Le 26 juin 1945, dans l’élan tragique de la Seconde Guerre mondiale encore en cours, cinquante nations se réunissaient à San Francisco pour signer un document qui allait changer le cours de l’histoire moderne : la Charte des Nations unies. Elle n’entrera en vigueur que quelques mois plus tard, le 24 octobre 1945, mais déjà les regards du monde entier convergeaient vers cette promesse d’un nouvel ordre international, fondé non plus sur la force, mais sur le droit, le dialogue et la dignité humaine.
La création de l’ONU représentait un acte de foi sans précédent dans la capacité des nations à se parler plutôt qu’à s’entre-détruire. Le préambule de la Charte affirme cette volonté : « Nous, peuples des Nations unies, résolus à préserver les générations futures du fléau de la guerre… »
Huit décennies plus tard, l’impact de cette Charte fondatrice se mesure dans les vies humaines qu’elle a protégées, les crises qu’elle a apaisées et les idéaux qu’elle continue d’inspirer. « Il existe une ligne directe entre la création des Nations unies et la prévention d’une troisième guerre mondiale », a rappelé Antonio Guterres, secrétaire général de l’ONU, à la séance commémorative du 26 juin 2025. Et d’ajouter : « La Charte est une déclaration d’espoir et le fondement de la coopération internationale pour un monde meilleur. »
Aujourd’hui, l’ONU déploie plus de 70 000 Casques bleus sur trois continents, mène des missions de surveillance électorale, appuie des processus de réconciliation nationale et protège les civils dans des zones de conflit. Depuis sa création, elle a facilité l’adoption de près de 30 traités de désarmement, contribué à la destruction de 55 millions de mines antipersonnel, et accompagné de nombreuses transitions démocratiques.
Ses agences spécialisées – Unicef, OMS, PAM, HCR, Unesco – œuvrent dans plus de 100 pays. Elles ont permis une baisse significative de la mortalité infantile et maternelle, vacciné des millions d’enfants, soutenu les systèmes éducatifs fragiles et livré des aides d’urgence lors de conflits ou catastrophes naturelles.
Mais la Charte n’est pas qu’un legs du passé. « Nous assistons aujourd’hui à des attaques contre ses principes comme jamais auparavant, a alerté Antonio Guterres : usage de la force contre des nations souveraines, violation du droit international humanitaire, ciblage de civils, instrumentalisation de la nourriture et de l’eau, érosion des droits humains. » « La Charte des Nations unies n’est pas un menu à la carte, a-t-il martelé. Elle est le socle des relations internationales. »
Dans une déclaration commune, l’Union européenne et ses États membres, rejoints par plusieurs pays candidats, ont réaffirmé leur attachement à la Charte comme boussole morale et juridique.
« Nous ne restons pas neutres face aux violations du droit international, que ce soit en Ukraine, au Moyen-Orient, en Birmanie ou à Haïti. Nous savons ce qui est en jeu », a déclaré l’ambassadeur de l’UE, Stavros Lambrinidis.
La Charte est plus actuelle que jamais. Non parce que le monde va bien, mais précisément parce qu’il vacille, aucun État ne peut y faire face, seul. « Il n’y a pas de paix durable sans justice, ni de développement sans droits », rappellent les diplomates qui font vivre chaque jour l’esprit du texte. Le Pacte pour l’avenir, adopté en septembre dernier, vise justement à réaffirmer l’engagement des États envers les principes de la Charte.
Comme l’a conclu Antonio Guterres : « En cet anniversaire, j’invite tous les États membres à être à la hauteur de la Charte, de ses responsabilités, et de l’avenir qu’elle nous appelle à construire. Pour la paix. Pour la justice. Pour le progrès. Pour nous les peuples. »

