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Culture - Festival

Oakenfest : là où la musique campe dans les bois

Le temps d’un week-end, la neuvième édition du festival a entraîné artistes alternatifs et mélomanes dans les forêts de Lehfed, au cœur des montagnes de la région de Jbeil.

Oakenfest : là où la musique campe dans les bois

À Lehfed, le festival Oakenfest est devenu incontournable dans le paysage musical alternatif libanais. Photo Marguerita Sejaan/L'Orient-Le Jour

Sous les chênes centenaires de cette région bucolique, Oakenfest pose une question aussi simple qu’audacieuse : et si, au lieu de rentrer chez soi après un concert, on passait la nuit ensemble, sous les étoiles ? Cette idée, née spontanément en 2013 dans l’esprit d’Elsa Saadé, alors âgée de 21 ans, a donné naissance au seul festival de musique en camping du Liban. À l’origine, une simple virée estivale entre amis sur les terres familiales. Puis un ami demande d’inviter un musicien. Un, puis huit. S'y ajoutent une scène, des lumières... et la magie opère.

Année après année, le rendez-vous est devenu incontournable dans le paysage musical alternatif libanais, tout en conservant l’intimité de ses débuts. « Ici, tout est sincère, rien n’est commercial », lance Wi, 27 ans, alors que le groupe de rock Open Road investit la scène samedi soir.

Pour Halim, 35 ans, et ses compagnons, le cadre naturel et le principe du camping collectif subliment l’expérience musicale. « Ce genre d’événement ne pourrait jamais exister à Beyrouth, où chacun vit dans sa bulle. Ici, c’est le partage qui prime. » Et Wi d’ajouter : « À Beyrouth, il n’y a même pas de terre ! Ce n’est pas comme ça qu’on est censés vivre. »

Du vendredi au dimanche, dix-sept artistes se sont succédé sur scène devant un public oscillant entre 800 et 1 000 personnes, selon les estimations d'Elsa Saadé. Une programmation éclectique mêlant musiques alternatives, expérimentales et parfois volontairement déroutantes, dessinant un panorama vivant de la scène indépendante libanaise, où la fluidité prime sur la hiérarchie.

Plusieurs artistes, parmi lesquels 3YOONI, Bachar Mar Khalifeh ou le rappeur Bu Nasser, ont consacré une partie de leur performance aux victimes des attaques israéliennes sur Gaza et aux violences de l’an dernier au Liban. Sur scène comme dans les conversations du public, la politique s’est invitée sans détour, mais avec une forme de lucidité porteuse d’espoir.

Samedi après-midi, à l’annonce du décès de Ziad Rahbani, des groupes d’amis se sont spontanément rassemblés à l’entrée du site pour écouter sa musique et fredonner ses chansons. Certains y sont restés jusque tard dans la nuit, comme une veillée silencieuse, tandis qu’à quelques centaines de mètres, des artistes lui rendaient hommage en musique sur scène.

Une micro-société musicale

Dimanche, le sentiment d’appartenance a pris le pas sur l’anonymat. Ceux qui étaient encore étrangers le vendredi ont partagé maté, rires et souvenirs dans ce que beaucoup appellent « un petit village ».

« Ce n’est pas seulement un festival de musique », souligne Dovinoa, 24 ans. « C’est aussi une occasion de rencontrer des gens. Ici, tout le monde est accueillant, ce qui rend le camping si naturel. » Elle tend son gobelet de maté à ses voisins avec un sourire complice : « C’est comme un quartier. »

Pour Elsa Saadé, le succès d’Oakenfest repose sur un ingrédient rare : la confiance. « Organiser le festival en forêt lui confère une authenticité précieuse. Beaucoup viennent sans connaître la programmation, simplement parce qu’ils nous font confiance pour leur soirée. »

Une confiance qui dépasse la seule programmation musicale. À Oakenfest, un pacte tacite lie les participants, fondé sur un respect mutuel qui permet à cette communauté éphémère de fonctionner. Dans un concert classique, on peut fuir une ambiance pesante. Ici, tout incident peut faire basculer l’équilibre fragile du campement. Samedi, un homme en état d’ébriété et accusé d’avoir importuné plusieurs festivaliers a été rapidement évacué par les organisateurs, dans le calme et sans perturber le déroulement du festival.


Une foule d’artistes dans le public

Pour Yassin Mehdi, alias 3YOONI, performeur suisse-irakien de 35 ans, l’ambiance d’Oakenfest est incomparable. « Mes concerts à Beyrouth ce mois-ci étaient empreints d’un certain malaise. Hier, tout a dépassé mes attentes. Jouer dans une forêt, devant un public aussi réceptif, c’était naturel, rassurant. »

« Ce qui est fou ici, c’est que même dans le public, il y a plein de gens talentueux », confie Halim. « C’est comme si Oakenfest faisait appel à une tribu bien précise. » Le lendemain, Dovinoa et son amie Nour, qui n’avaient jamais rencontré Halim, exprimaient exactement la même idée. Un moment d’osmose inattendu, comme un signal d’appartenance.

Vers 3 heures du matin, une fois le DJ set de Boshoco terminé, la scène s’est transformée en terrain de jeu libre : un musicien a entamé un air au qanun, un autre l'a rejoint à la derbakeh, et à 5 heures, on chantait Leh betaassir tanoura et la comptine Kellon aandon siyarat w jeddi aando hmar. Une clôture aussi improbable que fidèle à l’esprit du lieu.

« Cette année, on voulait revenir à l’essence même d’Oakenfest », conclut Elsa Saadé. « Pas de pression, pas d’attentes : juste des amis, des artistes et des passionnés de musique réunis autour d’un feu. »

Un événement post-festival est prévu le 22 août au KED à Beyrouth.

*Par respect de la vie privée, les noms de famille des intervenants ont été omis.

Sous les chênes centenaires de cette région bucolique, Oakenfest pose une question aussi simple qu’audacieuse : et si, au lieu de rentrer chez soi après un concert, on passait la nuit ensemble, sous les étoiles ? Cette idée, née spontanément en 2013 dans l’esprit d’Elsa Saadé, alors âgée de 21 ans, a donné naissance au seul festival de musique en camping du Liban. À l’origine, une simple virée estivale entre amis sur les terres familiales. Puis un ami demande d’inviter un musicien. Un, puis huit. S'y ajoutent une scène, des lumières... et la magie opère.Année après année, le rendez-vous est devenu incontournable dans le paysage musical alternatif libanais, tout en conservant l’intimité de ses débuts. « Ici, tout est sincère, rien n’est commercial », lance Wi, 27 ans, alors que le groupe de rock...
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