Vue de la ville de Donetsk, en Ukraine contrôlée par la Russie, le 17 juillet 2025, dans le cadre du conflit russo-ukrainien. Photo Olga MALTSEVA / AFP
Les députés ukrainiens ont adopté mardi une loi qui liquide l'indépendance des deux institutions chargées de la lutte anticorruption dans le pays en guerre, au lendemain de l'arrestation très critiquée d'un responsable travaillant dans l'une de ces structures.
La corruption est un mal endémique en Ukraine depuis de nombreuses années mais le pays avait fait des progrès dans la lutte contre ce fléau en créant notamment une instance d'enquête, le Nabu, et un parquet dédié, le SAP, spécialisé dans ces affaires.
Malgré les critiques des militants et ONG, le Parlement a voté mardi à 263 voix pour, 13 contre et 13 abstentions, pour subordonner les activités de ces deux structures au procureur général, lui-même subordonné au président. Une mesure qui supprime de fait leur indépendance.
Le projet de loi doit désormais être signé par le président Volodymyr Zelensky pour entrer en vigueur.
« Aujourd'hui est un jour de honte pour le Parlement ukrainien. Les autorités ont introduit des amendements à la loi visant à détruire l'organe de lutte contre la corruption », a dénoncé sur Telegram le député indépendant Oleksiï Gontcharenko, disant y voir un « pas vers un régime autoritaire ».
« Nous n'avons pas voté pour cette mascarade. J'ai honte et j'ai honte pour les gens dans cette salle », a abondé un autre député, Iaroslav Jelezniak du parti libéral Holos.
Selon le député Roman Lozinsky, ce texte accorde au procureur général le pouvoir de gérer le SAP, de donner des « instructions écrites obligatoires » au Nabu et d'avoir accès aux détails de n'importe quelle affaire et de les déléguer au procureur de son choix ou à d'autres agences.
« Aujourd'hui, avec les votes de 263 députés, l'infrastructure anticorruption a été détruite », a regretté lors d'une conférence de presse le directeur du Nabu, Semion Kryvonos, avertissant que la loi donnera naissance à « des personnes intouchables » en Ukraine.
Le texte « détruit effectivement l'indépendance de ces deux institutions vis-à-vis de toute influence politique et pression sur nos enquêtes », a abondé le chef du SAP, Oleksandre Klymenko.
Quelques heures avant le vote, l'Union européenne s'est dite, par la voix de son porte-parole Guillaume Mercier, « préoccupée », soulignant que ces deux instances étaient « essentielles au programme de réforme » que l'Ukraine s'est engagée à mener pour pouvoir adhérer à l'UE.
Lundi, les services de sécurité ukrainiens (SBU) avaient annoncé l'arrestation d'un responsable du Nabu soupçonné d'espionnage au profit de Moscou, et ont perquisitionné les locaux de l'organisation qui rejette ces accusations.


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