Gisele Pelicot (G), entourée de son avocat Stéphane Babonneau (D), arrive au palais de justice d'Avignon pour le procès de son ancien compagnon Dominique Pelicot accusé de l'avoir droguée pendant près de dix ans et d'avoir invité des inconnus à la violer à leur domicile de Mazan, une petite ville du sud de la France, à Avignon, le 25 novembre 2024, alors que les procureurs français vont commencer à exposer leurs requêtes de condamnation aux juges. Photo AFP ou licenciés/CHRISTOPHE SIMON
La peine maximale de 20 ans de réclusion criminelle a été requise lundi contre Dominique Pelicot, un septuagénaire ayant, pendant une décennie, drogué, violé puis fait violer sa femme par des dizaines d'hommes recrutés sur internet dans le sud-est de la France.
Après onze semaines d'audiences, ce procès au retentissement international entre dans sa dernière ligne droite.
Devant la cour criminelle de Vaucluse à Avignon (sud), l'avocat général Jean-François Mayet a estimé que le cœur de ce procès était « la domination masculine sur les femmes » et que son enjeu était de « changer fondamentalement les rapports entre hommes et femmes ».
Devant les magistrats professionnels, le ministère public a débuté son réquisitoire par le « chef d'orchestre » de cette décennie de viols, Dominique Pelicot, demandant 20 ans de réclusion, soit la peine maximale encourue.
« C'est à la fois beaucoup et trop peu. Trop peu au regard de la gravité des faits qui ont été commis et répétés », a insisté la vice-procureure Laure Chabaud.
Elle a souligné la responsabilité « pleine et entière » de M. Pelicot, dénominateur commun des 50 coaccusés recrutés sur internet à qui il avait livré sa désormais ex-épouse, préalablement sédatée aux anxiolytiques, à leur domicile de Mazan entre juillet 2011 et octobre 2020.
Dominique Pelicot n'a jamais caché sa responsabilité, se qualifiant lui-même de « violeur ». « Je suis coupable de ce que j'ai fait (...) J'ai tout gâché, j'ai tout perdu. Je dois payer », affirmait-il en septembre.
Il a cependant paru touché lundi. « Il est abattu, il n'est jamais très simple pour un homme d'entendre qu'une peine de 20 ans est requise à son encontre », a assuré son avocate, Me Béatrice Zavarro, lors d'une suspension d'audience.
« Avilissement »
Evoquant une « personnalité structurée sur un mode pervers », Laure Chabaud a estimé que M. Pelicot, 71 ans, était à la « recherche de son propre plaisir » via la « soumission, l'humiliation, voire l'avilissement de son épouse ».
« C'est beaucoup d'émotion », avait lâché Mme Pelicot, victime de quelque 200 viols dont la moitié attribués à son ex-mari, en entrant dans la salle d'audience. Aucun des trois enfants du couple n'était présent lundi.
Hasard du calendrier, ce réquisitoire débute à l'occasion de la journée internationale de la lutte contre les violences faites aux femmes.
Cette affaire « marquera un avant et un après », a ainsi estimé dans ce cadre le Premier ministre français Michel Barnier en déplacement à la Maison des femmes de l'hôpital de l'Hôtel-Dieu, à Paris.
Des kits de détection de soumission chimique seront remboursés par l'Assurance maladie « dans plusieurs départements » du pays, à titre expérimental et selon un calendrier encore à définir, a-t-il annoncé.
Gisèle Pelicot, 71 ans, a accédé au statut d'icône féministe après avoir refusé que le procès se déroule à huis clos, « pour que la honte change de camp ».
Contre le « disciple » de Dominique Pelicot, Jean-Pierre M., qui avait reproduit le même procédé sur sa propre épouse, 17 ans de réclusion criminelle ont été demandés lundi matin. Il est le seul accusé à ne pas être poursuivi pour agression sexuelle sur Gisèle Pelicot mais sur sa propre épouse.
Les représentants du ministère public ont poursuivi lundi après-midi leur réquisitoire, prévu sur trois jours, avec d'abord les dossiers moins lourds.
Des peines importantes, jusqu'à dix ans de prison ferme ont toutefois été demandées, y compris pour les rares accusés à ne pas être poursuivis pour viols aggravés.
Contre Joseph C., 69 ans, poursuivi pour « atteinte sexuelle en réunion dans la nuit du 9 au 10 juin 2020 », quatre ans de prison ferme ont ainsi été requis.
Il est pourtant le seul des 50 coaccusés à ne pas être poursuivi pour viols ou tentative de viols aggravés, faute d'érection ce jour là.
Agés de 26 à 74 ans, la plupart des co-accusés de Dominique Pelicot sont poursuivis pour viols aggravés et risquent 20 ans de prison.
« Nuance »
« L'absence de consentement ne pouvait pas être ignoré des accusés », a insisté la vice-procureure Chabaud. Coupant l'herbe sous le pied d'arguments parfois avancés par certains avocats de la défense depuis le début du procès le 2 septembre, elle a assuré qu'il n'était « pas envisageable que Gisèle Pelicot ait pu volontairement ingérer ces anxiolytiques ».
La demande des collectifs féministes, qui ont apposé une banderole dimanche soir en face du tribunal, est très claire: « 20 ans pour chacun » des accusés.
Couvert en quasi-mondovision, avec 138 médias accrédités dont 57 étrangers, ce procès a un écho bien au-delà des frontières françaises.
Comme en a encore témoigné jeudi la présidente de la chambre des députés chilienne, Karol Cariola, saluant « le courage et la dignité » de Gisèle Pelicot, « une citoyenne ordinaire qui a donné une leçon au monde entier ».
Et ce week-end, des dizaines de milliers de personnes ont défilé dans toute la France pour réclamer un « sursaut » contre les violences faites aux femmes.
Dans la foulée, lundi matin, le gouvernement français a annoncé l'extension du dispositif permettant aux femmes victimes de violences sexuelles de déposer plainte dans un hôpital doté d'un service d'urgences ou gynécologique.
Après le réquisitoire, la parole sera à la défense jusqu'au 13 décembre. Le verdict est attendu le 20 décembre au plus tard.


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