La porte-parole de la diplomatie russe, Maria Zakharova, lors d'une conférence de presse à Moscou le 11 mars 2025. Maxim Shemetov / POOL / AFP
Le Kremlin a fustigé mercredi la brève détention dimanche en France d'une employée gouvernementale russe à l'aéroport Charles de Gaulle, affirmant qu'elle détériore « encore plus » les relations déjà tendues entre Paris et Moscou.
Selon la Russie, une employée de son ministère des Affaires étrangères a été retenue une journée par les services frontaliers dans ce grand aéroport parisien, avant d'être autorisée à entrer en France.
Les relations entre ces deux pays sont glaciales depuis que le Kremlin a déclenché, il y a plus de trois ans, une offensive de grande ampleur contre l'Ukraine, soutenue par Paris.
« Inadmissibles »
« Nous condamnons de tels agissements de la France et les considérons comme inadmissibles (...). Cela aggrave encore davantage (l'état de) nos relations bilatérales déjà abîmées », a dénoncé le porte-parole de la présidence russe Dmitri Peskov, au cours d'un briefing auquel participait l'AFP.
Le porte-parole du ministère français des Affaires étrangères, Christophe Lemoine, a quant à lui affirmé mercredi que l'intéressée avait « pu bénéficier de la protection consulaire, conformément à la convention de Vienne sur les relations consulaires ».
Plus tôt, la diplomatie russe avait annoncé mercredi avoir convoqué le nouvel ambassadeur de France à Moscou, Nicolas de Rivière, au siège du ministère russe des Affaires étrangères.
Christophe Lemoine a confirmé que l'ambassadeur avait « en effet pu échanger hier sur cette situation avec le ministère russe des Affaires étrangères ».
« Ce qui s'est passé le 6 avril à l'aéroport Charles de Gaulle est inexplicable », a tonné la porte-parole de la diplomatie russe, Maria Zakharova, pendant son briefing hebdomadaire.
« Les services frontaliers français ont détenu sans explications une employée du ministère russe des Affaires étrangères, membre de la délégation officielle russe, et ont saisi son téléphone et son ordinateur », a-t-elle assuré.
Un « agent consulaire » russe a été rapidement dépêché sur place, avant de pouvoir parler avec l'employée retenue.
« A la suite des démarches entreprises, notre collègue a finalement été autorisée à entrer dans le pays mais elle a dû passer une journée dans la zone frontalière de l'aéroport », a déploré Mme Zakharova.
« Menace existentielle »
La porte-parole de la diplomatie russe a ajouté que Moscou avait fait part de sa « vive protestation » auprès de l'ambassadeur de France à Moscou, au moment de sa convocation au ministère des Affaires étrangères, à une date non précisée.
« Nous n'avons pas l'intention de laisser cette situation sans conséquences », a en outre averti Mme Zakharova, après ce nouvel incident diplomatique.
Ces derniers mois, la Russie a été accusée d'une série d'actes de déstabilisation et de désinformation sur le territoire français, tandis que la France se voit reprocher son soutien militaire et diplomatique à Kiev.
En février dernier, le chef de l'Etat français Emmanuel Macron, très actif sur le front diplomatique aux côtés de l'Ukraine, avait qualifié la Russie de « menace existentielle pour les Européens ».
Dans les médias publics russes, le gouvernement français fait l'objet de nombreuses critiques, en particulier depuis le réchauffement, sous l'impulsion de Donald Trump, des relations entre Moscou et les Etats-Unis, qui avant cela étaient la principale cible des attaques.
Dans la foulée de l'assaut russe contre l'Ukraine, la France avait expulsé 41 diplomates russes qui se livraient, selon elle, à des activités d'espionnage sous le couvert de l'ambassade à Paris.
La Russie avait répliqué en déclarant dans la foulée 34 diplomates français personæ non gratæ sur son territoire.
Dans ce contexte très tendu, un chercheur français, Laurent Vinatier, a été condamné en octobre 2024 par un tribunal moscovite à trois ans de prison ferme pour ne pas s'être enregistré en tant qu' »agent de l'étranger ».
Paris a fustigé à multiples reprises une condamnation « arbitraire » et appelé à sa « libération immédiate ».

