La cheffe de file de l'extrême droite française Marine Le Pen, le 27 novembre 2024 à Paris. REUTERS/Stephane Mahe
L'avocat de la cheffe de file de l'extrême droite française Marine Le Pen, jugée pour des soupçons de détournement de fonds publics européens, a commencé mercredi à plaider pour convaincre le tribunal de son innocence ou au moins de ne pas la condamner à une peine d'inéligibilité immédiate.
Après deux mois de procès, la salle d'audience du tribunal correctionnel de Paris est pleine pour ce dernier jour. Marine Le Pen, main posée sur le menton et visage tendu, est assise au premier rang des prévenus, entre le numéro 2 de son parti, le Rassemblement national, Louis Aliot et l'ex-trésorier du RN, Wallerand de Saint-Just.
Triple candidate à la présidentielle (2012, 2017 et 2022), Marine Le Pen, jugée depuis le 30 septembre avec son parti et 24 autres prévenus, est menacée, si le tribunal suit le réquisitoire, de ne pas pouvoir se présenter aux prochaines élections. La peine s'appliquerait en effet immédiatement, même en cas d'appel.
Comme les avocats de 24 autres prévenus et du RN avant lui, Me Rodolphe Bosselut prévient qu'il va "plaider la relaxe". Mais avant cela, il a "quelques observations". Notamment sur les réquisitions du parquet, qui a demandé à l'encontre de sa cliente cinq ans de prison dont deux ferme aménageables, 300.000 euros d'amende et surtout une peine d'inéligibilité avec exécution provisoire.
Cette demande d'inéligibilité immédiate a rendu soudainement bien réelle la possibilité que Marine Le Pen ne puisse pas se présenter à la présidentielle de 2027, et pris tout le monde de court, provoquant des critiques dans son camp politique et au-delà.
"Arme de destruction massive"
"Ces réquisitions sont une arme de destruction massive du jeu démocratique", tonne Me Bosselut. "Ca ne concerne pas que Marine Le Pen, ça concerne a minima 13 millions d'électeurs voire l'ensemble du corps électoral, voire la sincérité du scrutin, ce n'est pas rien".
Dans ce dossier, "l'exécution provisoire aurait des conséquences juridiques disproportionnées", dit-il. Irrémédiables, définitives".
Cette "sévérité" du parquet est "non justifiée, gratuite", une "demande d'élimination politique". Elle "jette un doute sur les intentions mêmes de l'institution judiciaire", accuse-t-il.
Au lendemain des réquisitions dont elle avait dénoncé la "violence" et "l'outrance", Marine Le Pen avait résumé: "C'est ma mort politique qu'on réclame".
Le parquet les avait justifiées par le risque de "réitération" de détournements de fonds publics, qui s'étaient "répétés" pendant 12 ans (entre 2004 et 2016) et ne s'étaient "interrompus" qu'à cause du signalement du Parlement européen, qui a estimé son préjudice financier à 4,5 millions d'euros.
Quant aux prévenus ayant nié en bloc l'existence d'un "système" mis en place pour payer des assistants parlementaires "fictifs" avec l'argent européen, ils n'ont fait preuve d'aucune "remise en question", a accusé le parquet, soulignant que le parti avait déjà été condamné pour des faits de détournement de fonds.
"Nous ne sommes pas ici dans une enceinte politique, mais judiciaire, et le droit, la loi s'applique à tous", avaient conclu les procureurs.
"Bonne foi"
Mme Le Pen "est venue quasiment tous les jours avec l'envie de s'expliquer, de vous convaincre de sa totale bonne foi", a souligné son avocat. Pas "naïve" sur ce qu'elle risquait, mais avec la "force" de "celles et ceux qui se savent innocents".
"Elle a répondu avec sérieux, sincérité à toutes les questions, n'en a éludé aucune, elle est restée plusieurs heures à la barre... On peut lui reprocher beaucoup de choses mais pas d'avoir méprisé le tribunal ou l'institution judiciaire comme l'a dit l'accusation", soutient-t-il. "Y a t-il une quelconque arrogance à se défendre ?"
Dans ce dossier rempli de "passion", de "pression" et d'enjeux", Me Bosselut demande au tribunal de "revenir au droit". "Au-delà des biais, des idées préconçues".
"Ce dont je voudrais convaincre le tribunal, c'est que la pratique parlementaire au Parlement européen de 2004 à 2016 reprochée à ma cliente et aux autres prévenus était non seulement banale, anodine, car partagée par tous les partis européens, mais exempte de toute intention frauduleuse car considérée comme admise".
Le tribunal annoncera la date du rendu du jugement - pas avant plusieurs mois - à la fin de l'audience.
Avant cela, la présidente du tribunal donnera la parole une dernière fois aux prévenus. Mme Le Pen a assuré la veille qu'elle n'aurait "plus rien à ajouter" après son avocat.
Après deux mois de procès, la salle d'audience du tribunal correctionnel de Paris est pleine pour ce dernier jour. Marine Le Pen, main posée sur le menton et visage tendu, est assise au premier rang des prévenus, entre le numéro 2 de son parti, le Rassemblement national, Louis Aliot et l'ex-trésorier du RN, Wallerand de Saint-Just.
Triple candidate à la présidentielle (2012, 2017 et 2022), Marine Le Pen, jugée depuis le 30 septembre avec son parti et 24 autres...


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