La mosquée Yavuz Sultan Selim est visible dans le quartier de Balat, à Istanbul, le 11 septembre 2025. Photo AFP/ Ozan Kose.
La pression judiciaire croissante contre le CHP, principal parti de l'opposition turque qui pourrait voir lundi sa direction destituée, ne fait que renforcer sa base, affirment ses responsables, qui refusent de capituler face au pouvoir.
Depuis le revers subi par le camp gouvernemental lors d'élections locales en mars 2024, la répression s'est abattue sur le CHP (Parti républicain du peuple, social-démocrate), qui avait dominé le scrutin.
Ces derniers mois, de nombreux élus ont ainsi été arrêtés pour "terrorisme" ou "corruption", dont le très populaire maire d'Istanbul, Ekrem Imamoglu, emprisonné depuis mars.
La semaine passée, la direction provinciale du CHP à Istanbul a également été destituée, au motif d'irrégularités lors d'un congrès de 2023.
Un tribunal d'Ankara doit se prononcer lundi sur des allégations similaires lors d'un congrès national organisé la même année, faisant craindre aux partisans du CHP le remplacement d'Özgür Özel, élu patron du parti lors de ce congrès, par un administrateur.
« Plutôt m'enfoncer dans la terre »
Depuis l'arrestation du maire d'Istanbul, figure du CHP, M. Özel a su galvaniser les foules, s'attirant les foudres du pouvoir en organisant chaque semaine des rassemblements, jusque dans des villes longtemps considérées comme des bastions du président Recep Tayyip Erdogan.
« Ils ne veulent pas que nous résistions dans la rue (...). Le Parti républicain du peuple n'est pas et ne sera pas le parti d'opposition de sa majesté », a martelé M. Özel mercredi lors d'un rassemblement à Istanbul, en référence au président turc.
« Plutôt m'enfoncer dans la terre que d'être un leader de l'opposition qui plairait à Erdogan », avait-il lancé la semaine passée.
Si M. Özel était destitué au profit d'un administrateur, « la direction actuelle du CHP pourrait refuser d'abandonner le siège du parti. Un scénario intéressant pourrait alors se produire où le CHP aurait deux têtes en même temps », estime l'analyste politique Berk Esen.
Anticipant ces scénarios, plus de 900 délégués du CHP ont déjà appelé à un congrès extraordinaire du parti le 21 septembre, lors duquel Özgür Özel a toutes les chances d'être réélu.
« Régime à la russe »
Malgré le risque que la justice place l'ancien patron du CHP Kemal Kiliçdaroglu, tombé en disgrâce, à la tête du parti, Murat Bakan, son vice-président, estime improbable une division de la formation.
« Avec l'arrivée d'Özgür Özel, le parti a grandi. Son électorat s'est élargi, tout comme le nombre de ses membres », affirme-t-il.
Selon lui, la pression judiciaire visant le CHP a eu pour effet inverse de « consolider son électorat ». « Le sentiment d'unité et de solidarité des électeurs s'est renforcé », soutient-il.
« Si le gouvernement épuise toutes les pistes, nous pouvons appeler les électeurs à descendre dans la rue et développer des méthodes de protestation alternatives », affirme Murat Bakan, pour qui le pouvoir « tente de créer une opposition qui n'existerait que dans la forme (...) comme en Russie ou en Biélorussie ».
Pour Berk Esen, « certains opposants estiment qu'un régime à la russe a déjà pris forme et se disent qu'Erdogan restera au pouvoir jusqu'à sa mort ». « Ils pensent qu'il faut donc trouver un moyen de s'entendre avec lui. C'est le plus grand risque », estime-t-il.
« L'économie turque repose en grande partie sur le soutien des investisseurs étrangers. En cas de chaos politique, ces investisseurs chercheraient à fuir le pays, entraînant une chute de la Bourse d'Istanbul et de la livre turque », met en garde l'économiste Yakup Karadeniz.
« Ils bafouent tout pour maintenir leur pouvoir. Les lois, la démocratie, l'économie, tout », regrette pour sa part Ahmet Ozer, un retraité d'Ankara.
« Mais ils découvriront que la volonté du peuple est plus grande qu'eux. Plus ils font pression, plus je me sens déterminé à soutenir le CHP », dit-il, précisant qu'il se rendra à un rassemblement du parti prévu dimanche à Ankara.
La pression judiciaire croissante contre le CHP, principal parti de l'opposition turque qui pourrait voir lundi sa direction destituée, ne fait que renforcer sa base, affirment ses responsables, qui refusent de capituler face au pouvoir.
Depuis le revers subi par le camp gouvernemental lors d'élections locales en mars 2024, la répression s'est abattue sur le CHP (Parti républicain du peuple, social-démocrate), qui avait dominé le scrutin.
Ces derniers mois, de nombreux élus ont ainsi été arrêtés pour "terrorisme" ou "corruption", dont le très populaire maire d'Istanbul, Ekrem Imamoglu, emprisonné depuis mars.
La semaine passée, la direction provinciale du CHP à Istanbul a également été destituée, au motif d'irrégularités lors d'un congrès de 2023.
...

