Rechercher
Rechercher

Dernières Infos - Liban

Aoun écarte toute normalisation avec Israël à l'heure actuelle

L'État étendra son autorité sur tout le territoire national, assure le Premier ministre libanais aux ambassadeurs de l’UE.

Aoun écarte toute normalisation avec Israël à l'heure actuelle

Le président Joseph Aoun (au centre), pose aux côtés de l'homme politique koweïtien, Mohammad Jassem Al-Saqr (à gauche du président), du vice-Premier ministre, Tarek Mitri (tout à droite), de l’ancien président Amine Gemayel (à droite du président) et de l’ancien Premier ministre Fouad Siniora (tout à gauche). Photo publiée sur le compte X de la présidence libanaise. @LBpresidency

Le président Joseph Aoun a exclu vendredi toute normalisation de ses relations avec Israël, tout en se déclarant pour une situation pacifique avec le pays voisin qui occupe encore une partie de son territoire. Le président a « fait la distinction entre la paix et la normalisation », selon un communiqué de la présidence. Recevant vendredi à Baabda une délégation du Conseil des relations arabes et internationales, think tank basé au Koweït et présidé par l'homme politique et homme d'affaires koweïtien Mohammad Jassem Al-Saqr, M. Aoun a ainsi affirmé que, si vivre en « paix » fait partie des priorités actuelles au Liban, dont le Sud est frappé presque quotidiennement par l'armée israélienne, la normalisation avec l'État hébreu « n’est pas envisagée dans la politique étrangère actuelle » du pays.
Il s'agit de la première réaction officielle libanaise aux propos du ministre israélien des Affaires étrangères, Gideon Saar, qui avait affirmé le 30 juin que Israël était « intéressé » par une normalisation avec la Syrie et le Liban.

Lors de la réunion, en présence des anciens président Amine Gemayel et Premier ministre Fouad Siniora, le président Aoun a insisté sur l'importance de « l'unité des Libanais et de la coopération des différentes parties avec l'État afin de protéger le pays, de le fortifier et de faire face aux conspirations qui peuvent être planifiées à son encontre. » « La décision sur le monopole des armes a été prise et est irréversible, et la décision de guerre et de paix est la prérogative du Conseil des ministres, qui agit en fonction de ce qu’il estime être dans l’intérêt du Liban », a-t-il ajouté, alors que l'approche du chef de l'État sur le désarmement du Hezbollah fait l'objet de dissensions, certaines parties comme les Forces libanaises (FL) lui reprochant de ne pas imposer sa décision et de favoriser le dialogue. Les FL et d'autres formations ont également critiqué le fait que le gouvernement n'avait pas été convoqué pour répondre à la feuille de route proposée par l'administration américaine pour le Liban, contenant notamment la question du désarmement de toutes les milices encore armées.

L'occupation israélienne dans le Sud « sans utilité militaire »

À ce sujet, M. Aoun a déclaré que la mise en œuvre de la décision sur le monopole des armes « tiendra compte de l’intérêt de l’État et de la stabilité sécuritaire, afin de préserver à la fois la paix civile et l’unité nationale. » Jeudi soir, le chef des FL, Samir Geagea, avait estimé que la peur du président de dissensions en cas de décision trop abrupte sur les armes du Hezbollah était « excessive ».

M. Aoun a encore affirmé que « la paix, c'est-à-dire l’absence de guerre, est ce qui nous importe actuellement au Liban. La normalisation, elle, n'est pas incluse dans la politique étrangère libanaise actuelle », en allusion à une éventuelle normalisation des relations avec Israël.  Joseph Aoun a aussi appelé Israël à se retirer de cinq points qu'il occupe dans le sud du Liban, affirmant que cette présence « entravait le déploiement de l'armée jusqu'à la frontière ». L'État hébreu bombarde quasiment tous les jours le Liban-Sud et parfois d'autres régions, malgré la trêve entrée en vigueur le 27 novembre 2024 après 13 mois de guerre entre le Hezbollah et Israël. L'armée israélienne continue en outre d'occuper cinq positions sur des collines libanaises le long de la frontière. Une occupation « sans utilité militaire et sur de faux prétextes », qui « entrave le déploiement complet» de l'armée au Liban-Sud, comme cela est notamment prévu dans la résolution 1701 du Conseil de sécurité de l'ONU, qui sert de cadre à l'accord de trêve.

Un responsable libanais qui a requis l'anonymat a expliqué à l'AFP que le chef de l'Etat voulait l'application de l'accord d'armistice de 1949, signé avec Israël après la première guerre israélo-arabe. Il a ajouté que le Liban restait « engagé par l'initiative de paix arabe de 2002 », qui propose à Israël la paix avec les pays arabes en échange de son retrait des territoires occupés depuis 1967 et n'a jamais été appliquée. « Personne, ni les Américains ni les Arabes n'ont évoqué avec nous de normalisation » avec Israël, a ajouté cette même source.

Les efforts de Nabih Berry

« Nous souhaitons établir de bonnes relations avec la Syrie, tout en insistant sur la non-ingérence dans les affaires intérieures des deux pays », a en outre ajouté M. Aoun, qui a salué « le rôle joué par le président de la Chambre, Nabih Berry, pour contribuer à la stabilisation, soutenir les efforts de reconstruction de l'État et parvenir au monopole des armes ». Le chef du législatif est médiateur dans les discussions sur le désarmement.

De son côté, M. Al-Saqr a fait part, à l'issue de la réunion, de son « espoir » que le Liban parvienne à des « solutions globales mettant fin aux crises actuelles et ramenant la stabilité ». La délégation de l'organisation du Conseil des relations arabes et internationales « a écouté une présentation détaillée sur la situation actuelle au Liban », « exprimé (son) point de vue et discuté des contributions concrètes (qu'elle peut) apporter pour soutenir le Liban en cette période », rapporte le message sur X. « Nous sommes conscients que le Liban fait face à d'importants défis, mais nous croyons que des solutions existent et sont claires » a dit Mohammad Jassem Al-Saqr, qui estime que le « discours d’investiture (du président Aoun, le 9 janvier) constitue une feuille de route claire pour la construction de l'État, mais sa mise en œuvre n'est pas aisée en raison de certains obstacles, dont la question des armes ».

M. Aoun souhaite replacer le Liban dans le giron arabe, après des années d'éloignement en raison de la prégnance croissante du Hezbollah pro-iranien au Liban, sur fond de tensions régionales entre l'Iran et les monarchies du Golfe. L'élection de Michel Aoun en 2016, allié alors du Hezbollah, au détriment de Sleiman Frangié, avait consacré pour la première fois le fossé entre le Liban et les Arabes, et le rapprochement de Beyrouth avec Téhéran. L'affaiblissement considérable du Hezbollah, au moins sur le plan militaire, suite à la dernière guerre contre Israël, a modifié l'équilibre. 

« Etendre son autorité sur l’ensemble de son territoire »

Selon les informations présentes sur son site, le Conseil des relations arabes et internationales est une organisation arabe non gouvernementale, indépendante et à but non lucratif, dont le siège est au Koweït. Son objectif principal est de « consolider et renforcer les relations interarabes ». La délégation a ensuite été reçue par le Premier ministre libanais Nawaf Salam en présence du vice-Premier ministre, Tarek Mitri. Le Grand Sérail s'est contenté d'indiquer que «la rencontre a porté sur la situation générale au Liban et dans la région ».

M. Salam a aussi reçu vendredi les ambassadeurs de l’Union européenne (UE). Au cours de cette réunion, qui s'est tenue en présence de la cheffe de la délégation de l’UE au Liban Sandra De Waele, le chef du gouvernement a souligné que « l’État est déterminé à étendre son autorité sur l’ensemble de son territoire, comme stipulé dans l’accord de Taëf et la déclaration ministérielle ».

La veille, le président de la République Joseph Aoun avait lui aussi reçu la délégation de l’UE au palais de Baabda. Il a évoqué devant elle plusieurs dossiers, notamment la situation sécuritaire du Liban à la lumière du cessez-le-feu conclu en novembre 2024, qui avait mis fin à la guerre entre le Hezbollah et Israël. La question du désarmement demeure au cœur des débats politiques libanais et internationaux. L’émissaire américain Tom Barrack s’était rendu cette semaine à Beyrouth afin de promouvoir la « feuille de route » de Washington en vue du désarmement du Hezbollah.

 

Le président Joseph Aoun a exclu vendredi toute normalisation de ses relations avec Israël, tout en se déclarant pour une situation pacifique avec le pays voisin qui occupe encore une partie de son territoire. Le président a « fait la distinction entre la paix et la normalisation », selon un communiqué de la présidence. Recevant vendredi à Baabda une délégation du Conseil des relations arabes et internationales, think tank basé au Koweït et présidé par l'homme politique et homme d'affaires koweïtien Mohammad Jassem Al-Saqr, M. Aoun a ainsi affirmé que, si vivre en « paix » fait partie des priorités actuelles au Liban, dont le Sud est frappé presque quotidiennement par l'armée israélienne, la normalisation avec l'État hébreu « n’est pas envisagée dans la politique étrangère actuelle » du pays.Il s'agit de...