Ahmad Awad bin Mubarak dans la capitale bahreïnienne, Manama, le 21 novembre 2021. Photo Mazen Mahdi/AFP
Ahmed Awad ben Moubarak, Premier ministre du gouvernement yéménite reconnu par la communauté internationale, a annoncé samedi sa démission, arguant de son incapacité à exercer pleinement ses pouvoirs, un peu plus d'un an après sa prise de fonction, dans un pays contrôlé en partie par des rebelles.
« J'ai démissionné de mes fonctions de Premier ministre (...) Je n'ai pas pu exercer mes pouvoirs constitutionnels et prendre les décisions nécessaires pour réformer les institutions gouvernementales », écrit Ahmed ben Moubarak dans sa lettre de démission qu'il a partagée sur le réseau X, et relayée par l'AFP. Il a indiqué avoir rencontré « de nombreuses difficultés », notamment l’impossibilité de remanier son gouvernement, indique de son côté Reuters.
Sa démission intervient alors que les houthis mènent une campagne de frappes contre Israël et ciblent des navires en mer Rouge et dans le golfe d'Aden, en solidarité avec les Palestiniens de la bande de Gaza où l'armée israélienne est en guerre contre le mouvement islamiste Hamas. De leur côté, les Etats-Unis, alliés d'Israël, mènent régulièrement des attaques aériennes contres les rebelles au Yémen.
Dans sa lettre, M. Moubarak affirme qu'en dépit des obstacles, il a réussi à obtenir « de nombreux succès en peu de temps », citant des réformes fiscales et administratives ainsi qu'une lutte contre la corruption.
Il était « en constante friction » avec le Conseil présidentiel car il cherchait à obtenir plus de pouvoir, explique à l'AFP Mohammed Albasha, du Basha Report Risk Advisory basé aux Etats-Unis. « Moubarak voulait plus qu'être Premier ministre, il voulait les pouvoirs de la présidence. Cette aspiration l'a isolé politiquement », ajoute-t-il, et cela a « conduit à des confrontations répétées avec des ministres clés et la plupart des membres du Conseil ».
Ancien ministre des Affaires étrangères, M. Moubarak avait été désigné le 5 février Premier ministre du gouvernement internationalement reconnu. Une nomination surprise, qui lui permis de succéder à Maïn Abdelmalek Saïd, nommé quant à lui conseiller présidentiel.
Pays le plus pauvre de la péninsule arabique, le Yémen est déchiré depuis 2014 par un conflit armé qui oppose les Houthis, des rebelles soutenus par l'Iran, aux forces pro-gouvernementales, appuyées par une coalition militaire dirigée par l'Arabie saoudite.
Le pays connaît toutefois une accalmie fragile depuis une trêve négociée par l'ONU en avril 2022. La trêve a expiré en octobre dernier mais reste globalement respectée. Le Conseil présidentiel représente le gouvernement reconnu par la communauté internationale, que les Houthis ont chassé de la capitale Sanaa il y a près de dix ans. Ce Conseil est basé dans la ville d'Aden, dans le sud du pays.
Ancien ambassadeur du Yémen aux Etats-Unis, M. Moubarak est perçu comme un adversaire de longue date des houthis, qui l'ont enlevé en 2015 et maintenu captif pendant plusieurs jours. Il a auparavant occupé le poste de chef de cabinet du bureau présidentiel avant d'être nommé envoyé du Yémen auprès des Nations unies en 2018.


