’étranger (UFE) que tu prenais magistralement en main au début des années 2000, et me demandais aussitôt de te rejoindre dans le comité. Ta générosité n’avait point de limites, au point de louer des bureaux en plein centre-ville et de les équiper luxueusement pour le plus grand plaisir des membres et des personnes qui y travaillaient. Je ne peux oublier les activités mensuelles tout au long de l’année, tels le déjeuner des seniors, les iftars pour les orphelins de confession musulmane, la fête des Mères, les campagnes de vaccination à travers toutes les régions, le bal du 14-Juillet, le Noël des enfants, sans omettre l’événement majeur de l’année, à savoir la soirée pour les bourses universitaires où nous nous surpassions d’année en année, aussi bien en nombre qu’en élégance du public et des lieux, pour collecter un maximum pour les études des plus démunis mais néanmoins méritants.

Une des manifestations les plus marquantes aura été l’évacuation en catastrophe de nos compatriotes suite à la guerre en 2006, où tu as fait preuve avec certains membres de l’ambassade de courage, d’abnégation et de solidarité exemplaires, sans omettre « L’opération Mille et Une Pages » pour la diffusion de la francophonie au pays du Cèdre, et où plus de dix mille ouvrages ont été distribués à une centaine d’institutions ayant le français en partage. « Partager un bien, c’est le diviser, partager sa culture, c’est la multiplier. »

À l’occasion des 20 ans de l’UFE-Liban que tu fêtais en grande pompe et pour sublimer l’événement, tu invitais à titre personnel non moins que le président mondial de l’association, accompagné de trois sénateurs ainsi que du conseiller du président de la République française. Tu as mené cette association avec panache jusqu’à en devenir le président d’honneur et pouvoir te consacrer pleinement par la suite au côté spirituel et religieux de ta personne qui s’était révélé entre-temps.

En effet, le voyage en bus à Alep en 2004 en compagnie d’amis proches pour y fêter mon anniversaire, et notamment la visite à Saint-Siméon-le-Stylite, devait non seulement servir de catalyseur pour une éclosion de l’ordre de Malte au Liban, mais de plus ce voyage allait être source d’inspiration dans nos vies respectives : il en résultait notre premier pèlerinage en 2004 à Lourdes avec l’ordre, en présence du patriarche Sfeir, et notre adoubement tous les deux, trois ans plus tard, comme « chevaliers de grâce magistrale ». Durant la réception qui avait suivi, j’enlevais ma coule alors que tu tenais à garder la tienne comme pour montrer combien le nouvel habit te collait à la peau – prémonition ou hasard de ce qui allait suivre ?

Très vite, tu t’investissais dans l’ordre jusqu’à faire dès 2011 tes premiers vœux d’obédience et devenir « Fra’ Jean-Louis », chevalier de justice, pour les confirmer définitivement en 2014 avec tes vœux de chasteté et pauvreté en présence des autres Fra’ et de tous les grands de l’ordre dans le monde.

Ton influence devait très vite s’exercer avec une croissance de la spiritualité, une fréquence accrue des offices religieux, des retraites spirituelles, et que dire des revues Cœur battant, Cœur à Cœur, sans omettre les feuillets de prière glissés sous la porte des chambres des pèlerins à Lourdes, ni les superbes livrets de messe qui garderont ton empreinte à tout jamais.

Comment ne pas se souvenir du livre et de l’exposition grandioses et uniques de ta collection d’objets religieux que tu avais mis 25 ans à amasser de par le monde, intitulée « Trésor de l’ordre de Malte Liban », à la villa

Audi-Sofil, et que tu offrais à notre association pour être pérennisée dans un musée religieux conçu spécialement pour le contenir ?

Dans le domaine de l’art, comment ne pas citer l’école d’architecture intérieure de l’Alba dont tu as été le directeur pour de nombreuses années et à qui, de l’aveu même des enseignants et étudiants, tu as donné ses lettres de noblesse, ainsi que le Festival de Baalbeck dont tu assumais aussi bien la vice-présidence que la direction artistique, sans oublier nombre de manifestations et d’expositions qui avaient recours à toi pour exploiter tes multiples et talentueuses facettes d’architecte, de producteur, scénariste, ensemblier ou essayiste.

Mon très cher Fra’ JLM ! Te voilà envolé vers le Très-Haut, et la cérémonie religieuse de ton départ dans l’église de l’USJ que tu avais rénovée était non moins que princière et portait tes empreintes comme si tu l’avais toi-même conçue. Les moindres détails que tu chérissais tant, aussi bien dans la scénographie que la décoration florale et le protocole, avaient été respectés grâce à la présence de Marilys qui en connaissait tous les secrets, sans omettre la chorale du père Rahmé, majestueuse, qui s’est surpassée et nous a transcendés avec elle. Tu as eu droit à la reconnaissance du grand maître de l’ordre, du ministre de la Culture qui a ajouté une décoration de plus, libanaise cette fois-ci, au nom du président de la République, du président de l’ordre de Malte au Liban, de la secrétaire générale de l’UFE, de la vice-présidente du Festival de Baalbeck et enfin de tes collaborateurs de bureau.

Un dernier hommage t’était rendu par les brancardiers de l’ordre qui portaient ta dernière demeure pour être transportée à Baabdate, près de l’église Saint-Antoine, ta paroisse où tu t’étais investi depuis longtemps en y apportant toute ta spiritualité et tes compétences. Nous t’avons accompagné et découvert un petit lopin de terre que tu avais déjà acquis sans avoir eu le temps de réaliser le caveau dont tu avais déjà dessiné les plans.

« JLM, ya abouna », comme j’aimais t’appeler dernièrement pour t’entendre me répondre : « Eh JMM, ya ebni », avec ton départ, tu laisses quand même nombre d’orphelins dans les diverses associations sur terre qui devront inévitablement se poser des questions à chaque occasion pour savoir comment et quoi faire sans toi pour garder le même niveau d’excellence auquel tu les as habituées. Néanmoins, tu peux être tranquille pour les deux associations où tu t’étais le plus investi : l’UFE vient de tenir son assemblée générale pour élire son nouveau comité d’administrateurs et l’aura de ton souvenir était telle qu’elle a permis à tous tes fidèles lieutenants d’être élus pour porter tes valeurs telles et comme tu l’aurais toi-même souhaité. Quant au « Trésor de l’ordre de Malte au Liban », une équipe a déjà été formée pour mettre à exécution tous les croquis et plans déjà conçus par toi, et le coffre-fort de ce trésor est situé juste en face de l’église Saint-Jean-Marc de Byblos. Ya habibna Fra’ Jean-Louis ! toi qui as été salué tour à tour comme artiste, pédagogue, grand humanitaire, spirituel et autres appellations, et toi qui as su apporter aux autres l’excellence, l’avant-gardisme, le rêve, la sagesse, l’inspiration, la solidarité et autres, je suis flatté, quant à moi, de toute l’amitié que tu m’as toujours octroyée. Sache que les géants de ta trempe ne meurent pas… même si tu étais plutôt pressé de retrouver notre Créateur afin de mettre tes talents à son service. Sache aussi que ton passage sur terre nous servira inexorablement d’exemple pour nous aider à faire honneur à ta mémoire. 

Te voilà envolé depuis 40 jours vers le Très-Haut que tu chérissais tant, le jour même de l’Assomption, et nous tes amis, sonnés et terrassés, qui restons sur terre médusés à nous poser toutes les questions du monde quant à la précipitation tragique et inattendue de ce départ. Que de souvenirs ! Notre première rencontre remonte à la fin des années 1970, lors d’une vente aux enchères, et cela devait être le début d’une grande amitié, d’autant plus qu’elle devait être scellée quelques années plus tard par mon union avec Dany, ta collègue de travail dès vos premiers stages professionnels. Tu devenais ainsi notre ami, conseiller, confident, qui allait partager l’intimité de nos vies personnelles et familiales. Comment oublier tes concerts nocturnes précédant le lever du soleil, dans un amphithéâtre...