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Culture - Musique

« La Libanaise » de l’indépendance ou la renaissance d’un chef-d’œuvre oublié

Composé en 1944 par Georges Farah (1913-2001), le poème symphonique célèbre l’indépendance du Liban et la lutte face au mandat français. 

« La Libanaise » de l’indépendance ou la renaissance d’un chef-d’œuvre oublié

Illustration du poème symphonique « La Libanaise » de Georges Farah accompagnant la partition publiée en 1988. Avec l’aimable autorisation de la famille Farah

Dans le monde de la musique classique libanaise, rares sont les découvertes qui résonnent comme un véritable écho du passé. Pourtant, Fady Jeanbart, chercheur passionné, s’est retrouvé au cœur d’une aventure inattendue lorsqu’il a remis en lumière un joyau musical oublié : La Libanaise, poème symphonique composé en 1944 par Georges Farah (1913-2001). Cette œuvre monumentale, célébrant l’indépendance du Liban, est une fresque musicale retraçant les luttes héroïques du peuple libanais face au mandat français.

« La Libanaise » dirigé par Georges Farah sur une scène beyrouthine non identifiée durant les années 1960. Avec l’aimable autorisation de la famille Farah

Tout commence par une rencontre avec Daisy Nohra, pianiste et collègue de Fady Jeanbart, qui partage un lien familial unique avec le compositeur Georges Farah, son grand-père. Enthousiasmée par les recherches de Jeanbart sur Wadia Sabra, Daisy Nohra l’encourage à explorer l’héritage de son aïeul. Elle lui remet des partitions pour piano et des recueils de mélodies dans l’espoir qu’il puisse leur donner une nouvelle vie. Mais le tournant majeur de cette histoire survient lorsqu’elle lui confie deux cartons poussiéreux remplis de bandes magnétiques trouvées dans un grenier familial.

Ces bandes, enregistrées par le légendaire Studio Baalbeck sous la direction de Farid Aboul Kheir, contiennent une mine d’enregistrements historiques. Jeanbart, avec l’aide de l’ingénieur du son Haitham Atme, entreprend un long processus de numérisation. C’est au cours de ce travail qu’il tombe sur une véritable pépite : l’enregistrement live de La Libanaise, également intitulée L’Indépendance du Liban.


Une œuvre musicale et historique

Composée en 1944, La Libanaise est dédiée aux héros de l’indépendance du Liban, proclamée le 22 novembre 1943. Georges Farah, profondément marqué par les événements, traduit dans sa musique la ferveur patriotique et les souffrances d’un peuple en quête de liberté. L’œuvre, écrite en sol majeur, se veut une fresque épique, mêlant les cris de révolte, les hymnes d’unité et les célébrations victorieuses.

Un texte de Marc-Henri Mainguy écrit en septembre 1988 détaille cette progression dramatique. La musique s’ouvre sur le tumulte des arrestations des dirigeants libanais par la puissance mandataire française, suivi par la révolte du peuple, hommes et femmes confondus, prêts à défendre leur pays. Le clou de l’œuvre est l’union des cloches des églises et de l’appel du muezzin, symbolisant une solidarité unique qui transcende les confessions et les divisions.

Farah, qui dirigeait par ailleurs la section orientale au Conservatoire national supérieur de musique du Liban, orchestre son poème symphonique en exploitant la richesse instrumentale libanaise : le kanoun, le nay et le daff se mêlent aux cordes et aux cuivres pour refléter l’âme du pays. Lors de ses représentations, l’œuvre est interprétée par des musiciens de renom comme Émile Ghosn au violon solo et Mohammad al-Sabsabi au kanoun, sous la direction de Farah lui-même.

Brochure détaillant le programme de la représentation de « La Libanaise » en 1966. Photo d’archives Conservatoire national du Liban

Une reconnaissance internationale et un oubli local

Après sa création, La Libanaise connaît un succès international. En 1950, l’œuvre est jouée sous la direction de Georges Farah à New York par l’Orchestre symphonique de Brooklyn et à Rio de Janeiro par l’Orchestre symphonique du Brésil. La critique internationale salue cette œuvre comme une célébration magistrale de l’identité libanaise. Pourtant, au Liban, son dernier concert remonte au 15 avril 1966, à la salle des fêtes du Collège de la Salle, à Beyrouth.

Fady Jeanbart découvre ce détail crucial grâce à une brochure fortuite trouvée dans les archives du Conservatoire national, là où il ne s’attendait pas à faire une telle trouvaille. La brochure détaillant le programme de la représentation de 1966 confirme que l’enregistrement retrouvé correspond bien à cet ultime concert. Ce document a survécu grâce à Michel Semaan, le plus ancien employé du Conservatoire encore en vie. Pendant la guerre civile, Semaan a risqué sa vie pour préserver des archives essentielles, sauvant ainsi des pans entiers de la mémoire musicale du Liban.

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Aujourd’hui, grâce au travail acharné de Jeanbart, La Libanaise renaît. Numérisée et remise en lumière, elle est un rappel poignant des luttes historiques du peuple libanais pour sa souveraineté, mais aussi une œuvre intemporelle qui transcende les générations. Jeanbart entend la partager avec un public contemporain, soulignant l’importance de préserver et de transmettre ce patrimoine.

En redonnant vie à La Libanaise, Jeanbart ne se contente pas de réveiller une œuvre oubliée : il ravive l’espoir et l’unité dans un pays où les crises se succèdent. L’œuvre de Georges Farah, vibrante et universelle, continue de résonner, rappelant que la musique, comme l’histoire, a aussi le pouvoir d’unir et de guérir.

Dans le monde de la musique classique libanaise, rares sont les découvertes qui résonnent comme un véritable écho du passé. Pourtant, Fady Jeanbart, chercheur passionné, s’est retrouvé au cœur d’une aventure inattendue lorsqu’il a remis en lumière un joyau musical oublié : La Libanaise, poème symphonique composé en 1944 par Georges Farah (1913-2001). Cette œuvre monumentale, célébrant l’indépendance du Liban, est une fresque musicale retraçant les luttes héroïques du peuple libanais face au mandat français.« La Libanaise » dirigé par Georges Farah sur une scène beyrouthine non identifiée durant les années 1960. Avec l’aimable autorisation de la famille FarahTout commence par une rencontre avec Daisy Nohra, pianiste et collègue de Fady Jeanbart, qui partage un lien familial unique avec le compositeur...
commentaires (2)

Merci pour ce bel article. Pour information il existe un fonds Georges Farah au Centre du Patrimoine musical libanais (CPML) sis au Collège ND de Jamhour et qui depuis 2012 rassemble conserve et valorise les archives des musiciens libanais.

SALEH KAYALI Zeina

20 h 40, le 21 novembre 2024

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Commentaires (2)

  • Merci pour ce bel article. Pour information il existe un fonds Georges Farah au Centre du Patrimoine musical libanais (CPML) sis au Collège ND de Jamhour et qui depuis 2012 rassemble conserve et valorise les archives des musiciens libanais.

    SALEH KAYALI Zeina

    20 h 40, le 21 novembre 2024

  • Merci pour ce bel article . Pour information il existe un fonds Georges Farah au Centre du Patrimoine Musical Libanais (CPML)

    SALEH KAYALI Zeina

    20 h 38, le 21 novembre 2024

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