Des électeurs consultent une carte pour comprendre les nouveaux découpages électoraux approuvés par les législateurs texans pour les élections de mi-mandat de 2026, au San Jacinto College de Houston, au Texas, le 27 août 2025. Photo AFP/Moises AVILA
Depuis des décennies, le quartier à majorité latino de Manchester Park, à Houston, au Texas (sud), est représenté au Congrès américain par un élu démocrate. Mais un redécoupage électoral, voulu par Donald Trump pour maintenir la mainmise républicaine sur le Parlement, menace désormais cette domination. Ludivina Moreno, 46 ans, vit dans ce quartier, à proximité d'une raffinerie. Manchester Park faisait jusqu'à présent partie du district 29, représenté à Washington par Sylvia Garcia, une élue aux racines mexicaines.
« Elle a fait beaucoup pour les gens », souligne Ludivina Moreno, devant la porte de sa maison. Mais avec le redécoupage électoral, qui a sorti Manchester Park de la circonscription de Mme Garcia, « nous ne savons pas qui nous allons avoir et s'il veillera sur la population », ajoute-t-elle. La nouvelle carte électorale du Texas a été définitivement adoptée fin août par le Parlement de cet immense Etat conservateur du sud.
Donald Trump avait publiquement fait pression sur les responsables républicains texans pour effectuer ce redécoupage, visant à préserver sa majorité actuelle étriquée au Congrès au-delà des élections législatives en novembre 2026.
Des secteurs à majorité latino ou afro-américaine, où la candidate démocrate Kamala Harris l'avait emporté lors de la présidentielle de 2024, ont ainsi été fragmentés et rattachés à des circonscriptions acquises à la droite pour diluer le vote démocrate et permettre aux républicains de glaner jusqu'à cinq sièges supplémentaires au Congrès lors des législatives de mi-mandat.
Une technique classique de charcutage électoral nommée « gerrymandering ».
« Anticonstitutionnel »
Alors qu'il était composé par près de 70% d'électeurs latinos en âge de voter, le district 29 n'en comptera plus qu'un peu plus de 40 %, qui ne se rendent pas tous aux urnes, selon Christina Morales, représentante démocrate au parlement texan. Les électeurs blancs, plus assidus, représenteront quant à eux 18% du total et pèseront dans les élections. Mais Manchester Park ne figure plus dans le secteur.
« Ce quartier se trouve à l'ombre des raffineries et des usines chimiques, les familles y font face chaque jour à la pollution, aux risques pour la santé et aux difficultés économiques », affirme Christina Morales. « La voix de Sylvia Garcia au Congrès a permis que leurs luttes ne soient pas ignorées. Avec la nouvelle carte, Manchester Park serait privé de cette voix à Washington — une perte dévastatrice pour une population qui a le plus besoin d'une représentation forte et équitable », ajoute-t-elle.
Les cartes électorales sont généralement redessinées tous les dix ans après un recensement. Le dernier redécoupage remontait à 2021, mais l'administration Trump reprochait aux autorités texanes d'avoir créé certaines circonscriptions sur des bases présumées raciales. Un prétexte, selon Sylvia Garcia: le président « veut cinq républicains de plus, parce qu'il sait que ses politiques, ses idées ne fonctionnent pas », estime-t-elle. « Il sait qu'il est tombé sous la barre des 40% d'opinions favorables, et il sait qu'ils pourraient perdre les élections l'année prochaine », poursuit-elle.
Le redécoupage électoral au Texas affecte aussi les Afro-américains. Selon des calculs du Texas Tribune, le district 9, représenté à la Chambre des représentants par le démocrate Al Green, verrait par exemple sa population noire en âge de voter passer de 30 à 11%. L'Association nationale pour la promotion des personnes de couleur (NAACP), qui a lancé des poursuites contre l'Etat, estime que la nouvelle carte prive ainsi ces électeurs de leur « pouvoir politique ».
« Le Texas compte seulement 40% de Blancs, mais les électeurs blancs contrôlent plus de 73% des sièges au Congrès », a relevé dans un communiqué Derrick Johnson, le président de la NAACP. « Il est évident que l'effort du Texas pour redécouper les circonscriptions en milieu de décennie, avant les élections de mi-mandat de l'an prochain, est motivé par des considérations raciales », a-t-il estimé, avant de conclure: « L'intention de l'État est de réduire le nombre de membres du Congrès représentant les communautés noires, et cela est, en soi, anticonstitutionnel ».


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