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Monde - Documentaire

L'utilisation d'armes chimiques par l'armée française pendant la guerre d'Algérie, un secret longtemps enfoui

Le bilan meurtrier de la « guerre des grottes », incluant de nombreux civils, reste difficile à établir en raison notamment de l'inaccessibilité d'une grande partie des archives françaises sur ce dossier.

Le président du Conseil français Guy Mollet (2e à droite) et le ministre délégué aux Forces armées Max Lejeune (3e à droite) saluant le drapeau français à leur arrivée à l'aéroport d'Alger, le 6 février 1956. Photo AFP / PIERRE MEUNIER

C'est l'un des derniers tabous de la guerre d'Algérie. L'armée française a utilisé, de 1956 à 1962, des gaz toxiques à grande échelle dans les grottes qui servaient de repaires aux combattants nationalistes algériens, révèle une enquête diffusée à partir de mercredi sur France Télévisions.

Intitulé « Algérie, sections armes spéciales », ce documentaire de 52 minutes de la réalisatrice Claire Billet s'appuie sur les recherches menées durant près de 10 ans par l'historien Christophe Lafaye à partir d'archives, de témoignages d'anciens soldats français et d'Algériens.

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« Beaucoup de choses ont été dites sur les massacres, les viols, la torture ou les déplacements de population en Algérie, mais rien sur l'utilisation des armes chimiques », raconte à l'AFP la réalisatrice qui contacte Christophe Lafaye en 2020, alors qu'elle souhaite travailler la mémoire de la guerre d'Algérie. « Cela semblait fou, j'y croyais à peine, comment des faits historiques d'une telle importance avaient-ils pu être passés sous silence ? »

Dès 1956 est créée une section appelée « armes spéciales », dont les membres ont pour mission de déloger les combattants de l'Armée de libération nationale (ALN) de leurs refuges montagneux. Selon l'historien, elle est le fruit d'une « véritable doctrine » expérimentée durant plusieurs mois avant d'être systématisée. Par « armes spéciales », comprendre gaz toxiques, au premier rang desquels le CN2D, cocktail composé notamment d'un gaz dérivé du cyanure (CN) et d'un autre de l'arsenic (DM) aux effets irritants pour les poumons, les yeux et les muqueuses, provoquant maux de tête et vomissements. Ces gaz peuvent devenir mortels en milieu confiné, comme ce fut le cas dans les grottes.

Le « rat »

« La grotte, il fallait la fouiller, la gazer et si possible faire sauter l'entrée », raconte ainsi Jean Vidalenc, ex-soldat aujourd'hui octogénaire, décoré pour avoir balancé un « pot de gaz » et « mis hors de combat dix adversaires » à Tolga, dans le massif des Aurès en décembre 1959. « Je ne me suis pas endormi une fois en 60 ans sans penser à la guerre d'Algérie », confie-t-il à la caméra, la voix tremblante et les yeux humides.
Armand Casanova, alors âgé d'à peine 18 ans, était surnommé le « rat » pour son habileté à se faufiler dans des tunnels étroits. « L'odeur du gaz, je la sens encore, l'odeur de la mort aussi », dit-il, précisant qu' « un quart d'heure suffisait » pour mourir.

L'historien Christophe Lafaye a pu recenser 440 opérations françaises impliquant l'utilisation d'armes chimiques en Algérie, principalement dans les montagnes de Kabylie et des Aurés. « Mais il y en a eu beaucoup plus, et sur tout le territoire algérien », affirme-t-il, estimant qu'il y a eu au total entre 5.000 et 10.000 actions de ce type, « offensives » lorsque des combattants y étaient cachés, ou pour les empêcher de s'y établir.

Le bilan meurtrier de cette « guerre des grottes », incluant de nombreux civils d'après les témoignages recueillis, reste difficile à établir en raison notamment de l'inaccessibilité d'une grande partie des archives françaises sur ce dossier.

« La France en a fait un secret d'État, c'est demeuré un tabou majeur », estime Christophe Lafaye. Leur utilisation est d'ailleurs interdite par le protocole de Genève dont Paris est signataire depuis 1925, même si la France s'en dédouane, n'étant alors pas officiellement « en guerre ».

Secret défense

Avec d'autres historiens et archivistes, M. Lafaye a réclamé dès 2020 l'ouverture de l'intégralité des fonds d'archives classées secret défense. Ils font valoir une disposition du Code du patrimoine qui fait tomber automatiquement le secret défense au bout de 50 ans, et dont le principe a été réaffirmé en 2021 par le Conseil d'État. Or, en 2021, « le ministère des Armées a encore une fois complexifié l'accès à ses archives » en créant dans le cadre d'une loi antiterroriste « une nouvelle catégorie d'archives sans délais de communication », affirme l'historien. Elle inclut les archives relatives à la « guerre des grottes » au motif qu' « elles permettent de concevoir, d'utiliser ou de localiser des armes de destruction massive, en l'occurrence des armes chimiques, ce qui est totalement farfelu », s'indigne-t-il.

Le contexte actuel de crise diplomatique entre la France et l'Algérie « n'est pas favorable » à l'ouverture de ce genre d'archives, regrette de son côté la réalisatrice Claire Billet qui revendique une démarche apolitique, centrée sur la mémoire. « Il ne s'agit pas de faire le procès de qui que ce soit ni de tomber dans les polémiques ».

Outre documenter l'histoire, selon M. Faye, l'enjeu est de « pouvoir retrouver les corps des Algériens disparus, en premier lieu, mais potentiellement aussi des soldats français ».

C'est l'un des derniers tabous de la guerre d'Algérie. L'armée française a utilisé, de 1956 à 1962, des gaz toxiques à grande échelle dans les grottes qui servaient de repaires aux combattants nationalistes algériens, révèle une enquête diffusée à partir de mercredi sur France Télévisions.Intitulé « Algérie, sections armes spéciales », ce documentaire de 52 minutes de la réalisatrice Claire Billet s'appuie sur les recherches menées durant près de 10 ans par l'historien Christophe Lafaye à partir d'archives, de témoignages d'anciens soldats français et d'Algériens. Lire aussi Entre Paris et Alger, un émir du XIXe siècle au cœur du jeu diplomatique « Beaucoup de choses ont été dites sur les massacres, les viols, la torture ou les déplacements de population en Algérie, mais rien...
commentaires (2)

Le devoir de mémoire reste primordial

TrucMuche

00 h 00, le 13 mars 2025

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Commentaires (2)

  • Le devoir de mémoire reste primordial

    TrucMuche

    00 h 00, le 13 mars 2025

  • Déterrer ces sujets 60 ans après, sans aborder les massacres et tortures des forces algériennes sur d'autres algériens et les français, est assez révélateur sur l'objectif à atteindre des auteurs. Tout cela n'a qu'un seul but, alimenter les théories de l'extrême-gauche et passer sous le tapis les comportements des oligarques algériens qui ne font rien pour leur pays depuis l'indépendance, hormis s'enrichir !!

    Ludovic Hasquette

    19 h 42, le 12 mars 2025

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