Le père Hani Tawk et sa femme Dounia, fondateurs de la Cuisine de Mariam dans leur food-truck, en pleine préparation. Photo R.D.
Dekouané, vendredi 13 décembre. Une foule est rassemblée, les visages impatients marqués par les épreuves, mais illuminés d’un espoir palpable. Lorsque le camion-cuisine de la Cuisine de Mariam débarque, les applaudissements brisent le silence. Les enfants retrouvent un sourire qui semble les avoir quittés depuis longtemps, les adultes échangent des mots de gratitude, alors que se dégage très vite une odeur réconfortante de plats traditionnels libanais. C’est une journée particulière, où la solidarité est le mot d’ordre.
« Aujourd’hui, c’est un rêve qui devient réalité », déclare le père Hani Tawk, fondateur de la Cuisine de Mariam, le regard empli d’émotion. Ce camion-cuisine mobile, premier du genre au Liban, symbolise bien plus qu’un simple véhicule : il est une promesse d’espoir pour des milliers de familles.
Fondée en août 2020 par le père Hani et sa femme, Dounia Tawk, à la suite de la double explosion dévastatrice au port de Beyrouth, la Cuisine de Mariam a débuté « avec une simple marmite ». « Tout a commencé dans notre maison, avec cette petite marmite », dit-il en désignant une vieille marmite toujours visible dans la cuisine.
« Nous avons commencé avec 250 repas par jour, puis 600 en 2021, 800 en 2022 et 1 000 en 2023. Mais après l’escalade du conflit (entre le Hezbollah et Israël) en septembre, la demande a explosé du jour au lendemain : nous avons préparé 4 000 à 5 000 repas par jour pendant 60 jours. C’était intense, mais nous l’avons fait avec tellement d’amour », souligne-t-il.
Urgence face à la précarité
Le Liban, déjà éprouvé par de graves crises économiques et sociales depuis 2019, subit également les conséquences de la récente guerre avec Israël. Plus de 1,2 million de Libanais ont été déplacés, contraints de quitter leurs foyers en quête de sécurité. Dans ce contexte, les initiatives comme celle de la Cuisine de Mariam n’ont jamais été aussi essentielles. Alors que les températures baissent et que l’hiver s’installe, de nombreuses familles se retrouvent sans ressources suffisantes pour se nourrir. Un repas chaud n’est pas seulement une nécessité, mais aussi un réconfort face à l’incertitude et la précarité.
Le food-truck avant son départ pour Dekouané. Photo R.D.
Une journée particulière
Lorsque le camion-cuisine a été dévoilé vendredi dernier, l’atmosphère était à l’émotion et beaucoup de gratitude. « Bien plus qu’un repas gratuit, c’est un cadeau de Noël en avance », souligne une femme présente dans la foule. C'est un tournant pour la Cuisine de Mariam. « Aujourd’hui, nous inaugurons ce food truck, qui est pour nous une belle réalisation, déclare le père Hani Tawk avec fierté. L’idée est de nous déplacer nous-mêmes, d’aller chez les gens, pas seulement de les inviter à nous retrouver. Le camion peut préparer jusqu’à 1 000 repas sur place, n’importe où et à tout moment. Aujourd’hui, il commence à Dekouané, ensuite, il sera à Ras Beyrouth, Dahyé, Jounieh, Jbeil, Tripoli – nous irons partout où il le faut au Liban. »
Ce projet a été rendu possible grâce au soutien de la Fondation CMA CGM. Tanya Saadé, sa présidente, exprime son engagement envers cette cause : « Depuis 2020, nous avons distribué 4 millions de repas en collaboration avec nos partenaires ONG, dont la Cuisine de Mariam. Ce camion est une réponse innovante à l’insécurité alimentaire. Il symbolise notre détermination à soutenir les communautés vulnérables et à leur apporter de l’espoir, un repas à la fois. »
Des personnes défavorisées profitent des repas chauds servis à la Cuisine de Mariam. Photo R.D.
Conçu à partir d’un conteneur transformé et adapté, il est entièrement équipé pour cuisiner des plats traditionnels libanais, avec trois grands brûleurs, un grill, des réfrigérateurs et beaucoup d’espace pour stocker les ingrédients. Son générateur lui offre une autonomie énergétique complète, ce qui lui permet de fonctionner, même dans les endroits les plus isolés.
La Fondation CMA CGM a également contribué à la construction d'une cantine gratuite entièrement équipée pour la Cuisine de Mariam, inaugurée à la Quarantaine en décembre 2023. Avant cela, les repas étaient préparés dans un hangar sans mesures d’hygiène adéquates. Grâce à la fondation, l’ONG possède à présent un espace moderne pour fonctionner efficacement et en toute sécurité.
La Cuisine de Mariam repose sur l’engagement de nombreux bénévoles et employés. « Nous avons 15 employés ici mais aussi des bénévoles de tous horizons. Trente-cinq écoles envoient leurs élèves pour nous aider à préparer et distribuer les repas. Ils passent une journée avec nous et apprennent l’importance de la solidarité au sein de la communauté », explique le prêtre.
Le père Hani Tawk s'applique à préparer des repas bons et chauds. Photo R.D.
Des familles reconnaissantes
Hala Zaitar, 39 ans, est l’une des nombreuses bénéficiaires. Avec son enfant de deux ans dans les bras, elle confie : « Cela fait deux ans que je viens régulièrement. Les repas sont délicieux, et mon enfant les adore. Ce projet va changer nos vies, surtout pour les mères comme moi qui n’ont pas toujours le temps ou les moyens de se déplacer. »
Alors que cette cuisine mobile s’apprête à sillonner le Liban, l’objectif est clair : lutter contre la précarité alimentaire et redonner le sourire à ceux qui en ont le plus besoin. « Ce Noël, nous voulons apporter plus qu’un repas chaud, conclut le père Hani. Nous voulons partager de l’amour, de la solidarité et de l’espoir. »
Et que le pays traverse encore une période difficile, des initiatives comme celle-ci rappellent que l’entraide et la générosité peuvent illuminer même les jours les plus sombres.



Bravo et merci au père Hani et à tous les aidants.
10 h 20, le 17 décembre 2024