Rechercher
Rechercher

Monde - Dans La Presse

En Russie, des ressortissants arabes piégés par des contrats militaires inextricables

« J'ai quitté la Syrie il y a dix ans pour éviter les combats. Je ne veux pas m'exposer à cela en Russie », déplore un Syrien. 

En Russie, des ressortissants arabes piégés par des contrats militaires inextricables

Un homme en peignoir marche alors que des personnes s'affairent à sécuriser la zone sur le site d'un immeuble d'appartements qui s'est partiellement effondré après avoir été endommagé par une frappe ukrainienne à Belgorod, le 12 mai 2024. Photo d'illustration AFP

Les Arabes présents en Russie sont piégés dans des contrats militaires qu'ils ne peuvent rompre et se voient contraints de combattre sur les lignes de front dans la guerre contre l'Ukraine, rapporte The New Arab.

Dans un article publié lundi, le média a expliqué que les Arabes se trouvant en Russie sont victimes de « procédures trompeuses visant à recruter des combattants dans l'armée russe en forçant ceux qui souhaitent être naturalisés ou demander l'asile à signer une déclaration dans laquelle ils acceptent de servir dans les forces armées russes ». Une fois ces contrats signés, ils sont déployés sur les lignes de front, aux côtés d'autres combattants non russes, afin d'épuiser les munitions ukrainiennes.

Mohammad Ahmad*, un quinquagénaire égyptien enrôlé dans l'armée en Russie, revient sur son histoire. « Je me suis rendu en Russie avec un visa touriste pour trouver du travail, puis j'ai envisagé de légaliser mon statut, comme beaucoup d'immigrés », confie-t-il. Après des mois de recherches infructueuses, Mohammad a rencontré Polina, qui lui a proposé un emploi dans une entreprise privée sous contrat avec le ministère russe de la Défense, en lui assurant qu'il ne serait pas amené à prendre part à des combats. Elle lui a également promis un salaire mensuel de 200 000 roubles (environ 2 000 dollars) et la nationalité russe. Après avoir accepté cette offre, Mohammad s'est rendu à Briansk, s'attendant à un emploi civil. Il a toutefois été emmené dans un centre d'entraînement militaire avec quatre autres Égyptiens, deux Syriens et un Tunisien.

Faciliter les combats aux soldats russes

Là-bas, il s'est retrouvé avec des dizaines de jeunes hommes originaires de pays arabes tombés dans le même piège. Lorsqu'il a protesté, le commandant du bataillon lui a lancé  : « Si vous pensez avoir été induit en erreur, demandez un recours juridique. Cependant, votre nom figure sur la liste des contractants du ministère de la Défense et vous serez traité de ce point de vue ». Mohammad a été forcé de marcher vers l'Ukraine à travers un terrain enneigé, où il a échappé de peu à la mort. « Ils poussent les étrangers vers les lignes de front pour épuiser les munitions des forces ukrainiennes afin de faciliter les opérations de combat des soldats professionnels russes dans la phase principale des (combats) », dénonce-t-il. L'Égyptien affirme y avoir été blessé aux deux jambes par des éclats d'obus, ce qui lui a valu d'être transféré dans un bataillon médical dans l'est de l'Ukraine.

Lire aussi

Pourquoi Ankara tient tant à sa place dans les négociations Washington-Moscou

Amine Khaled*, un tailleur syrien de 41 ans qui vit dans la banlieue de Moscou depuis dix ans, a pu échapper de peu à ce piège. Après avoir demandé la citoyenneté russe en tant que père d'un enfant russe, la direction de l'immigration de la ville où il vivait lui a demandé de signer un formulaire énonçant les garanties légales pour les contractants du ministère russe de la Défense, et d'indiquer au bas du formulaire s'il acceptait ou non le contrat.

Le texte comprenait une section réservée aux données personnelles du candidat, ainsi qu'une déclaration selon laquelle le signataire était au courant des garanties légales accordées aux contractants de l'armée russe, notamment le statut de combattant, l'accès à un traitement médical gratuit et une assurance aux frais de l'État. La dernière partie du formulaire demandait au signataire de répondre à la question suivante : « J'accepte/désaccepte de m'engager pour le service militaire dans les forces armées de la Fédération de Russie ». M. Khaled a refusé de signer. Les fonctionnaires lui ont alors annoncé que sa demande prendrait trois mois de plus. Craignant d'être enrôlé, il a retiré sa demande. « J'ai quitté la Syrie il y a dix ans pour éviter les combats. Je ne veux pas m'exposer à cela en Russie », explique-t-il.

Contrat militaire « obligatoire »

Interrogé par The Arab News, l'avocat russe Roman Petrov a confirmé qu'il était désormais « obligatoire » pour les citoyens naturalisés de signer un formulaire dans lequel ils acceptent de servir dans l'armée. Il affirme avoir vu un précédent juridique d'annulation d'un contrat militaire, dans le cas d'un citoyen danois qui ne parlait pas russe, parce qu'il existe une interdiction légale de ratifier des contrats avec des étrangers non russophones. Bien qu'il s'agisse de l'une des rares voies de sortie de l'armée, l'exigence de la langue russe pour le service militaire a été assouplie en 2022.

Quelques jours après le début de la guerre contre l'Ukraine, en mars 2022, le président russe Vladimir Poutine a approuvé une proposition du ministre de la Défense de l'époque, Sergei Shoigu, visant à faire appel à des « volontaires » du Moyen-Orient pour participer à la guerre contre l'Ukraine. M. Shoigu avait affirmé que « plus de 16 000 candidatures » avaient été reçues de la région. 

* Les prénoms ont été modifiés.

Les Arabes présents en Russie sont piégés dans des contrats militaires qu'ils ne peuvent rompre et se voient contraints de combattre sur les lignes de front dans la guerre contre l'Ukraine, rapporte The New Arab.Dans un article publié lundi, le média a expliqué que les Arabes se trouvant en Russie sont victimes de « procédures trompeuses visant à recruter des combattants dans l'armée russe en forçant ceux qui souhaitent être naturalisés ou demander l'asile à signer une déclaration dans laquelle ils acceptent de servir dans les forces armées russes ». Une fois ces contrats signés, ils sont déployés sur les lignes de front, aux côtés d'autres combattants non russes, afin d'épuiser les munitions ukrainiennes.Mohammad Ahmad*, un quinquagénaire égyptien enrôlé dans l'armée en Russie, revient sur son...
commentaires (1)

Comme d’habitude, ils veulent prendre sans contrepartie. Devenir citoyen d’un pays comprend des droits ainsi que des obligations. Mais le journaliste de l’OLJ veut que l’on compatisse. Non.

Mago1

17 h 53, le 09 avril 2025

Commenter Tous les commentaires

Commentaires (1)

  • Comme d’habitude, ils veulent prendre sans contrepartie. Devenir citoyen d’un pays comprend des droits ainsi que des obligations. Mais le journaliste de l’OLJ veut que l’on compatisse. Non.

    Mago1

    17 h 53, le 09 avril 2025

Retour en haut