Le leader d'Amal et président du Parlement, Nabih Berry, s'entretenant avec l'ancien secrétaire général du Hezbollah, Hassan Nasrallah, lors d'une réunion en 2007. Hassan Ibrahim / AFP
À quelques jours des funérailles populaires de Hassan Nasrallah, le député du mouvement chiite Amal Ali Hassan Khalil, bras droit du président de la Chambre, Nabih Berry, est revenu dans une interview diffusée mercredi soir sur la chaîne pro-iranienne al-Mayadeen, sur plusieurs décennies de relations étroites entre l’ancien secrétaire général du Hezbollah et le chef du législatif. Il a notamment raconté comment M. Berry a appris la nouvelle de la mort de son allié, et a alors déclaré qu'il a « perdu une partie » de lui-même.
Le jour de l'assassinat de Hassan Nasrallah
Le 27 septembre dernier, jour de l’assassinat de Hassan Nasrallah, où 80 bombes israéliennes de 900 kilogrammes chacune ont été larguées dans la banlieue sud de Beyrouth, Ali Hassan Khalil se trouvait à Aïn el-Tiné, la résidence de Nabih Berry, où il dit avoir ressenti un « fort tremblement de terre ».
Lorsque la confirmation de sa mort est parvenue à Nabih Berry, Ali Hassan Khalil se trouvait avec lui : « Il a d’abord pris un moment de silence, derrière son bureau. baissant la tête, visiblement bouleversé, luttant pour respirer et semblant sur le point de fondre en larmes. Nous avons décidé de sortir », explique-t-il. Cinq minutes plus tard, le président du Parlement a brisé le silence en disant : « Nous avons perdu une partie de nous-mêmes. J’ai perdu une partie de moi-même. Je ne sais pas comment je vais m’y adapter. »
L'alliance entre les deux hommes s'était en effet construite depuis les années 1990, fondée sur une vision « commune » et « renforcée » au fil du temps, jusqu’à forger une synergie singulière qui a marqué le tandem chiite (Hezbollah-Amal) dans la politique du Liban, raconte le bras droit de Nabih Berry.
Une rencontre décisive
Avant 1992, l'année au cours de laquelle Nasrallah a pris la tête du Hezbollah et Nabih Berry s'est installé au perchoir, les deux hommes « n'avaient pas de relation directe ». a expliqué Ali Hassan Khalil. Ils s’étaient déjà croisés à plusieurs reprises, à Beyrouth, Téhéran ou lors des funérailles d’Abbas Moussaoui », le secrétaire général du Hezbollah, assassiné en février de cette année-là dans un raid israélien, explique le député. Toutefois, ces rencontres restaient « limitées ».
Ali Hassan Khalil se souvient d’avoir été témoin du premier face-à-face, en mars 1992, entre Nabih Berry et Hassan Nasrallah, qui avait été élu secrétaire général quelques semaines plus tôt. « Cette rencontre a brisé de nombreuses barrières, alors que les relations tendues entre le Hezbollah et Amal nécessitaient un nouvel élan. » Lors de la guerre civile, des combats intermittents avaient en effet opposé les deux partis chiites entre avril 1988 et et novembre 1990.
Le « grand frère » de Hassan Nasrallah
Malgré son jeune âge, Hassan Nasrallah, 32 ans, avait su imposer sa stature dès les premiers échanges, selon M. Khalil. « Impressionné par son assurance et sa vision politique », Berry avait immédiatement perçu plus qu’un simple chef de parti et voyait en lui un « acteur clé », capable de « consolider » les liens entre Amal et le Hezbollah, de renforcer la position politique de la communauté chiite et, au-delà, de préserver l’équilibre du partenariat national.
Les rencontres entre les deux hommes, qui se sont multipliées au fil des années, dépassant la cinquantaine, étaient « quasi régulières avant 2006 », - la guerre de juillet - lorsque Hassan Nasrallah bénéficiait d’une plus grande liberté de mouvement. Ils se rendaient « fréquemment visite, sans protocole ni formalisme ». Si la dernière rencontre officielle entre les deux dirigeants remonte à au moins trois ans, leur communication « n’a jamais été rompue ». «Toutes les rencontres avec Hassan Nasrallah se sont toujours déroulées dans des lieux ordinaires, à des étages accessibles, jamais dans un souterrain », a affirmé Ali Hassan Khalil, qui a confirmé que Hassan Nasrallah appelait Nabih Berry son « grand frère ».
Médiation entre Amal et Michel Aoun
Ali Hassan Khalil a évoqué. en outre, un entretien « fondamental » durant lequel Hassan Nasrallah avait joué un rôle de « médiateur » entre Nabih Berry et l'ancien président de la République Michel Aoun, lors des discussions sur l’élection présidentielle de 2016. Hassan Nasrallah aurait veillé, au cours de cette rencontre, à briser « toute barrière entre eux ».
Concernant la relation de Hassan Nasrallah avec l'ex-président du Parti progressiste socialiste (PSP), Walid Joumblatt, Ali Hassan Khalil a souligné que malgré leurs profondes divergences, le leader du Hezbollah l'a toujours respecté. « Même lors des périodes les plus tendues, Nasrallah insistait sur l'importance de maintenir de bons liens avec lui », précise-t-il.



« J'ai perdu une partie de moi-même »... j'ai perdu le dos de ma clarinette, et là je siffle tout haut sur la colline de l'étoile
09 h 47, le 23 février 2025