Des Palestiniens déplacés inspectent ce qu’il reste de leurs tentes après une frappe israélienne nocturne qui a rasé un bâtiment et endommagé les abris temporaires alentour, dans le quartier de Rimal, à Gaza-Ville, le 13 septembre 2025. Photo AFP/ OMAR AL-QATTAA.
Avec sa vaste offensive sur la ville de Gaza, l'armée israélienne se lance dans une opération particulièrement difficile, meurtrière et coûteuse, tant sont grands les défis auxquels doit faire face une armée envahissant une zone urbaine défendue et densément peuplée.
Gaza est le champ de bataille urbain « le plus terriblement difficile depuis 1945 », selon le général américain en retraite David Petraeus, qui a notamment dirigé la coalition alliée pendant la guerre d'Irak, théâtre de nombreux combats urbains.
« Les défis d'un ennemi sans uniforme » au milieu de civils, les « kilomètres d'infrastructures souterraines, de tunnels, de quartiers généraux, etc., tous souterrains, des immeubles de grande hauteur », énumérait-il dans un podcast en 2024.
La bande de Gaza est densément peuplée et très urbanisée, et la population de Gaza ville elle-même était estimée à un million de personnes avant l'offensive.
Madrid 1936, Stalingrad 1943, Mogadiscio 1993, Grozny 1994-96, Falloujah 2004, Marioupol 2022, Bakhmout 2023... « depuis le milieu du XXe siècle, la ville est devenu le lieu privilégié des combats, tendance qui s'accentue encore aujourd'hui en Ukraine ou à Gaza », rappelle l'Institut français des Hautes études de défense nationale (IHEDN).
La ville, « grande égalisatrice »
L'écrasante supériorité militaire de l'armée israélienne, soutenue par son matériel moderne et ses technologies de pointe, va être émoussée dans cet enchevêtrement de béton.
« La principale raison pour laquelle la guerre urbaine est la plus difficile est le terrain. Certains vont jusqu'à le qualifier de grand égalisateur », résume le militaire américain John Spencer, spécialiste de la guerre urbaine à l'institut MWI de West Point.
Ce terrain fait d'immeubles, souterrains et gravats « réduit la supériorité des technologies, affectant le renseignement, la surveillance, la reconnaissance, les moyens aériens », explique-t-il dans un podcast.
Beaucoup de combats se livrent à très courte distance, et peu importe qui a l'arme la plus moderne. Se remémorant la bataille de Falloujah en 2004 dans un recueil intitulé « témoins oculaires de la guerre », le colonel américain Michael Shupp résume : « Vous êtes dans une pièce à trois mètres de l'autre, et le premier qui appuie sur la gâchette gagne ».
Des coûts multipliés pour l'attaquant
Attaquer une ville nécessite plus d'hommes, plus de temps, plus de munitions, plus de précautions.
La manoeuvre est contrainte, les troupes avancent lentement, peinent à coordonner efficacement leurs actions, tombent sur des poches de résistance. Le lieutenant-colonel américain Peter Newell se souvient qu'à Falloujah, « plutôt que d'aller vite et de tout détruire, il fallait fouiller chaque pièce de chaque maison dans chaque rue ».
« Vous devez être prêt à subir plus de pertes », contre un ennemi retranché et caché, souligne John Spencer.
Des réseaux souterrains
Prendre le contrôle des réseaux de tunnels du Hamas est un autre défi majeur. Lors de la bataille d'Azovstal à Marioupol, « 2.000 combattants ukrainiens ont défendu une emprise de 12 km2 en s'appuyant sur les 24 km de galeries souterraines de l'usine, fixant pendant 40 jours jusqu'à l'équivalent de 12 bataillons russes », rappelle le Commandement du combat futur (CCF) français.
À Gaza, l'armée de l'air israélienne utilise des « bombes anti-bunker (de type GBU 28) mais celles-ci ne peuvent atteindre que des cibles jusqu'à 30 mètres de profondeur » alors que certaines portions de tunnels peuvent descendre jusqu'à 70 mètres, explique le CCF.
Au sol, l'armée doit recourir à des robots ou des drones dont certains génèrent leur propre réseau de communication pour ne pas perdre le signal de connexion. Et pour condamner les tunnels, outre les explosifs, elle a aussi tenté des les inonder et a développé des « bombes éponges », à base de mousse expansive (qui) serait capable de remplir et condamner des zones de plusieurs dizaines de mètres cubes en quelques secondes.
Des civils partout
La présence des civils au milieu du champ de bataille est une autre complexité. Ils seront victimes des tirs des assaillants, mais aussi utilisés comme boucliers humains par le Hamas, et se verront privés d'abri, d'accès au soin, à la nourriture.
Les attaquants devront tenter de faire la différence entre civils et combattants dissimulés parmi eux, mais devront aussi se méfier des informateurs civils favorables aux défenseurs et de l'impact informationnel négatif de leurs actions, alors que plusieurs observateurs accusent Israël de mener un "génocide" à Gaza, ou de chercher à commettre un « urbicide », une stratégie visant à oblitérer la ville.
Pour le chercheur français Pierre Razoux, interrogé par Le Figaro, « à Gaza-ville, le gouvernement israélien cherche à faire partir un maximum de population, pour cela il faut tout casser et rendre la ville physiquement invivable. Nous ne sommes plus dans une logique de conquête mais de destruction ».


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