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Culture - Festival De Baalbeck

Non, « Carmen » n'est pas un opéra français

C'est une recréation de ce genre que le metteur en scène Jorge Takla et le chef d'orchestre, le père Toufic Maatouk, ont réalisée le vendredi 25 et le samedi 26 juillet 2025 dans le cadre du prestigieux Festival de Baalbeck.

Non, « Carmen » n'est pas un opéra français

Marie Gautrot et Julien Behr dans le « Carmen » de Jorge Takla au Festival de Baalbeck. Press Photo Agency

Voici une représentation de Carmen qui sera sans doute âprement discutée et rejetée tant l'appréciation de cet opéra populaire entre tous est basée la plupart du temps sur une méconnaissance de ses valeurs vraies au profit d’une routine qu’on baptise « tradition ». Qu'on le veuille ou pas, non Carmen n'est plus un opéra français. C'est l'un des rares chefs-d’œuvre qui ait été annexé sur le plan international. Cette internationalisation était à la fois la consécration la plus profonde de Bizet et aussi la porte ouverte à toutes les recréations au-delà des habitudes du public et des mélomanes.

Et c'est une recréation de ce genre que le metteur en scène Jorge Takla et le chef d'orchestre, le père Toufic Maatouk, ont réalisée vendredi et samedi derniers dans le cadre du prestigieux Festival de Baalbeck.

Disons tout de suite que le résultat diffère passablement de ce à quoi nous sommes accoutumés. Vu les coupures faites dans l'opéra faute de temps, 2 heures et demie, et faute de budget probablement. Mais la direction du père Maatouk me paraît une réussite totale dans la mesure où non seulement elle réalise la synthèse de la musique et de l'action, en parfaite osmose avec Jorge Takla d'une façon absolue, mais encore où c'est l'action qui paraît sortir de la musique. Il est toujours très difficile de réussir une mise en scène en plein air et Jorge Takla a su parfaitement l’adapter au cadre.

La liberté de cette direction sans doute certains le lui reprocheront, bien qu'on n'y trouve aucun effet spectaculaire ni encore des effets moins gratuits comme dans certaines versions qui nous sont familières. Les mouvements changent sans cesse pour s'adapter à la plasticité des sentiments et surtout au lieu et à la scène. Pourtant aux rares endroits de la partition où Bizet a donné une indication précise, celle-ci est toujours respectée. Ainsi, l’indication « ne pas presser » à un moment particulier du quintette au second acte dont la prétendue « tradition » ne tient jamais compte. Pour le reste, on s'aperçoit que la souplesse des tempos, les accents, le rubato font autant ressortir les valeurs musicales pures de l'inspiration et de l'écriture de Bizet et qu'ils ajoutent à la signification dramatique de cette musique.

D'une façon générale, la principale originalité de la direction de Maatouk, c'est la façon dont il fait dialoguer l'orchestre et les chanteurs. Il s'agit ici d'autre chose que d'un accompagnement instrumental des voix. L'orchestre devient protagoniste au même titre que Carmen ou Don José.

Sa présence est une action baignant les personnages dans un climat sonore rutilant, mais aussi les conditionnant malgré eux, émanations sonores de ce destin qui est le maître comme le chante Carmen. La progression est passionnante et culmine de façon fantastique au moment de la scène finale. Et cela avec une sobriété que certains excès d’histrionisme de la part des chanteurs arrivent à peine à rompre.

Mais que valent ceux-ci ? Marie Gautrot est sans doute une remarquable Carmen. Son incarnation est aussi attachante que celle de la Callas mais son timbre vocal convient davantage à ce rôle de bohémienne et à de rares moments, elle a tendance à forcer son jeu sans doute parce qu'on est en plein air et non pas sur une scène d'opéra, non pas à la manière du vérisme de Puccini, mais plutôt dans le sens du réalisme. Julien Behr possède une voix dont l'impact fait merveille dans les passages les plus violents et la finale du troisième et quatrième actes. Son Don José plus extérieur que celui de Jon Vickers, a la force brute d'un animal blessé. Les passages lyriques du rôle Parle-moi de ma mère, La fleur que tu m'avais jetée brillent d'élégance mélodique et de beauté sonore intrinsèque. Vannina Santoni en revanche phrase à ravir dans Micaëla et si le timbre de Jérôme Boutiller manque un peu de brillant pour le rôle d’Escamillo, du moins chante-t-il avec tout le panache souhaitable. Les seconds rôles sont dans l'ensemble bien tenus : Mira Akiki (Frasquita), Grace Medawar (Mercedes), César Naassy (Zuniga), Fadi Jeanbart (Morales), Philippe-Nicolas Martin (Le Dancaïre) et Jason Choueifaty (Le Remendado).

Magnifiques, la Chorale de l'Université Antonine et l'Orchestre de la radio roumaine, ils possèdent un dynamisme considérable. Quant aux Olles ! et autres exclamations surajoutées, qui ne manqueront pas de choquer certains bons esprits, je pense qu'elles font partie intégrante de l'esthétique réaliste choisie délibérément par le chef et le metteur en scène, sans défigurer la pensée musicale de Bizet. En conclusion, bravo au comité du Festival de Baalbeck. Un spectacle grandiose, extraordinaire version pour les amateurs de Carmen dont beaucoup peut-être aiment le chef-d’œuvre de Bizet pour de mauvaises raisons ? Une chose est certaine : il fallait être présent. Parce qu'outre l’impression saisissante qu'elle produit, beaucoup de mélomanes spectateurs ont découvert ce soir-là, grâce au chef, des beautés nouvelles à une musique qu'ils croyaient bien connaître. 

Voici une représentation de Carmen qui sera sans doute âprement discutée et rejetée tant l'appréciation de cet opéra populaire entre tous est basée la plupart du temps sur une méconnaissance de ses valeurs vraies au profit d’une routine qu’on baptise « tradition ». Qu'on le veuille ou pas, non Carmen n'est plus un opéra français. C'est l'un des rares chefs-d’œuvre qui ait été annexé sur le plan international. Cette internationalisation était à la fois la consécration la plus profonde de Bizet et aussi la porte ouverte à toutes les recréations au-delà des habitudes du public et des mélomanes.Et c'est une recréation de ce genre que le metteur en scène Jorge Takla et le chef d'orchestre, le père Toufic Maatouk, ont réalisée vendredi et samedi derniers dans le cadre du prestigieux Festival de Baalbeck.Disons...
commentaires (1)

Un article sur mesure…peut etre trop flatteur..?

William Cadige

16 h 20, le 28 juillet 2025

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Commentaires (1)

  • Un article sur mesure…peut etre trop flatteur..?

    William Cadige

    16 h 20, le 28 juillet 2025

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