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Agenda - Hommage À Hani Sobhi Mahmassani

Cœur battant, mélomane éternel et homme de lumière

Mardi 15 juillet 2025, le silence est tombé comme une nappe d’écume sur nos vies. Mon oncle Hani Mahmassani s’en est allé. Et pourtant, malgré ce silence, je l’entends encore. Car il était musique. Il était rythme et âme. Il était ce battement rare et sincère que seuls les cœurs fidèles savent maintenir, même dans l’absence.

On se souviendra – et à juste titre – de l’immense professeur qu’il fut. Directeur du Northwestern University Transportation Center, chercheur d’exception, référence mondiale dans son domaine, brillant architecte des réseaux invisibles qui façonnent nos sociétés. Mais si je prends la plume aujourd’hui, ce n’est pas seulement pour saluer le professionnel admirable qu’il était – c’est pour vous parler de l’homme.

Hani, c’était l’incarnation même de l’intégrité. Une intégrité lumineuse, tranquille, intransigeante. Il ne la revendiquait jamais – elle émanait de lui comme le bleu profond d’un vinyle bien usé. Il était respecté pour son intelligence, mais aimé pour sa bonté. Un homme au cœur vaste, toujours en mouvement vers l’autre. Toujours à l’écoute. Toujours avec le mot juste, le conseil patient, la tendresse intacte.

Pour ses amis, ses élèves, sa famille, il était ce havre rare : une oreille sincère, une épaule solide, une âme tendre. Un frère attentionné – le plus jeune des quatre, et pourtant si souvent le plus sage. Je revois encore les récits de mon père, Ghaleb, évoquant ces matins de jeunesse où, après quelques veillées prolongées, Hani venait doucement le réveiller en glissant sur la platine un disque choisi avec amour. Le vinyle parlait pour lui. La musique était son langage secret – sa façon de dire : « Je suis là. »

Et quelle musique ! C’est là une autre chose que je lui dois. Mon amour pour le blues, pour le jazz, pour les voix rugueuses et les guitares pleureuses. C’est lui qui m’a offert ma première cassette – un album de Tracy Chapman, suivi d’un double album de Stevie Ray Vaughan. Ces sons m’ont forgé. Il ne manquait jamais, lors de nos retrouvailles, de me faire écouter ses dernières découvertes, ses coups de cœur – d’Austin à Chicago, en passant par Paris ou Beyrouth, il connaissait chaque club, chaque scène, chaque musicien prometteur. Il avait l’oreille absolue – celle du cœur, pas celle du solfège.

Hani était un amoureux de la vie, de la lecture, du monde. Il avait soif : soif de comprendre, de lire, de transmettre. C’était un puits de savoir, un jardin d’idées. Il pouvait citer Faulkner et parler de Robert Johnson dans le même souffle. Il avait ce talent rare de faire dialoguer la rigueur scientifique et la poésie du quotidien.

Je l’imagine aujourd’hui retrouvant dans les cieux Millie, l’amour de sa vie, dont la perte prématurée avait creusé un silence dans son cœur. Et je les imagine tous deux, enfin réunis, main dans la main, dans un club céleste où Coltrane improvise et où Etta James murmure At Last dans le halo d’une lumière bleue. Il retrouve aussi ses parents, ce foyer qui avait semé en lui la chaleur et la culture, le raffinement et l’exigence.

Il laisse derrière lui ses trois frères : Ghaleb, Malek et Maher – liens indéfectibles, tissés par l’affection, l’admiration mutuelle, et cette élégance fraternelle qui n’a jamais faibli. Et bien sûr, Amine et Ziad, ses deux fils, la fierté de sa vie. Son plus grand amour. Ses compositions les plus parfaites. À eux, il lègue non seulement son nom, mais une vision du monde : faite de dignité, de curiosité, d’amour et de lumière.

Hani était insatiable de savoir, toujours en quête – d’un livre, d’une idée, d’une note rare. Il lisait comme on respire. Il pensait comme on compose. Il écoutait comme on prie. Son esprit était un phare, mais son cœur, une étoile chaude et fidèle.

J’aurais voulu lui dire encore tant de choses. J’aurais voulu un dernier échange musical, une dernière recommandation. J’aurais voulu lui lire ce vers de Leonard Cohen qu’il aurait adoré : « There is a crack in everything, that’s how the light gets in. »

Mais peut-être qu’il le savait déjà. Peut-être que cette faille dans le monde, cette douleur de son absence, c’est aussi là que sa lumière entre et s’installe.

Il n’y aura plus jamais tout à fait la même lumière, maintenant qu’il est parti. Mais il y aura ses éclats. Il y aura sa musique. Ses gestes. Ses silences pleins. Et cette phrase qu’il m’avait dite un jour, après un concert bouleversant : « Il y a des notes qu’on entend qu’une seule fois dans sa vie, mais qu’on n’oublie jamais. »

Tu étais cette note, Hani. Une note unique. Inoubliable. Une note d’amour.

Alors aujourd’hui, je pleure un oncle. Mais je célèbre un homme. Un homme rare, un homme vaste. Un homme libre.

Repose en paix, cher Hani.

Et que le ciel t’offre une scène ouverte, un club de jazz sans fin, où tu pourras, éternellement, écouter, aimer et danser.

Mardi 15 juillet 2025, le silence est tombé comme une nappe d’écume sur nos vies. Mon oncle Hani Mahmassani s’en est allé. Et pourtant, malgré ce silence, je l’entends encore. Car il était musique. Il était rythme et âme. Il était ce battement rare et sincère que seuls les cœurs fidèles savent maintenir, même dans l’absence.On se souviendra – et à juste titre – de l’immense professeur qu’il fut. Directeur du Northwestern University Transportation Center, chercheur d’exception, référence mondiale dans son domaine, brillant architecte des réseaux invisibles qui façonnent nos sociétés. Mais si je prends la plume aujourd’hui, ce n’est pas seulement pour saluer le professionnel admirable qu’il était – c’est pour vous parler de l’homme.Hani, c’était l’incarnation même de l’intégrité....