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France: inéligibilité pour Marine Le Pen, séisme à deux ans de la présidentielle

La cheffe de file de l'extrême droite française Marine Le Pen, se confie à des journalistes à sa sortie d'un tribunal à Paris, le 27 novembre 2024. REUTERS/Stephanie Lecocq/File Photo

La cheffe de file de l'extrême droite française Marine Le Pen a dénoncé lundi une « décision politique » après sa condamnation à cinq ans d'inéligibilité avec effet immédiat pour détournement de fonds publics, demandant à être jugée rapidement en appel avant l'échéance présidentielle de 2027.

« Je ne vais pas me laisser éliminer ainsi. Je vais mener les voies de recours que je peux. Il y a un petit chemin. Il est certes étroit, mais il existe », a-t-elle promis sur le journal télévisé de la chaîne privée TF1, alors que la décision, pour l'heure, la prive de sa candidature à la prochaine présidentielle dont elle est la favorite des sondages.

Elle a aussi stigmatisé « des pratiques que l'on croyait réservées aux régimes autoritaires (...). Il y a des millions de Français qui croient en moi (...) et je viens leur dire (que) ça fait 30 ans que je me bats contre l'injustice (...). Je le ferai jusqu'au bout ».

Mme Le Pen, 56 ans, a également été condamnée à quatre ans d'emprisonnement, dont deux fermes aménagés sous bracelet électronique. Mais c'est l'inéligibilité qui menace de lui barrer la route, après trois tentatives infructueuses depuis 2012 à la présidentielle.

Son avocat, Rodolphe Bosselut, avait auparavant annoncé qu'elle ferait appel, mais un second procès pourrait ne pas se tenir avant au moins un an, à quelques mois du rendez-vous quinquennal.

La présidente du tribunal a justifié qu'il fallait « veiller à ce que les élus comme tous les justiciables ne bénéficient pas d'un régime de faveur », mais la décision a secoué l'échiquier politique français.

« Je suis Marine » 

Le président du Rassemblement national (RN), Jordan Bardella, 29 ans, qui fait désormais figure de présidentiable, a appelé à une « mobilisation populaire et pacifique » et dénoncé « la dictature des juges ».

Le Premier ministre François Bayrou lui-même a fait savoir par son entourage qu'il était « troublé par l'énoncé du jugement ».

Le Conseil supérieur de la magistrature (CSM) a, de son côté, exprimé son « inquiétude face aux réactions virulentes » et mis en garde contre la remise en cause de l'indépendance de la justice.

Les réactions ont fusé aussi à l'étranger chez les soutiens du parti d'extrême droite.

Le Kremlin a déploré une « violation des normes démocratiques », tandis que le Premier ministre nationaliste hongrois, Viktor Orban, écrivait sur X: « Je suis Marine ! ».

Le patron de l'extrême droite néerlandaise Geert Wilders s'est dit « choqué » et le vice-Premier ministre italien, Matteo Salvini, a fustigé une « déclaration de guerre de Bruxelles ».

Devant des journalistes, le président américain, Donald Trump, a comparé la condamnation de Marine Le Pen à ses propres déboires judiciaires.

« C'est une très grosse histoire », a-t-il déclaré depuis la Maison Blanche. « Elle n'a plus le droit d'être candidate pendant cinq ans alors qu'elle faisait la course en tête », a ajouté Donald Trump, lui-même condamné l'an dernier dans l'affaire des paiements cachés à une actrice de films X alors qu'il était en campagne pour sa réélection.

Son allié Elon Musk avait dénoncé auparavant un « abus du système judiciaire », et prédit « un retour de bâton ».

L'ex-président brésilien d'extrême-droite Jair Bolsonaro (2019-2022), lui-même condamné à une peine d’inéligibilité au Brésil, a dénoncé lundi une « persécution » de Mme Le Pen.

L'alternative Bardella 

Au total, 23 autres personnes ont été condamnées, ainsi que le Front national (FN), devenu RN en 2018, qui s'est vu infliger deux millions d'euros d'amende, dont un million ferme, et une confiscation d'1 million d'euros saisis pendant l'instruction dans cette affaire d'emplois fictifs d'assistants au Parlement européen.

Cette décision rebat les cartes au sein de l'extrême droite française.

Mme Le Pen espérait enfin récolter en 2027 les fruits d'une décennie passée à polir l'image du parti fondé sous le nom de Front National par son père Jean-Marie Le Pen, condamné pour propos racistes et antisémites, et décédé le 7 janvier.

Le RN a réalisé une percée historique aux législatives anticipées de 2024, où il est arrivé deuxième après l'alliance de gauche, avec 123 députés.

Il est désormais en position d'arbitre de la vie politique française, pouvant contribuer à faire chuter le gouvernement.

En dépit de son inéligibilité, Mme Le Pen conserve son mandat de députée en cours. Quant à l'ambitieux Jordan Bardella, il bénéficie d'une large cote de sympathie, supérieure même à celle de sa mentor, selon un récent sondage.

« Au cœur du système » 

Certains adversaires politiques du RN craignaient qu'une telle décision soit incomprise d'une partie de l'opinion, et qu'elle ne fasse in fine son jeu.

Dans le fief de Marine Le Pen à Hénin-Beaumont (nord), les habitants rencontrés par l'AFP ont dénoncé une décision « politique ».

« Je trouve pas ça logique qu'elle soit punie pour ça », déclare ainsi Stacy Taquet, 28 ans, en recherche d'emploi.

« C'est honteux parce qu'elle avait sa place », renchérit Karine Groulez, aide-soignante de 56 ans. « Ils ne veulent pas qu'elle soit présidente et puis c'est tout ».

Tout au long du procès, Mme Le Pen n'a cessé de clamer son innocence.

Mais le tribunal a établi qu'elle était « au coeur » d'une pratique « organisée, centralisée » pour « optimiser » et dépenser de façon « intégrale » les enveloppes de 21.000 euros auxquels les députés avaient droit au Parlement européen pour payer leurs assistants parlementaires. 


La cheffe de file de l'extrême droite française Marine Le Pen a dénoncé lundi une « décision politique » après sa condamnation à cinq ans d'inéligibilité avec effet immédiat pour détournement de fonds publics, demandant à être jugée rapidement en appel avant l'échéance présidentielle de 2027.« Je ne vais pas me laisser éliminer ainsi. Je vais mener les voies de recours que je peux. Il y a un petit chemin. Il est certes étroit, mais il existe », a-t-elle promis sur le journal télévisé de la chaîne privée TF1, alors que la décision, pour l'heure, la prive de sa candidature à la prochaine présidentielle dont elle est la favorite des sondages. Elle a aussi stigmatisé « des pratiques que l'on croyait réservées aux régimes autoritaires (...). Il y a des millions de Français qui croient en moi...