Un homme marche à l'intérieur d'un bâtiment endommagé par l'artillerie, lors de la visite d'une délégation de diplomates étrangers pour inspecter une zone endommagée le long de la frontière entre la Thaïlande et le Cambodge, suite à un cessez-le-feu entre le Cambodge et la Thaïlande, à Oddar Meanchey, Cambodge, 1er août 2025. Photo REUTERS/Soveit Yarn
Un cessez-le-feu a été signé, interrompant les frappes sanglantes à la frontière entre la Thaïlande et le Cambodge, mais les cybercombattants poursuivent les affrontements en ligne, piratant des sites officiels, bombardant leurs adversaires de spams et mettant des pages hors service.
Les cinq jours d'affrontements entre les deux voisins à propos du tracé disputé de leur frontière ont entraîné la mort de 40 personnes et provoqué la fuite de plus de 300.000 personnes.
Le conflit a également entraîné une guerre de désinformation, chacun cherchant à faire valoir le narratif selon lequel l'autre serait à blâmer pour ces affrontements. Les deux camps se sont mutuellement accusé de messages trompeurs visant à manipuler l'opinion mondiale en leur faveur.
Les responsables thaïlandais ont enregistré plus de 500 millions d'attaques en ligne au cours des derniers jours, a déclaré mercredi le porte-parole du gouvernement Jirayu Huangsab.
Ils ont notamment répertorié des signalements indésirables sur les plateformes en ligne et des attaques par déni de service distribué (DDoS), qui consiste à surcharger des sites web par des requêtes ciblées de telle sorte qu'ils ne soient plus accessibles.
« C'est une guerre psychologique », a soutenu à l'AFP le porte-parole du gouvernement cambodgien, Pen Bona. « Il y a beaucoup de fake news, et ça ne serait pas surprenant si elles venaient des utilisateurs des réseaux sociaux. Mais même les médias officiels thaïlandais publient des fausses informations », a-t-il affirmé.
Désinformation
Les attaques ont aussi visé des utilisateurs populaires ou des comptes de médias en Thaïlande.
Des publications sur Facebook de la Première ministre suspendue Paetongtarn Shinawatra condamnant les frappes cambodgiennes ont été visées par des dizaines de milliers de commentaires répétant les mêmes messages, comme « Meilleure drama-queen de 2025 ».
Le porte-parole du gouvernement thaïlandais a estimé que ces attaques sont une tromperie pure et simple qui vise à « semer la division parmi les Thaïlandais ». Son homologue cambodgien a aussi soutenu que les fausses informations provenant de Thaïlande visaient à fragmenter l'unité du Cambodge.
Des vidéos et des images d'une frappe cambodgienne mortelle sur une station essence en Thaïlande ont été partagées avec une légende affirmant qu'il s'agissait d'une attaque sur le sol cambodgien. D'autres publications, y compris une partagée par la page officielle du secrétaire d'Etat cambodgien Vengsrun Kuoch, soutiennent que les forces thaïlandaises ont utilisé des armes chimiques.
La photo relayée montre en réalité un avion larguant du retardant lors des incendies à Los Angeles en janvier 2025. Sollicité par l'AFP, Vengsrun Kuoch n'a pas répondu. Des hackers dans les deux camps ont attaqué des sites gérés par les Etats, dégradant les pages avec des messages injurieux.
Obscénités
L'une des cibles a été NBT World, un site d'informations géré par le département des relations publiques du gouvernement thaïlandais. Les titres et légendes des articles concernant le Premier ministre Phumtham Wechayachai ont été remplacés par des obscénités comme « Nique ta mère ».
Dans le même temps, des hackers thaïlandais ont changé la page de connexion du Sachak Asia Development Institute, un établissement éducatif cambodgien, pour montrer une image modifiée de l'ancien Premier ministre Hun Sen avec une coiffure exagérément démesurée, la raie sur le côté.
Cette image fait référence a une vidéo, largement moquée en Thaïlande, dans laquelle de jeunes Cambodgiens portent la même coiffure lors de la visite de l'un des temples disputés par les deux pays. Les attaques en ligne, que ce soient des messages de désinformation ou des cyberattaques pour perturber des infrastructures ou des services, sont devenues une composante habituelle des conflits modernes.
Dans la guerre en Ukraine, Kiev et ses alliés ont depuis longtemps accusé la Russie d'attaques perturbant des systèmes informatiques gouvernementaux et privés dans le monde entier. Plus tôt dans la semaine, des groupes de hackers ukrainiens et biélorusses ont revendiqué l'attaque contre la compagnie aérienne nationale russe, clouant au sol des dizaines de vols.
Jessada Salathong, professeur en communication de masse à l'université thaïlandaise de Chulalongkorn, estime que tout le spectre du désordre informationnel - désinformation, fausses nouvelles, théories du complot... - a été déroulé lors des affrontements entre les deux pays. « À une époque où n'importe qui peut se déclarer média, la guerre de l'information implique tout le monde », a-t-il déclaré à l'AFP.

