Le président algérien Abdelmadjid Tebboune donne une conférence de presse à l'issue de sa rencontre avec son homologue slovène à Ljubljana, le 13 mai 2025. Photo Jure Makovec / AFP
La réception du patron du géant maritime CMA CGM par le président algérien lundi, après l'annulation de la rencontre mi-avril sur fond de tensions diplomatiques entre la France et l'Algérie, soulage les milieux d'affaires franco-algériens, qui redoutaient le pire ces dernières semaines.
Après cette réception de Rodolphe Saadé par le président Abdelmadjid Tebboune — « un signe fort » de ce dernier, selon le président de la chambre de commerce algéro-française Michel Bisac — « on respire mieux ».
Les relations franco-algériennes se sont fortement détériorées depuis juillet, quand le président Emmanuel Macron a dit soutenir la position marocaine sur le territoire disputé du Sahara occidental.
Le 16 novembre, l'écrivain franco-algérien Boualem Sansal, critique du régime algérien, a été arrêté et condamné à cinq ans de prison en Algérie, puis les relations ont été marquées par des refus d'Alger de reprendre des ressortissants indésirables en France, et des expulsions de représentants de part et d'autre.
Une conversation téléphonique fin mars entre les deux présidents, et une visite à Alger du ministre des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot n'ont apporté qu'un apaisement éphémère et les coopérations sont gelées.
« Je n'avais jamais vu une crise aussi forte », témoigne M. Bisac, installé en Algérie depuis 2006, patron de l'entreprise de relation clients Les pages Maghreb et président depuis 2018 de la chambre de commerce, qui a quelque 2.500 entreprises adhérentes dont 400 françaises.
« Second plan »
Quand Rodolphe Saadé annule au dernier moment, mi-avril, sa rencontre avec le président Tebboune, on impute, côté algérien, cette décision à des pressions gouvernementales françaises. Dans la foulée, l'organisation patronale algérienne, le CREA, annule une visite au Medef, son homologue français.
Michel Bisac redoute alors « un blocage total », voire une interdiction par l'Algérie de toute importation en provenance de France. L'Algérie l'avait fait de 2022 à 2024 avec l'Espagne pour sa position sur le Sahara occidental, faisant chuter de 80% les exportations espagnoles vers l'Algérie.
Or, les concurrents sont en embuscade, Chine, Turquie mais aussi Allemagne, Italie mais Espagne. « Nos amis européens adorent qu'on se fâche avec l'Algérie », selon M. Bisac, qui reproche au ministre de l'Intérieur Bruno Retailleau d'attiser alors les tensions en n'ayant que l'Algérie à la bouche.
Brahim Guendouzi, professeur d'économie à l'université de Tizi Ouzou, rappelle que la France est le second fournisseur de l'Algérie après la Chine, y exportant quelque 5 milliards d'euros de denrées.
Il lui semble que la France « relègue au second plan » les considérations économiques, au moment même où « d’autres pays font le forcing pour accroître leur présence dans une économie algérienne en pleine mutation ».
La crise suscite aussi « des inquiétudes chez les entreprises marseillaises, particulièrement concernées », déplore Jean-Luc Chauvin, président de la CCI métropolitaine Aix-Marseille-Provence.
Ces dernières semaines paraissaient cependant plus calmes, d'autant, souligne M. Bisac, que Bruno Retailleau, élu président des Républicains, semble « passé à autre chose ».
« Difficile »
Parallèlement, « la relation commerciale continue », souligne-t-il : « les Algériens aiment la France, les produits français, et travaillent traditionnellement avec les Français ». Certes, « c'est un pays difficile, administré et très contrôlé. Mais on travaille avec et on respecte les règles ».
Ces dernières semaines, le PDG de TotalEnergies Patrick Pouyanné est allé en Algérie, le français Vallourec et la société pétrolière algérienne Sonatrach ont signé un contrat, un armateur breton a commandé des bateaux de pêche à un chantier naval algérien...
La rencontre de lundi est espérée comme le début d'un renouveau. Rodolphe Saadé a dit « croire beaucoup dans le développement de l'Algérie », se montrant « désireux d'avancer dans la bonne direction » dans le pays.
Selon le quotidien El Watan, CMA CGM souhaite y investir « plusieurs milliards d’euros », avec en priorité la concession du port d'Oran.
La presse algérienne a décrit l'homme d'affaires franco-libanais comme proche du président Emmanuel Macron. Au point qu'El Watan se demande si, parallèlement aux affaires, il n'est pas venu à Alger « chargé d'une médiation ».


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