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Procès des viols en série : les parties civiles espèrent une "prise de conscience" de la société

Gisèle Pelicot, victime de viols en série orchestrés par son époux, Dominique Pelicot, le 20 novembre 2024 à Avignon. REUTERS/Sarah Meyssonnier

Inviter « toute la société à prendre conscience »: les avocats des parties civiles ont espéré mercredi que le procès des viols en série de Mazan serve d'exemple historique sur les questions du consentement, de la soumission chimique et plus généralement des rapports hommes-femmes.

Grâce à ces débats devant la cour criminelle à Avignon (sud de la France), les prochaines générations « découvriront Gisèle Pelicot, son courage, le prix qu'elle a payé pour changer la société », a affirmé mercredi Stéphane Babonneau, l'un des deux avocats de Mme Pélicot, droguée et violée pendant une décennie par son mari et des dizaines d'hommes qu'il recrutait sur internet.

Dressant un parallèle entre ce « procès d'Avignon », illustration « de la culture du viol », et celui d'Aix-en-Provence en 1978, où l'avocate Gisèle Halimi avait fait reconnaître le viol comme un crime, il a placé la cour, qui rendra son verdict au plus tard le 20 décembre, devant un « choix de société »: faire que ce procès permette de « changer l'idée, ancrée dans un imaginaire masculin, que le corps de la femme est un objet de conquête ».

« Comment, en France, en 2024, une femme peut encore subir ce qu'a subi Gisèle Pelicot pendant au moins 10 ans ? Comment peut-on trouver en France 50 individus, mais en réalité 70 (NDLR: plusieurs n'ont jamais été identifiés et ne seront donc jamais jugés), des hommes », pour venir agresser sexuellement ce corps, s'est interrogé Me Antoine Camus, l'autre avocat de Gisèle Pelicot.

Ouvrant les plaidoiries, Me Camus avait rappelé les vidéos des faits, minutieusement enregistrées, légendées et stockées par Dominique Pelicot, principal suspect où son ex-épouse, était à ce point inerte « qu'on la croirait morte ».

« Par ce geste presque politique de renoncer au huis clos », le 2 septembre, à l'ouverture de ce procès hors norme, Mme Pelicot a « invité toute la société à se poser des questions, à prendre conscience, à changer les mentalités, pour un avenir qui romprait enfin avec une violence qu'on voudrait d'un autre âge », a-t-il affirmé.

Pendant une heure, l'avocat a demandé à ce que « justice et vérité » soient rendues pour cette famille, cette femme, sa fille et ses deux fils, et ses petits-enfant, « ensevelis depuis 4 ans sous les décombres » après la « déflagration » de la révélation des faits, à l'automne 2020.

« Seul comme un chien ! » 

Mais il ne s'est pas attardé sur Dominique Pelicot, cette « personnalité clivée »,  avec sa « face A » de « bon mari, grand-père, ami, voisin », et sa « face B » quand, principalement la nuit, il assommait sa femme d'anxiolytiques pour pouvoir ensuite disposer d'elle et la livrer à des inconnus.

Le principal accusé reconnaissant son rôle de « chef d'orchestre » des quelque 200 viols recensés pendant une décennie sur son ex-épouse, à leur domicile conjugal de Mazan (Vaucluse), dont la moitié par lui-même, il paraît difficilement imaginable qu'il échappe à la peine maximale prévue, de 20 ans de réclusion.

Me Camus s'est donc attardé sur les 50 coaccusés. Et « tous avaient leur libre arbitre », a-t-il insisté: « Chacun à son niveau a contribué à cette monstruosité et a permis que se poursuive le calvaire d'une femme ».

« Ils expliquent un viol +accidentel+, un viol +involontaire+, un viol +altruiste+ voire désormais un viol +irresponsable+ », a poursuivi son confrère Stéphane Babonneau, faisant référence aux arguments avancés par de nombreux accusés qui maintiennent avoir été « manipulés » par Dominique Pelicot et avoir cru participer au scénario d'un couple libertin. 

Par ce biais l'avocat répondait aussi à la demande d'une dizaine d'avocats de la défense qui, mercredi matin même, ont déposé une demande subsidiaire à la cour concernant 33 des 50 coaccusés en évoquant une éventuelle « altération du discernement » de leurs clients.

Pour Me Camus, ce procès aura aussi permis de mettre en lumière la question de la soumission chimique, « mode opératoire du crime parfait.

Après les plaidoiries, le président de la cour a officiellement suspendu le procès jusqu'à lundi. La parole sera alors au ministère public, pour un réquisitoire prévu sur trois jours. 

Couvert en mondovision ou presque, avec 138 médias accrédités, dont 57 étrangers, ce procès a un écho bien au delà de la France: la ministre de l'Intérieur allemande, Nancy Faeser, a appelé mercredi à entendre « le message » de Gisèle Pelicot, selon qui « la honte doit changer de camp ».

Mercredi matin, interrogé pour la dernière fois, Dominique Pelicot avait à nouveau tenté de présenter ses excuses à sa famille, suscitant la colère de sa fille Caroline: « Tu finiras seul, comme un chien ! ». 

Inviter « toute la société à prendre conscience »: les avocats des parties civiles ont espéré mercredi que le procès des viols en série de Mazan serve d'exemple historique sur les questions du consentement, de la soumission chimique et plus généralement des rapports hommes-femmes.Grâce à ces débats devant la cour criminelle à Avignon (sud de la France), les prochaines générations « découvriront Gisèle Pelicot, son courage, le prix qu'elle a payé pour changer la société », a affirmé mercredi Stéphane Babonneau, l'un des deux avocats de Mme Pélicot, droguée et violée pendant une décennie par son mari et des dizaines d'hommes qu'il recrutait sur internet.Dressant un parallèle entre ce « procès d'Avignon », illustration « de la culture du viol », et celui d'Aix-en-Provence en 1978, où...