Des pèlerins afghans du Hajj montent à bord d'un avion pour l'Arabie saoudite à l'aéroport de Kandahar le 12 mai 2025. Photo Sanaullah SEIAM / AFP
Un an après la mort de plus d'un millier de fidèles sous le soleil brûlant de juin, l'Arabie saoudite renforce sa répression contre les pèlerins non autorisés avant le hajj, le grand pèlerinage annuel musulman prévu la semaine prochaine. Des opérations de police régulières, une surveillance par drones et une avalanche de messages d'alerte visent à débusquer les visiteurs non autorisés qui espèrent se mêler à la foule à La Mecque et ses alentours.
Le message est martelé dans les centres commerciaux, sur les panneaux d'affichage et dans les médias: « pas de hajj sans permis ». L'an dernier, 1.301 pèlerins sont morts alors que les températures avaient atteint 51,8 degrés. Selon les autorités saoudiennes, 83% d'entre eux n'étaient pas enregistrés et n'avaient donc pas accès aux tentes climatisées ni aux bus déployés par la riche monarchie du Golfe pour offrir aux fidèles un peu de fraîcheur.
La semaine prochaine, des températures allant jusqu'à 44 degrés sont attendues. « Depuis la fin de la dernière saison, nous avons compris que le plus grand défi était d'empêcher les pèlerins non autorisés de compromettre le bon déroulement du hajj », a déclaré à l'AFP un responsable impliqué dans l'organisation, sous couvert d'anonymat.
Le hajj, qui se déroule sur cinq à six jours, majoritairement en extérieur, est l'un des cinq piliers de l'islam et doit être entrepris au moins une fois par tous les musulmans qui en ont les moyens. Les permis officiels sont attribués aux pays selon un système de quotas et distribués par tirage au sort. Mais leur coût élevé pousse de nombreux fidèles à opter pour des voies alternatives, bien moins chères mais illégales.
Sécurité « sans précédent »
Pour repérer les pèlerins non enregistrés, les autorités saoudiennes ont déployé une nouvelle flotte de drones qui surveillent les entrées de La Mecque. Les forces de sécurité ont également effectué des descentes dans des centaines d'appartements pour y rechercher des personnes cachées. « Des policiers en uniforme sont venus deux fois à mon domicile et ont demandé à voir mon titre de séjour ainsi que celui de ma femme », a raconté à l'AFP un ingénieur égyptien résidant à La Mecque, qui a requis l'anonymat.
« Partout à La Mecque, on nous demande de présenter un permis de travail ou de résidence, a-t-il ajouté en parlant de mesures de sécurité « sans précédent ». Le phénomène s'est aggravé depuis que l'Arabie saoudite a assoupli sa politique de visa dans le cadre du plan de réformes « Vision 2030 », visant à attirer davantage de touristes et d'investisseurs.
Chaque année, des centaines de milliers de personnes, munies de visas familiaux ou touristiques, se seraient ainsi mêlées aux pélerins autorisés. Pour traiter le problème, l'Arabie saoudite a restreint l'octroi de visas à entrées multiples à plusieurs pays depuis janvier. Les visas touristiques et familiaux ont été suspendus pour plus de dix pays, dont l'Egypte, le Pakistan, l'Inde, le Bangladesh et la Jordanie.
Selon Umar Karim, spécialiste de l'Arabie saoudite à l'université britannique de Birmingham, « les autorités saoudiennes ont compris que, une fois ces personnes entrées sur le territoire, il est difficile de les empêcher d'accéder physiquement à La Mecque ».
Moins dense
Depuis un mois, l'entrée à La Mecque est strictement réservée aux personnes munies d'un permis de travail ou de résidence. De nombreux habitants ont été contraints de faire partir leurs épouses et enfants ne disposant pas des bons documents. Les pèlerins venus pour l'Omra, un petit pèlerinage pouvant être accompli toute l'année, ont eux aussi été invités à quitter la ville.
Parallèlement, les amendes pour participation illégale au hajj ont été doublées, atteignant 20.000 rials (4.720 euros), et assorties d'une interdiction d'entrée dans le royaume pendant dix ans. Toute personne reconnue coupable d'avoir hébergé ou aidé des pèlerins non autorisés encourt jusqu'à 100.000 rials d'amende (23.530 euros). Ces mesures visent « à garantir que La Mecque reste exclusivement réservée aux pèlerins autorisés durant la saison du hajj », a ajouté le responsable.
Des habitants de La Mecque ont indiqué à l'AFP que la foule semblait cette année nettement moins dense qu'auparavant. Mais les autorités ont affirmé mardi que plus d'un million de pèlerins étaient déjà arrivés dans le pays.

