Le président russe Vladimir Poutine assiste à la cérémonie d'inauguration des nouvelles installations du Service fédéral russe de surveillance de la protection des droits des consommateurs et du bien-être (Rospotrebnadzor) à travers le pays, via une liaison vidéo depuis le Kremlin à Moscou, le 15 septembre 2025. Photo de Vyacheslav PROKOFYEV / POOL / AFP
Le président américain Donald Trump a affirmé samedi qu'il était prêt à prendre de nouvelles sanctions contre la Russie, mais à la condition que les pays de l'OTAN arrêtent d'acheter du pétrole russe. Il a aussi suggéré à ces pays d'envisager des hausses substantielles de droits de douane visant la Chine, pour qu'elle diminue son soutien à Moscou. Des demandes qui laissent perplexes les pays de l'Union européenne.
Depuis l'invasion russe de l'Ukraine en février 2022, ils ont adopté 18 « paquets » de sanctions contre Moscou et réduit drastiquement leurs importations d'hydrocarbures russes.
Pétrole : que font les Européens ?
L'Union européenne a déjà décidé, depuis décembre 2022, de cesser toute importation de pétrole russe. Deux pays européens ont toutefois obtenu une exemption, la Hongrie et la Slovaquie, en raison de leur dépendance au brut venant de Russie. Par conséquent, la part des importations de pétrole de l'UE en provenance de Russie est passée de 29% au premier trimestre 2021 à seulement 2% au deuxième trimestre 2025.
Les Européens ont également décidé d'ici 2027 de se sevrer complètement des importations de gaz russe.
Et, il est peu probable que le calendrier soit avancé. Même si la présidente de la Commission Ursula von der Leyen a assuré mercredi devant le Parlement européen à Strasbourg « étudier comment nous pouvons accélérer la fin des achats d'hydrocarbures russes ».
« L'avis de la Commission (européenne), s'appuyant évidemment sur des analyses et après avoir discuté avec les pays qui rencontrent les plus grands défis, est que c'est très rapide, très ambitieux », a souligné jeudi le commissaire européen à l'Energie Dan Jorgensen. Pour aller plus vite, il faudrait donc une « très sérieuse volonté politique », a souligné un diplomate à Bruxelles. Or, la Hongrie et la Slovaquie, deux pays de l'UE parmi les plus proches de Donald Trump, n'ont cessé de s'opposer à la remise en cause de l'exemption dont ils bénéficient.
Dans ces conditions, beaucoup à Bruxelles estiment que c'est plutôt à Washington de tenter désormais de convaincre Budapest et Bratislava. Les Européens ciblent également depuis des mois la « flotte fantôme » utilisée par la Russie pour contourner les sanctions occidentales contre ses ventes de pétrole.
Un 19ème paquet de sanctions est en préparation qui listera de nouveaux pétroliers ainsi que plusieurs entreprises aidant la Russie à vendre son pétrole, a-t-on expliqué de source diplomatique. La Turquie, pays membre de l'OTAN, mais pas de l'UE, visé par les exigences formulées par Donald Trump en tant qu'importateur majeur de pétrole russe, s'est toujours opposée à des sanctions contre la Russie.
Chine: que font (et ne font pas) les Européens
Dans le cadre des sanctions de l'UE, des dizaines d'entités chinoises ont été épinglées pour leur participation à l'effort de guerre russe. D'autres sociétés ou entreprises chinoises vont à nouveau être ciblées dans le 19ème paquet en préparation, a assuré un diplomate européen.
Il est en revanche très peu probable que les Européens décident de droits de douane de 50 à 100% sur les importations chinoises, comme l'exige Donald Trump. « On ne va pas faire cela », a résumé un diplomate à Bruxelles, « cela ne se passe pas comme ça dans l'UE ». La Chine est le deuxième partenaire commercial de l'UE après les Etats-Unis. Et si Bruxelles critique régulièrement les déséquilibres de ces échanges à son détriment, elle rechigne toutefois à agir.
Le recours aux différents outils ou sanctions dont dispose Bruxelles se fait « en fonction des circonstances, et si, jusqu'à présent, cela n'a pas été utilisé, c'est certainement pour de bonnes raisons », a expliqué lundi un porte-parole de la Commission européenne.
Quelles conséquences ?
Mais en n'agissant pas, les Européens redoutent de donner à Donald Trump une bonne raison pour ne rien faire lui-même à l'encontre de la Russie.
« Ce qui est dangereux, c'est que l'administration américaine laisse entendre que si nous ne donnons pas suite à cette idée, l'UE n'est pas suffisamment sérieuse aux yeux des États-Unis pour vouloir mettre fin à la guerre », a jugé un diplomate de l'UE.


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