La pianiste Hanna-Mari Zinovjev et la violoncelliste Martta Magdalena Valkeus à la veille de leur concert à l'hôtel al-Bustan. Sissi Baba/L'Orient-Le Jour
Sous le patronage de l’ambassadrice de Finlande Anne Meskanen, de la directrice de l’Institut finlandais au Moyen-Orient Suzanne Dahlgren et du consul honoraire de Finlande Zafer Chaoui, l'auditorium de l’hôtel al-Bustan accueille aujourd'hui la pianiste Hanna-Mari Zinovjev et la violoncelliste Martta Magdalena Valkeus, qui interprètent un programme diversifié, couronné par des œuvres du père de la musique classique finlandaise, Jean Sibelius.
La collaboration culturelle entre M. Chaoui et l’Institut finlandais au Moyen-Orient n’est pas une nouveauté : depuis 2010, un rituel s’est instauré pour accueillir chaque année en juin des musiciens finlandais. Des sièges de l’église Saint-Joseph de Monnot à ceux du Bristol et du Sacré-Cœur à Gemmayzé, « nous avons finalement choisi le théâtre de l’hôtel al-Bustan pour abriter nos concerts », précise M. Chaoui à L'Orient-Le Jour. Quant à Suzanne Dahlgren, qui a veillé à la création du programme musical, elle explique que « le peuple libanais est familier avec les cultures italienne, française et espagnole, raison pour laquelle le programme inclut des compositeurs issus de ces pays ». Le concert sera clôturé par quelques chefs-d’œuvre de Sibelius, icône de la musique classique en Finlande.
Sibelius, le fondateur, le forgeur
En Finlande, tout aspect musical gravite autour de Sibelius. Figure musicale fondamentale du XIXe siècle, il a créé une musique dont l’impact perdure. Il a d’abord placé son pays sur la carte internationale de la musique classique. Par ailleurs, dans une contrée secouée par la politique et les interventions militaires des « grands voisins », tels la Suède et la Russie, il a combattu en musique la russification de la Finlande. Ses œuvres ont un impact national et émotionnel fort, reflétant l’indépendance et la renaissance de la nation finlandaise tout en forgeant son identité musicale. Cette identité a pu enfin s’épanouir grâce à lui, car « il a su capter l’essence de l’âme finlandaise », expliquent les deux musiciennes : « Parler peu, exprimer beaucoup, tenir bon, garder espoir après de longues périodes de tristesse (qu’il s’agisse de politique ou des saisons) sont autant de traits qui nous caractérisent », ajoutent-elles en souriant.
La pianiste Hanna-Mari Zinovjev et la violoncelliste Martta Magdalena Valkeus se sont rencontrées à l’Académie Sibelius, dont l’héritage est autant pédagogique qu’artistique. Elles se souviennent de leurs premiers moments musicaux, et de leurs professeurs, souvent considérés comme un troisième parent. Bien que toutes deux aient commencé par le piano, Valkeus a découvert le violoncelle à l’âge tardif de 12 ans. Cela ne l’a pas découragée : au contraire, la profondeur du timbre de l’instrument et sa proximité avec la voix humaine ont séduit la jeune Martta, qui est devenue la musicienne qu’elle est aujourd’hui. Elle ajoute : « La musique classique est l’une des plus grandes et belles créations de l’homme. »
Femmes des forêts
Il est impossible de mesurer l’impact de Sibelius, qui a inspiré de nombreux musiciens modernes du début du XXe siècle, tels Oskar Merikanto et Einojuhani Rautavaara, mais aussi des compositeurs contemporains comme Toivo Kuula et la célèbre Kaija Saariaho. Cette dernière, dont l’opéra L’Amour de loin (2000) s’appuie sur un livret d'Amin Maalouf d’après des poèmes de troubadours, est particulièrement admirée par les deux musiciennes. Elles la considèrent comme une grande figure féminine puissante de la musique finlandaise, ayant contribué à sa modernisation en mêlant musique classique et électronique. Élevée au premier rang des compositeurs contemporains, elle est membre de l’Académie des beaux-arts.
« Les Finlandais aiment la musique électronique et adorent surtout le Metal, un art populaire chez nous », déclarent les musiciennes. « C’est pourquoi nous travaillons sur des arrangements pour piano et violoncelle issus de trois sources : la musique classique que nous chérissons, la musique de films avec une admiration non dissimulée pour Hans Zimmer, et la pop finlandaise. Mais nos arrangements restent personnels ; nous aimons y ajouter notre touche personnelle. »
Pour ce duo féminin, qui évoque Mielikki et Vellamo (déesse de la forêt et de l’eau dans la mythologie finnoise), la nature est omniprésente dans leur musique, car elle est omniprésente en Finlande : « Le pays n’est pas si grand, ses habitants pas si nombreux. Alors, qu’est-ce qui prend le devant de la scène ? La nature. Une nature aux espaces verts infinis, des forêts aux mille couleurs surtout en automne, sans oublier les cent mille lacs d’eau fraîche, pure et limpide ! »
La musique finlandaise, depuis Sibelius jusqu’à aujourd’hui, est aussi imprégnée des saisons : « L’infinie noirceur des longues nuits d’hiver reflète la tristesse, voire la mélancolie, sans sombrer dans la tragédie, le macabre ou le désespoir. La tristesse chez nous est légère, aussi fugace que le jour en hiver ! » disent-elles en riant.
« Quant à l’été, il est infiniment court, mais la lumière naturelle y est puissante et continue, nous n’avons même pas besoin d’électricité. C’est pourquoi l’été est pour nous mystique, comme une ivresse, voire une épiphanie entre deux longues saisons. » Pour résumer l’inspiration puisée dans la nature : « La musique finlandaise est une mélancolie hivernale, un espoir qui bourgeonne au printemps et s’épanouit dans la chaleur de l’amour et du réconfort. »
Une mission réciproque
Animé par un amour sacré pour la musique classique, pour Sibelius mais aussi pour d’autres compositeurs comme Chostakovitch, Rachmaninov et Beethoven, ce duo nous confie que « jouer pour le public est le plus beau aspect de notre métier ». Elles ajoutent que leurs tournées leur permettent de bénéficier d’une réciprocité culturelle : le soir, elles jouent pour un concert, le matin, elles deviennent spectatrices des beaux sites par la découverte d’un nouveau pays. « Les sites historiques, la nature, la cuisine, le centre-ville où l’on peut respirer l’atmosphère du Liban, faire la connaissance des locaux, visiter la campagne et la montagne demeurent nos activités préférées. »
Après l’Estonie, le Mexique, l’Algérie, l’Allemagne, etc., le duo féminin finlandais emmènera ce soir le public libanais dans un voyage à travers la nature finlandaise et la musique internationale, avec un programme varié en genres musicaux. Animées par un profond respect pour les arts et la musique, ces enchanteresses des forêts finlandaises vous attendent ce soir au Bustan, tandis qu’elles s’apprêtent, à leur tour, à découvrir le Liban avec son temple de Baalbeck, son vin de Ksara, sa célèbre cuisine et sa verdure symbolique : « Nous avons tellement envie de voir le cèdre véritable derrière le symbole du drapeau ! »



Ce concert est privé? ou y a t il des billets en vente? Si oui, ou?
06 h 45, le 11 juin 2025