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Dernières Infos - Politique

Vive controverse en Allemagne après une alliance entre conservateurs et extrême droite


Des membres du parti d'extrême droite Alternative pour l'Allemagne (AfD), ainsi que les membres du groupe parlementaire de l'AfD prennent une photo de groupe avec un téléphone portable alors qu'ils célèbrent un vote lors d'une session au Bundestag, la chambre basse du parlement, le 29 janvier 2025 à Berlin. Photo AFP /JOHN MACDOUGALL

Coup de tonnerre dans la campagne des législatives allemandes: l'ex-chancelière Merkel est sortie de sa réserve habituelle jeudi pour fustiger son propre parti conservateur, après une alliance inédite depuis 1945 avec l'extrême droite lors d'un vote au parlement.

Ce rapprochement rebat les cartes politiques avant le scrutin du 23 février et suscite une vive controverse dans un pays où les partis traditionnels jusqu'ici refusaient toute coopération avec l'extrême droite.

Rappelant au président des démocrates-chrétiens (CDU), Friedrich Merz, favori des sondages pour devenir le prochain chancelier, qu'il avait lui-même proposé un pacte pour éviter de former des majorités avec le parti d'extrême droite Alternative pour l'Allemagne (AfD), Angela Merkel a qualifié d' »erreur » sa décision de revenir sur cette promesse.

L'ex-chancelière conservatrice, qui a dirigé pendant 16 ans l'Allemagne (2005 à 2021) en remportant quatre législatives de suite, a estimé qu'il était « erroné » de « permettre, les yeux fermés, une majorité avec les voix de l'AfD pour la première fois lors d'un vote au Bundestag ».

Elle a appelé à la place à une collaboration de « tous les partis démocratiques, au-delà des frontières politiques (...), sans manœuvres tacticiennes, mais de manière honnête sur le fond, modérée dans le ton et sur la base du droit européen en vigueur ».

Tabou brisé 

Le vote de mercredi a brisé un tabou dans une Allemagne qui, du fait de son passé nazi, semblait jusqu'ici moins sensible aux sirènes de l'extrême droite que d'autres pays européens, l'Italie et les Pays-Bas notamment, ou encore l'Autriche voisine.

Les conservateurs et l'AfD, créditée de la deuxième place (à 20%) dans les sondages en vue des législatives, ont allié leurs voix pour adopter de justesse une motion non contraignante mais à haute valeur symbolique visant à durcir la politique migratoire.

« C'est une atteinte à la démocratie », a dit à l'AFP Anna-Sophie Heinze, politologue de l'université de Trèves. Depuis la Seconde Guerre mondiale, les partis modérés traditionnels ont toujours exclu jusqu'ici une coopération avec l'extrême droite au niveau fédéral, maintenant ce qu'ils qualifiaient de « cordon sanitaire ».

Selon Mme Heinze, ce vote est « avant tout un succès pour l'AfD qui profite de l'attention ». « Et une fois de plus, tout tourne autour de la migration, leur thème de prédilection ».

Le sujet était déjà sur le devant de la scène depuis la récente agression au couteau meurtrière à Aschaffenbourg, dans l'ouest du pays, par un Afghan. 

Elle faisait suite à plusieurs actes de violences impliquant des étrangers: une attaque à la voiture-bélier sur le marché de Noël de Magdebourg qui a fait six morts en décembre, et une autre au couteau à Solingen l'été dernier, où trois personnes avaient péri.

« Bienvenue au club ! »

Le secrétaire général de la CDU, Carsten Linnemann a pris la défense de M. Merz dans un entretien au quotidien Rheinische Post. « Nous apprécions Angela Merkel et connaissons son évaluation de la politique migratoire », a-t-il dit, avant d'ajouter: « les responsables d'aujourd'hui doivent réagir à la situation actuelle en matière de sécurité et aux terribles événements ».

Le chef des Libéraux, Christian Lindner, a lui estimé que « les déclarations de Mme Merkel montrent que Friedrich Merz divise » son parti, mais que, « ironiquement, Mme Merkel porte une grande responsabilité dans la montée de l'AfD avec sa politique en matière de réfugiés ».

Selon Anna-Sophie Heinze, le vote de mercredi « pourrait pousser certains électeurs indécis à voter social-démocrate plutôt que conservateur ».

Tous les analystes s'accordent à dire qu'une arrivée au pouvoir de l'extrême droite en Allemagne est pour le moment exclue, puisque tous les partis, et la CDU en tête, refusent de gouverner avec elle.

Néanmoins, certains, comme le politologue berlinois Gero Neugebauer, soulignent que l'AfD « se prépare en vue de 2029 » et des prochaines élections. Compte tenu des difficultés de l'Allemagne, elle fait le pari selon lequel, comme en Autriche, aux Pays-Bas ou en Italie, le « cordon sanitaire » se sera alors effrité.

Réagissant au vote de mercredi, le dirigeant nationaliste hongrois Viktor Orban, pourfendeur de la politique migratoire d'Angela Merkel, s'est d'ailleurs félicité sur X: « Bonjour l'Allemagne, welcome to the club ! ».

Candidate à la chancellerie de l'AfD, Alice Weidel a saisi la balle au bond, en lui répondant: « Merci, c'est bien de faire partie de votre club ».

Coup de tonnerre dans la campagne des législatives allemandes: l'ex-chancelière Merkel est sortie de sa réserve habituelle jeudi pour fustiger son propre parti conservateur, après une alliance inédite depuis 1945 avec l'extrême droite lors d'un vote au parlement.Ce rapprochement rebat les cartes politiques avant le scrutin du 23 février et suscite une vive controverse dans un pays où les partis traditionnels jusqu'ici refusaient toute coopération avec l'extrême droite.Rappelant au président des démocrates-chrétiens (CDU), Friedrich Merz, favori des sondages pour devenir le prochain chancelier, qu'il avait lui-même proposé un pacte pour éviter de former des majorités avec le parti d'extrême droite Alternative pour l'Allemagne (AfD), Angela Merkel a qualifié d' »erreur » sa décision de revenir sur...