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Culture - Focus

Le chanteur Bono accuse Netanyahu : Ce que vous faites à Gaza est immoral

Entre appel au cessez-le-feu et plaidoyer humanitaire, le charismatique leader du groupe irlandais U2 prolonge l’héritage militant d’un rock devenu tribune politique.

Le chanteur Bono accuse Netanyahu :  Ce que vous faites à Gaza est immoral

Bono, le leader du groupe U2. Photo d'archives AFP

Dans un communiqué inhabituellement tranchant publié sur leur compte Instagram et sur leur site officiel, Bono, The Edge, Adam Clayton et Larry Mullen Jr prennent position sur la guerre à Gaza. Le groupe irlandais U2 condamne l’attaque « diabolique » du Hamas contre Israël le 7 octobre 2023, mais juge la riposte israélienne « brutale » et « disproportionnée », accusant Benjamin Netanyahu de mener une « punition collective » contre les Palestiniens.

Charismatique, infatigable, parfois provocateur, Bono signe les passages les plus incisifs du texte. Il accuse Netanyahu et sa coalition d’extrême droite d’« avancer vers la colonisation » de Gaza et de la Cisjordanie. « Il n’y a pas de hiérarchie dans les souffrances », écrit-il, rappelant que « lorsque la perte de vies civiles, en particulier celle d’enfants, semble calculée… alors ‘‘mal’’ n’est pas un mot exagéré ».

Le chanteur revient sur les images de famine à Gaza : « Elles m’ont ramené quarante ans en arrière, lors d’un voyage en Éthiopie avec Ali, après notre participation au Live Aid. Une autre famine provoquée par l’homme. » Pour lui, ces tragédies ont un point commun : elles sont le fruit de choix politiques, pas de fatalités.

Bono insiste sur le fait que le Hamas « n’est pas le peuple palestinien », rappelant qu’il s’agit d’une population « marginalisée, opprimée, occupée et dépossédée de ses terres depuis des décennies ». Il dénonce l’usage de la faim comme arme de guerre, accusant non seulement le Hamas mais aussi Israël d’y recourir : « Nous savons que le Hamas utilise la famine comme arme, mais désormais Israël aussi, et je ressens de la répulsion pour cet échec moral. »

Il réclame un accès humanitaire massif et sans entrave à Gaza et en Cisjordanie, confié à des équipes professionnelles, avec « le bon nombre de camions » pour répondre aux besoins vitaux. « Il faudra plus de cent camions par jour pour être sérieux… plutôt six cents », écrit-il, estimant qu’un afflux d’aide permettrait aussi de tarir le marché noir profitant au Hamas. Le groupe annonce en outre un don à l’ONG Medical Aid for Palestinians.

Les quatre membres du groupe de rock irlandais U2 : Adam Clayton, Bono, The Edge et Larry Mullen Jr. Photo Helena Christensen
Les quatre membres du groupe de rock irlandais U2 : Adam Clayton, Bono, The Edge et Larry Mullen Jr. Photo Helena Christensen


Une attaque frontale contre la politique israélienne

S’il distingue Israël de son gouvernement, Bono accuse Netanyahu de « détruire Israël comme force morale autant qu’économique ». Il cite les propos de ministres appelant à priver Gaza de toute aide : « Pas un grain de blé. » Et il interprète l’annonce d’un contrôle militaire sur Gaza-ville comme un euphémisme pour la colonisation.

Sa mise en garde est directe : « Israël risque de disparaître de la communauté des nations bâtie autour, même imparfaitement, d’une certaine décence. »

The Edge interpelle Netanyahu : « Pensez-vous que détruire Gaza ne laissera pas une honte durable ? » Il qualifie l’expulsion possible des Palestiniens de « nettoyage ethnique » et met en garde contre un régime d’apartheid. Adam Clayton dénonce une « vengeance » contre les civils. Larry Mullen Jr, discret mais clair, estime que les massacres du 7-Octobre n’ont « apporté que plus de misère » à la région.

Bono, héritier du rock engagé

Paul David Hewson, alias Bono, 64 ans, n’a jamais séparé art et engagement. Cofondateur de la ONE Campaign, il a œuvré contre l’extrême pauvreté, pour l’accès aux traitements contre le sida et l’annulation de la dette des pays pauvres. Sa discographie témoigne de cet engagement : Sunday Bloody Sunday  contre les violences en Irlande du Nord Pride (In the Name of Love) hommage à Martin Luther King ; One appel à l’unité et à la réconciliation ; Where the Streets Have No Name, espoir au-delà des frontières.

Dans chacune de ces chansons, la musique se double d’un manifeste moral. Ce communiqué sur Gaza s’inscrit dans cette continuité, mais avec un degré inédit de frontalité politique.

Une rupture avec la prudence passée

Depuis plus de vingt ans, Bono défend la solution à deux États. En 2002, il condamnait les violences des deux camps. En 2014, il dénonçait les bombardements « indiscriminés » sur Gaza. Mais jamais encore il n’avait attaqué aussi frontalement un dirigeant israélien. Cette évolution traduit, selon lui, la nécessité de nommer les choses : « Le gouvernement de Netanyahu mérite notre condamnation catégorique et sans équivoque. »

La prise de position de U2 s’inscrit dans un mouvement plus large, mais encore rare, de personnalités du spectacle prenant la parole sur Gaza. Mark Ruffalo a réclamé un cessez-le-feu immédiat. Dua Lipa a dénoncé « l’inhumanité » du blocus. Roger Waters a intensifié ses critiques contre la politique israélienne. Ken Loach a parlé de « nettoyage ethnique ». Susan Sarandon a participé à des manifestations propalestiniennes. Ces interventions, souvent controversées, montrent combien le sujet reste explosif dans le monde du divertissement.

Dans ce paysage culturel global souvent frileux face aux sujets explosifs, la sortie de U2 frappe par sa clarté et sa fermeté. Les artistes n’ont pas le pouvoir de négocier des traités, mais ils peuvent influer sur les consciences. En citant des voix juives et israéliennes opposées à la guerre, Bono rappelle que la critique d’un gouvernement n’est pas la négation d’un peuple.

Bono ne se contente plus d’appeler à la paix : il désigne nommément les responsables, accuse, interpelle, exige. À une époque où la musique est souvent réduite au divertissement, cette prise de parole rappelle qu’un artiste peut encore s’ériger en conscience publique, en voix dérangeante mais nécessaire.

Au final, avec ce communiqué, Bono et U2 ne font pas que commenter l’actualité : ils prolongent un engagement artistique et moral inscrit dans l’ADN du groupe depuis plus de quarante ans. 

Et si les chansons de U2 ont marqué leur époque, c’est précisément parce qu’elles portaient cette ambition : donner à la scène le rôle d’une tribune et aux refrains celui d’un manifeste. À l’heure où Gaza et Israël s’enfoncent dans la spirale de la violence, la voix de Bono, amplifiée par l’aura mondiale de U2, rappelle que la musique, parfois, peut encore tenter de fissurer le mur.

Dans un communiqué inhabituellement tranchant publié sur leur compte Instagram et sur leur site officiel, Bono, The Edge, Adam Clayton et Larry Mullen Jr prennent position sur la guerre à Gaza. Le groupe irlandais U2 condamne l’attaque « diabolique » du Hamas contre Israël le 7 octobre 2023, mais juge la riposte israélienne « brutale » et « disproportionnée », accusant Benjamin Netanyahu de mener une « punition collective » contre les Palestiniens.Charismatique, infatigable, parfois provocateur, Bono signe les passages les plus incisifs du texte. Il accuse Netanyahu et sa coalition d’extrême droite d’« avancer vers la colonisation » de Gaza et de la Cisjordanie. « Il n’y a pas de hiérarchie dans les souffrances », écrit-il, rappelant que « lorsque la perte de vies civiles, en particulier celle d’enfants,...
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