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Suicide d'une collégienne : au procès de l'enseignante, le combat de ses parents


Les parents d'Evaelle entourés de leur avocate Delphine Meillet, s'adressent à la presse au tribunal de Pontoise, le 10 mars 2025. Photo GEOFFROY VAN DER HASSELT / AFP

Le procès d'une enseignante jugée pour harcèlement après le suicide d'une collégienne de 11 ans en 2019 dont la mort avait provoqué une vive émotion en France, a mis en lumière lundi le combat de ses parents pour « alerter tous ceux » qu'ils « pouvaient ».

« On a alerté tous ceux qu'on pouvait en tant que parents d'élèves », a insisté sa mère, au premier jour d'audience au tribunal de Pontoise, en région parisienne. Elle a regretté autant l'inertie de l'Education nationale que le manque d'investigations des autorités, une première plainte ayant été classée alors qu'Evaëlle était encore vivante.

L'enseignante doit être interrogée mardi. Lundi matin, sa carrière a été passé en revue. Qualifiée de « sérieuse et dynamique » par l'administration, elle a aussi été décrite comme « tranchante » par d'anciens collègues.

Devenue professeure en 1987, à 25 ans, après des études de lettres classiques, elle était arrivée en 2016 au collège d'Herblay, en région parisienne, avec la « motivation » pour ce « tout nouveau collège » où « il y avait tout à construire », a-t-elle rappelé à la barre, témoignant droite dans un tailleur bleu marine, d'un ton difficilement audible depuis les bancs fournis de la presse.

Précoce et « atypique », la jeune collégienne, Evaëlle, avait de son côté « des difficultés à s'entendre avec les enfants de son âge », est venu raconter son père dans l'après-midi.

L'entrée au collège s'avèrera particulièrement éprouvante pour l'adolescente, devenue le bouc émissaire de camarades qui l'insultent et la violentent. Deux d'entre eux seront d'ailleurs jugés devant le tribunal des enfants avant la fin de l'année.

« La pire journée » 

Dès la rentrée, elle fait également face à des tensions avec sa professeure de français. Après des échanges entre les parents d'Evaëlle et l'enseignante, parfois tendus, la situation est temporairement réglée.

Jusqu'à une session consacrée au harcèlement scolaire, quelques mois plus tard.

L'enseignante avait demandé aux élèves d'exprimer leurs reproches à Evaëlle qui devait ensuite s'expliquer. Face à ses pleurs, l'enseignante s'était énervée et lui avait intimé de répondre aux questions, d'après les récits des élèves.

Pour Evaëlle, « c'était la pire journée de toute ma vie », rapporte sa mère.

« Ça a été la goutte de trop », se remémore le père d'Evaëlle. « On se dit que c'est pas possible d'avoir ces attitudes-là, elle est où la bienveillance ? Comment notre fille a pu subir ça ? ».

Les parents ont alors retiré leur fille des cours de français. Le père est « convaincu » que l'enseignante « a initié » le harcèlement et que « les élèves ont repris le flambeau ».

Changée de collège en février 2019, après que ses parents déposent plainte, la jeune fille a d'abord été mieux mais a été rattrapée par des difficultés, notamment avec un camarade. « Elle n'a pas eu le temps de travailler » le harcèlement subi dans son précédent collège et « le comportement de ce garçon lui a fait revivre beaucoup de choses. Elle n'a trouvé qu'une solution pour s'échapper », ajoute son père.

L'échappatoire trouvée par la fille de 11 ans est le suicide. Il la découvre le 21 juin 2019, pendue à son lit. « Tout s'est écroulé le jour où Evaëlle a disparu », confie-t-il pudiquement.

« Drame de l'institution » 

Au moment des faits, la communauté éducative du collège a soutenu l'enseignante visée par l'enquête.

« En 2018, dans ma façon de penser, je ne peux pas imaginer qu'un enseignant puisse avoir des agissements de type harcèlement », a témoigné à la barre le principal.

Le suicide d'Evaëlle, « c'est le drame de toute l'institution scolaire », reconnaît-il aujourd'hui. « Enfin il se rend compte qu'on n'a pas monté les choses en épingle. On n'a pas été intrusifs plus que ça, on n'a pas été revendicatifs, on a même eu du mal à poser le mot harcèlement au début », réagit la mère d'Evaëlle.

Six mois avant son suicide, l'adolescente avait tenté de mettre le feu à une poutre de la maison après une rupture amicale.

Durant l'instruction, l'enseignante, également jugée pour harcèlement sur deux autres adolescents, a dit qu'elle avait pu être trop sévère voire « cash » mais qu'elle s'était investie pour les élèves. Au sujet d'Evaëlle, elle n'avait pas réussi à créer un lien avec elle.

Le procès d'une enseignante jugée pour harcèlement après le suicide d'une collégienne de 11 ans en 2019 dont la mort avait provoqué une vive émotion en France, a mis en lumière lundi le combat de ses parents pour « alerter tous ceux » qu'ils « pouvaient ».« On a alerté tous ceux qu'on pouvait en tant que parents d'élèves », a insisté sa mère, au premier jour d'audience au tribunal de Pontoise, en région parisienne. Elle a regretté autant l'inertie de l'Education nationale que le manque d'investigations des autorités, une première plainte ayant été classée alors qu'Evaëlle était encore vivante.L'enseignante doit être interrogée mardi. Lundi matin, sa carrière a été passé en revue. Qualifiée de « sérieuse et dynamique » par l'administration, elle a aussi été décrite comme «...