Le président ukrainien Volodymyr Zelensky, le Premier ministre britannique Keir Starmer et le président français Emmanuel Macron tiennent une réunion lors d'un sommet à Lancaster House dans le centre de Londres, le 2 mars 2025. Photo AFP/JUSTIN TALLIS
Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a proposé mardi une trêve avec la Russie dans les airs et en mer pour entamer des discussions sur une « paix durable » sous « le leadership » de Donald Trump et s'est dit prêt à signer avec le président américain l'accord-cadre sur l'exploitation des ressources naturelles, souhaitant « arranger les choses » avec lui.
Vendredi, « notre rencontre à Washington, à la Maison Blanche, ne s'est pas déroulée comme prévu. Il est regrettable que cela se soit passé ainsi. Il est temps d’arranger les choses », a affirmé sur le réseau social X M. Zelensky, disant souhaiter que « la coopération et la communication » soient « constructives à l'avenir ».
« Mon équipe et moi-même sommes prêts à travailler sous le leadership du président Trump pour obtenir une paix durable », a assuré le chef de l'Etat ukrainien, au lendemain de l'annonce du gel de l'aide militaire américaine.
Pour « mettre fin à la guerre », déclenchée par l'invasion russe de l'Ukraine en février 2022, « les premières étapes pourraient être la libération des prisonniers et une trêve dans les airs - interdiction des missiles, des drones de longue portée, des bombes sur les infrastructures » civiles, notamment énergétiques, ainsi qu' »une trêve en mer immédiate, si la Russie fait de même », a-t-il suggéré.
L'Ukraine est « reconnaissante » aux Etats-Unis de leur aide militaire, a encore déclaré M. Zelensky, semblant répondre aux critiques de Donald Trump qui lui a reproché de s'être montré irrespectueux et de manquer de gratitude envers son pays pendant leur joute verbale dans le Bureau ovale. Le président américain a par la suite ordonné lundi une « pause » dans l'assistance militaire cruciale fournie par Washington à l'Ukraine.
« Tous les moyens possibles »
« Nous discutons des options avec nos partenaires européens », a à cet égard insisté un conseiller de la présidence ukrainienne, Mykhaïlo Podoliak, tandis que l'UE a dévoilé le même jour un plan « pour réarmer l'Europe » qui va permettre de fournir une aide militaire « immédiate » à l'Ukraine.
« L'avenir d'une Ukraine libre et souveraine, d'une Europe en sécurité et prospère est en jeu », a expliqué la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, dans une lettre adressée aux dirigeants des 27. Elle y présente un projet en cinq volets de 800 milliards d'euros destiné à renforcer la défense du continent qui sera examiné au cours d'un sommet européen consacré jeudi à Bruxelles à l'Ukraine et à la sécurité de l'Europe.
La veille de cette rencontre, le Premier ministre hongrois Viktor Orban s'entretiendra à Paris avec le président français Emmanuel Macron. Proche à la fois de Vladimir Poutine et de Donald Trump, Viktor Orban dénonce l'attitude de ses « alliés européens » et le « fossé transatlantique ».
La France va d'ores et déjà s'efforcer de « réunir tous les moyens possibles », avec d'autres pays européens, pour compenser le gel de l'aide militaire américaine à l'Ukraine. Kiev va avoir besoin de munitions, d' »un certain nombre de systèmes pour le renseignement » ou encore d'accès « à des réseaux et à la connectivité », a réagi le Premier ministre français François Bayrou, s'exprimant au Parlement. La situation est « très grave » et « nous devons être à la hauteur », a résumé le Premier ministre polonais Donald Tusk, Varsovie regrettant que les Américains aient pris « sans aucune information ni consultation » de leurs alliés une décision d' »une grande importance politique ».
À Londres, le chef du gouvernement britannique Keir Starmer affiche une volonté de dialogue avec son « allié le plus ancien et le plus puissant, les États-Unis », outre ses « partenaires européens » et Kiev. Le ministre français chargé de l'Europe Benjamin Haddad fustige quant à lui une décision de Donald Trump qui « éloigne (la paix) parce qu'elle ne (fera) que renforcer la main de l'agresseur sur le terrain, qui est la Russie ».
Trains « stoppés »
« Nous faisons une pause et réexaminons notre aide pour nous assurer qu'elle contribue à la recherche d'une solution » au conflit entre l'Ukraine et la Russie, avait déclaré la veille un responsable de la Maison-Blanche sous le couvert de l'anonymat. « Le président a clairement indiqué qu'il se concentrait sur la paix. Nous avons besoin que nos partenaires s'engagent eux aussi à atteindre cet objectif », avait-il poursuivi. Il s'agit essentiellement de l'assistance militaire déjà approuvée sous la présidence de Joe Biden et très largement soldée, mais dont il reste encore du matériel à livrer.
La mesure prise par les Etats-Unis se fait d'ailleurs déjà ressentir dans le principal centre en Pologne de soutien logistique à l'Ukraine, celui de Jesionka, a informé mardi le chef du gouvernement polonais. Les livraisons de l'aide américaine « sont en train de cesser, puisque des trains entiers qui étaient chargés à destination de l'Ukraine sont stoppés et interdits de se rendre à leur objectif », a confirmé à Paris François Bayrou.
Le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, a de son côté souligné lundi que, plus de 35 ans après la chute des régimes communistes soutenus par Moscou en Europe, « jamais le risque d'une guerre sur le continent européen, dans l'Union européenne, n'a été aussi élevé ». Invités par le Premier ministre britannique Keir Starmer, quinze dirigeants européens, dont Emmanuel Macron et le chancelier allemand Olaf Scholz, ont affiché dimanche leur engagement à soutenir Kiev et à se réarmer face à la Russie.
L'avancée des Russes ralentit
Indignée comme nombre de ses compatriotes, Sofia, une Ukrainienne de 33 ans interrogée par l'AFP sur la principale artère de Kiev, ne mâche pas ses mots, parlant d' »un coup de poignard dans le dos » asséné par les responsables américains. « La Russie n'est pas parvenue à s'emparer de Kiev mais elle a rapidement pris Washington », renchérit Bojena Antoniak, rédactrice dans une maison d'édition ukrainienne.
Donald Trump ne décolère pas contre Volodymyr Zelensky depuis leur rencontre vendredi dans le Bureau ovale qui a tourné à l'affrontement verbal. Il a accentué lundi ses menaces contre celui qu'il soupçonne de ne « pas vouloir la paix » avec la Russie. Mais le président américain a aussi jugé que l'accord sur l'accès aux minerais ukrainiens, que M. Zelensky était censé signer à Washington vendredi dernier, pouvait encore être conclu.
Sur le terrain, la guerre continue de semer la mort et la dévastation. Le commandant en chef des armées ukrainiennes, Oleksandre Syrsky, a indiqué lundi qu' »un missile balistique Iskander-M avec munitions à fragmentation » avait frappé samedi un centre d'entraînement de l'armée de terre dans la région de Dnipropetrovsk, à plus de 100 km de la ligne de front, faisant « des morts et des blessés ». Selon un blogueur militaire ukrainien, entre 30 et 40 soldats ont été tués et jusqu'à 90 ont été blessés.
Par ailleurs, une infrastructure pétrolière a pris feu lundi soir dans la région russe de Rostov, frontalière de l'Ukraine, après une attaque de drones, a indiqué le gouverneur régional par intérim, Iouri Slioussar. Mais, selon l'analyse par l'AFP des données fournies par l'Institut américain pour l’étude de la guerre (ISW), l'avancée russe dans l'est de l'Ukraine a de nouveau ralenti, avec un gain de seulement 389 km2 en février, après 431 km2 en janvier, 476 km2 en décembre et un pic à 725 km2 en novembre.
Passage en revue des principales livraisons d'armes à l'Ukraine, selon une liste dressée par le département d'État américain le 20 janvier 2025, avant l'arrivée au pouvoir du républicain. Une grande partie de ce matériel militaire a été directement prélevée dans les stocks existants de l'armée américaine.
Armes antiaériennes
Face aux attaques aériennes régulières de l'armée russe, trois batteries de Patriot, avec les missiles correspondants, ont été livrés en Ukraine par les Etats-Unis.
D'autres systèmes de défense antiaériens, dont 12 NASAMS, font partie de la liste, de même que plus de 3.000 missiles Stinger. Pour les rendre efficaces, 21 radars antiaériens ont aussi été fournis.
Obus, missiles et grenades
Washington a envoyé en Ukraine 200 obusiers de 155mm et plus de 3 millions d'obus de ce calibre, 72 obusiers de 105 mm avec un million d'obus correspondants, et des centaines de milliers d'obus d'autres calibres. Plus de 40 HIMARS, des lance-roquettes montés sur des blindés légers, ont été livrés avec les missiles correspondants. Washington a aussi donné à l'Ukraine plus de 10.000 Javelins, des missiles antichar devenus symboles de la résistance ukrainienne contre l'invasion russe dans les premières semaines de la guerre. Plus de 120.000 autres armes et munitions contre les véhicules ont été livrés, ainsi que 10.000 Tow, des missiles antichars à guidage filaire.
Pour les armes légères, plus de 500 millions de cartouches et grenades ont été fournies aux soldats ukrainiens.
Hélicoptères, chars et bateaux
Si Washington a refusé de livrer directement des avions de combat, l'administration Biden a transmis à Kiev 20 Mi-17, des hélicoptères de conception soviétique, et de nombreux drones.
Après de longues tergiversations de l'administration Biden, les Etats-Unis ont aussi livré à partir de janvier 2023 un total de 31 Abrams, les chars lourds américains les plus avancés.
Ils ont aussi transmis 45 tanks de conception soviétique, des T-72B.
La liste comprend aussi plus de 1.300 véhicules blindés de transport de troupes, plus de 5.000 voitures militaires Humvee, plus de 300 ambulances blindées, 239 camions-citernes pour le transport du carburant... Une centaine de petits navires côtiers ont aussi été livrés.
Le département d'Etat liste du petit équipement, comme des lunettes de vision nocturne.
Et depuis le 20 janvier ?
L'ensemble de ces chiffres datent du 20 janvier, dans les dernières heures de l'administration Biden.
Depuis l'arrivée au pouvoir de Donald Trump et jusqu'à lundi, Washington a continué de livrer à Kiev des « munitions critiques » précédemment approuvées par les démocrates, dont des missiles, des armes anti-tank et des obus, selon un responsable du Pentagone.




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Si seulement il faisait la même chose avec Israël, mais c'est tout linverse
17 h 26, le 04 mars 2025