Tu étais – es – un homme sensible, un passionné, tu nous as nourris depuis tout jeunes de culture et de musique.
Papi tu aimais l’art sous toutes ses formes.
Tu as dessiné avec l’architecte les arcades en pierre que tu as installées dans notre maison où nous avons grandi à Rabieh. Par la suite avec l’aide de ton cousin architecte Loulou tu en as fait un rappel en créant le design du bar en bois qui était devenu une pièce maîtresse. Je me souviens encore de ces croquis.
Revenons à notre enfance. Grâce à toi, nous sommes devenus des adeptes des films de Louis de Funès. Tu nous faisais écouter les fables de La Fontaine récitées par le même Louis de Funès avec mimiques, ricanements et rires en tout genre qui te faisaient t’esclaffer et nous envoûtaient ma sœur, mon frère et moi à tout jamais.
Aujourd’hui dans notre vie quotidienne on se rejoue des passages de ces films dans toutes les circonstances. On en rit encore.
Et avec les aventures de Tintin, c’était devenu un grand jeu qui dure jusqu’à maintenant.
Avec la complicité de ton ami Jean-Claude, c’était des devinettes de plus en plus difficiles. Quel est le nom du gorille dans L’Île noire ? Quel est le nom du professeur dans L’Étoile mystérieuse ?
Et si vous avez oublié les réponses, allez réviser vos Tintin comme nous l’avons fait tout petits et jusqu’à présent !
Papi, tu as une grande sensibilité à l’art et tu nous l’as transmise.
Je me souviens de la fois où tu as acheté un nouveau tableau, et tu aimais prendre ton apéro seul à le regarder et savourer une passion qui t’animait.
La musique classique.
Depuis tout petit, passionné de romantisme, tu jouais du Chopin au piano, précisément le morceau qu’on a entendu au début de la cérémonie en hommage à toi, à l’église
Saint-Maron. Ton piano était adossé au mur de ma chambre, au niveau de mon lit, et je m’endormais chaque nuit, bercé par la musique que tu jouais pendant de longues heures.
Quand nous étions petits et qu’il fallait nous lever tôt pour prendre l’autocar qui devait nous emmener à Jamhour, tu avais installé des haut-parleurs dans nos chambres et tu nous réveillais avec l’Album à la Jeunesse de Schuman.
Tu as fait grandir en nous une oreille musicale. En écoutant une œuvre nous pouvons en reconnaître le compositeur.
Quand tu as perdu la parole à cause de la maladie de Parkinson, la musique était devenue notre seul moyen de communication avec toi. Je passais te récupérer en voiture et te mettais le Concerto no 1 de Chopin, une œuvre romantique. Avec ta main, tu fredonnais le dialogue entre le piano et l’orchestre. Ton intelligence émotionnelle était toujours là et nous pouvions échanger grâce à la musique.
Les dernières années, tu suivais des cours de piano à domicile. Malgré la maladie, tu as joué jusqu’à la dernière semaine, prouvant que le piano était ta voix intérieure. Tu es resté fidèle à ce dialogue secret avec ton instrument et laissais courir tes doigts sur les touches, alors que tu n’arrivais plus à te souvenir des notes correspondantes. Quel mystère tu nous gardes ya Papi, comme en a témoigné à l’église ta professeure de piano Yasmina Malek Chahine.
Tu laisses derrière toi un héritage interminable d’une collection de musique classique sur tous les supports : disques 33 tours, cassettes, vidéos, CDV, DVD et surtout des CD qui traverseront les générations.
Papi, la sensibilité que tu nous as transmise est omniprésente aujourd’hui. Les moments musicaux que nous avons partagés toute notre vie continuent de résonner en chacun de nous.
Ton sourire et tes éclats de rire vont nous manquer terriblement.


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