Des manifestants musulmans prient près des locaux du magazine Leman Magazine à Istanbul, le 30 juin 2025. Ozan KOSE / AFP
Plusieurs centaines de manifestants ont de nouveau conspué un magazine satirique turc accusé d'avoir publié une caricature moquant le prophète, mardi à Istanbul, au lendemain de heurts consécutifs aux arrestations visant le journal.
Bien que le coeur d'Istanbul, autour de la place Taksim et de l'avenue commerçante Istiklal, soit totalement bouclé par la police et tout rassemblement officiellement interdit, quelque 300 personnes réunies dans et autour de la mosquée de Taksim, ont dénoncé le dessin paru dans la revue d'opposition Leman, aux cris de « Leman, salauds, n'oublie pas Charlie Hebdo », ont constaté des journalistes de l'AFP. Une référence explicite et menaçante aux attentats jihadistes contre l'hebdomadaire satirique français le 7 janvier 2015, qui avait décimé la rédaction, faisant 12 morts et 11 blessés.
Le gouverneur du district central de Beyoglu a interdit mardi tout rassemblement dans la zone et prévenu, par communiqué, que d'autres quartiers pourraient être concernés par cette mesure. Des affrontements ont éclaté lundi soir dans le quartier d'Istiklal à l'annonce d'arrestations ordonnées contre les membres du journal Leman.
Plusieurs dizaines de personnes en colère ont d'abord attaqué un bar fréquenté par le personnel de la revue dont ses caricaturistes, puis des échauffourées ont rapidement dégénéré impliquant près de 300 personnes, selon l'AFP. La police a réagi avec des tirs de balles en caoutchouc et de gaz lacrymogènes pour les disperser.
Joint par l'AFP, le rédacteur en chef du magazine, Tuncay Akgun, en déplacement à l'étranger, a nié toute intention malveillante. « Ce dessin n'est en aucun cas une caricature du prophète Mahomet », a-t-il défendu, arguant que le personnage est un musulman tué à Gaza « ans les bombardements d'Isra »l.
« Rien à voir avec le prophète »
« Il a été appelé Mohammed, c'est une fiction. Plus de 200 millions de personnes dans le monde islamique s'appellent Mohammed ». « Cela n'a rien à voir avec le prophète Mahomet. Nous ne prendrions jamais un tel risque », a insisté M. Akgun.
Six mandats d'arrêts visent des rédacteurs et collaborateurs du magazine accusés d'avoir publié un dessin qui « dénigre ouvertement les valeurs religieuses ». Quatre d'entre eux dont l'auteur du dessin ont été arrêtés, selon le ministre de l'Intérieur Ali Yerlikaya. « Ces individus sans vergogne devront répondre de leurs actes devant la justice ».
Le dessin en question montre deux personnages dans le ciel, au-dessus d'une ville écrasée sous les bombes: « Salam aleykoum, je suis Mohammed », dit l'un en serrant la main de l'autre qui répond: « Aleykoum salam, je suis Musa (Moïse) ». « Le dessinateur a voulu montrer la droiture du peuple musulman opprimé en représentant un musulman tué par Israël, il n'a jamais eu l'intention de rabaisser les valeurs religieuses », s'est défendu le magazine sur X.
En mars 2002, les dessinateurs de Charlie Hebdo avaient rendu visite à Leman et publié conjointement avec leurs confrères turcs un numéro spécial. Charlie Hebdo se référait alors à Leman comme « notre petite sœur turque ».
Les détracteurs de Leman appellent à un rassemblement de protestation samedi dans un parc adjacent à la mairie d'Istanbul. Le représentant en Turquie de l'organisation Reporters sans frontières (RSF) a dénoncé mardi ces arrestations et l'intervention de la police. « La sécurité des caricaturistes doit désormais représenter le sujet principal pour les autorités », estime Erol Onderoglu.


Cessez-le-feu : entre le non de Tel-Aviv et l’insistance de Beyrouth, Washington pour un retour à l’avant mars 2026