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Culture - Récompense

Locarno consacre Abbout Productions, fer de lance du cinéma libanais indépendant

Dirigée par Georges Schoucair et Myriam Sassine, la boîte a été récompensée du Prix Raimondo Rezzonico pour son rôle majeur dans la promotion d’un 7e art libanais et arabe indépendant, engagé et résilient.

Locarno consacre Abbout Productions, fer de lance du cinéma libanais indépendant

Georges Schoucair et Myriam Sassine tenant le Prix Raimondo Rezzonico à la 78e édition du Festival international du film de Locarno. Photo Edoardo Nerboni

Au cœur de la 78e édition du Festival international du film de Locarno, le cinéma libanais s’est imposé avec brio. Abbout Productions, la société fondée par Georges Schoucair et rejointe par Myriam Sassine en 2010, a reçu le prestigieux Prix Raimondo Rezzonico, qui distingue depuis 2002 le meilleur producteur indépendant. Pour célébrer cette reconnaissance, le festival a projeté deux de leurs œuvres emblématiques : Costa Brava, Lebanon de Mounia Akl, révélée à Venise, et Les Carnets de Maya (Memory Box) de Joana Hadjithomas et Khalil Joreige, présentée à la Berlinale.

Lors d’une rencontre animée par le journaliste suisse Philippe Mottaz, les deux producteurs sont revenus sur un parcours marqué par la persévérance et l’engagement.

Le cinéma contre vents et marées

Pour l’un comme pour l’autre, le cinéma a toujours été une affaire intime. Myriam Sassine a grandi dans un village éloigné de Beyrouth, sans salle à proximité. C’est grâce à un père cinéphile qu’elle a découvert le 7e art et décidé de s’y consacrer, bravant les injonctions sociales. Georges Schoucair, lui, a évoqué une enfance passée dans les abris de Beyrouth pendant la guerre civile, où les cassettes de cinéma représentaient à la fois un refuge et une fenêtre sur le monde.

Abbout Productions a vu le jour en 2004 dans un paysage cinématographique libanais presque désert. « C’était à la fois un avantage et un inconvénient : il n’y avait rien… Mais du coup, on pouvait tout créer », ont-ils résumé. La société a rapidement évolué : « On est passés de faire des films par amour du cinéma à une mission de transmission. On voulait raconter des histoires et parler de nous », a expliqué Georges Schoucair.

Leur premier grand projet commun, Costa Brava, a été tourné dans des conditions extrêmes : pandémie, distanciation, confinement, puis l’explosion du port de Beyrouth. À cela se sont ajoutées les difficultés de financement. Faute d’une industrie structurée, ils ont dû mobiliser 33 sources différentes, aucune ne dépassant 100 000 euros. «On a des génériques très longs!», ont-ils plaisanté.

Et pourtant, malgré ces obstacles, Abbout a produit une cinquantaine de films en une quinzaine d’années, offrant une vitrine internationale à des talents libanais et arabes. Georges Schoucair et Myriam Sassine ont également mis en place un véritable écosystème en faveur du cinéma local et indépendant : création des salles Metropolis, lancement du Maskoon Fantastic Film Festival, unique festival de films de genre dans la région, ou encore direction de la plateforme Aflamuna Connection, dédiée à la coproduction arabe.

Le Liban dans toute sa complexité

Ni « Suisse du Moyen-Orient » ni simple « pays des guerres », le Liban a été montré sous toutes ses facettes par ces deux producteurs, qui ont toujours refusé simplification et stéréotypisation. Montrer la vérité des récits, au-delà des clichés, a fait de chaque film un geste créatif et engagé. « Toute ma conscience politique est venue du cinéma », a confié Myriam Sassine. Propos rejoints par Georges Schoucair : « Tout est politique au Liban. C’est difficile d’y échapper », rappelant que Panoptic de Rana Eid avait été surveillé et censuré.

Cet engagement a dépassé les frontières. Abbout a accompagné des réalisateurs comme Ahmad Ghossein (Jalouse Sound Barrier, Venise 2019), Ghassan Salhab (Le Fleuve, Locarno 2021), Oualid Mouaness (1982, Toronto 2019), Ely Dagher (La Mer derrière nous, Cannes 2021) ou encore Myriam el-Hajj (Like an Event in a Dream, Berlinale Panorama 2024). Ils ont aussi collaboré à des œuvres internationales, via Schortcut Films, avec Jean-Luc Godard (Le Livre d’image, 2018), Alain Gomis, Kaouther Ben Hania, Lucrecia Martel et Élia Suleiman.

« Plus que jamais, je veux défendre un cinéma arabe, surtout avec ce qui se passe dans notre région. Nous sommes déshumanisés dans les médias, on ne raconte pas tout. Il y a donc ce besoin de défendre notre identité, notre culture, notre humanité », a conclu Myriam Sassine.

Créé en 2002 par la municipalité de Minusio, le Prix Raimondo Rezzonico a récompensé en 2025 un duo qui, contre vents et marées, a façonné un cinéma indépendant libanais capable de dialoguer avec le monde tout en restant profondément ancré dans sa terre.

Au cœur de la 78e édition du Festival international du film de Locarno, le cinéma libanais s’est imposé avec brio. Abbout Productions, la société fondée par Georges Schoucair et rejointe par Myriam Sassine en 2010, a reçu le prestigieux Prix Raimondo Rezzonico, qui distingue depuis 2002 le meilleur producteur indépendant. Pour célébrer cette reconnaissance, le festival a projeté deux de leurs œuvres emblématiques : Costa Brava, Lebanon de Mounia Akl, révélée à Venise, et Les Carnets de Maya (Memory Box) de Joana Hadjithomas et Khalil Joreige, présentée à la Berlinale.Lors d’une rencontre animée par le journaliste suisse Philippe Mottaz, les deux producteurs sont revenus sur un parcours marqué par la persévérance et l’engagement.Le cinéma contre vents et maréesPour l’un comme pour l’autre, le cinéma a...
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