Le mufti jaafarite Ahmad Kabalan. Photo ANI
Le mufti jaafarite Ahmad Kabalan a qualifié vendredi de « scandale » le début du désarmement par l'armée libanaise des camps palestiniens, dont le coup d'envoi a été donné jeudi à Bourj el-Brajné, dans la banlieue sud de Beyrouth. Le désarmement avait commencé conformément à un accord conclu en mai dernier lors d'une visite à Beyrouth du président de l'Autorité palestinienne (AP) Mahmoud Abbas, afin de garantir le monopole de l’État libanais sur les armes.
Lors de son prêche, le mufti, proche du tandem chiite Amal-Hezbollah, a dénoncé un « acte honteux qui cible clairement les armes de la résistance, alors même que cette résistance a été le plus grand garant du Liban depuis plus d’un demi-siècle. Le moment actuel exige la préparation d’une stratégie de défense nationale afin de protéger le Liban. Pourtant, Washington et certaines capitales régionales bloquent cela, avec l’intention sous-jacente d’éliminer la force du Liban, préparant le terrain à des massacres confessionnels », a mis en garde Kabalan.
Depuis que le gouvernement a mandaté, le 5 août, l'armée libanaise de préparer un plan pour désarmer tous les groupes armés, Hezbollah en tête, avant la fin de l'année, les partisans du tandem chiite critiquent à tour de bras le cabinet de Nawaf Salam et menacent de tensions sur la scène interne. Vendredi dernier, le chef du Hezbollah, Naïm Kassem, a multiplié ces avertissements, déclarant que le parti pro-iranien était prêt à une « confrontation » si un désarmement devait lui être imposé.
Kabalan a encore jugé « honteux que l’État libanais et son gouvernement traitent le pays, sa souveraineté, et l’agression israélienne qui touche les habitants du Sud, de la Békaa et de la banlieue sud de Beyrouth comme s’ils n’existaient pas ou n’étaient pas Libanais. » Ces régions sont considérées comme de fiefs du parti chiite. Le Sud est la cible d'attaques quasiment quotidiennes de l'armée israélienne malgré la trêve entrée en vigueur le 27 novembre dernier après 13 mois de guerre entre le Hezbollah et Israël, tandis que la Békaa et la banlieue sud de Beyrouth ont été visées par des frappes, mais moins fréquentes. Le parti chiite n'a, lui, ouvert le feu qu'une seule fois en direction du territoire israélien, le 1er décembre 2024, depuis le cessez-le-feu.
« Revanche politique et soumission »
Kabalan a fustigé, dans une longue diatribe contre le cabinet, ce qu'il considère être le fait que l'équipe de Nawaf Salam n'a que « la revanche politique et la soumission à des parties étrangères » comme préoccupation. « Le gouvernement doit agir pour mettre fin à cet incendie extrêmement dangereux qui finira par tous nous consumer », selon lui.
Jeudi, l’émissaire américain Tom Barrack avait salué le début du désarmement des camps palestiniens, selon l’AFP. M. Barrack s’est rendu à plusieurs reprises au Liban, encourageant l’État à obtenir un monopole complet sur les armes. Il avait présenté une feuille de route, avalisée le 7 août par le cabinet, pour parvenir à un respect total des modalités de la trêve. Ce « plan Barrack » prévoit des échéances claires pour le désarmement et le retrait de l'armée israélienne des territoires libanais qu'elle continue d'occuper.


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