Une vue générale de la cathédrale Notre-Dame de Paris à Paris, le 21 octobre 2024. Photo AFP ou licenciés /LUDOVIC MARIN
A quelques semaines de la réouverture de la cathédrale Notre-Dame de Paris reconstruite après l'incendie de 2019, l'idée de faire payer l'entrée aux touristes a été lancée jeudi au sein du gouvernement relançant le débat en France sur le financement du patrimoine religieux.
Les recettes iraient à "un grand plan de sauvegarde du patrimoine religieux" et permettraient de financer la restauration d'autres édifices religieux, ce qui se heurte en France à la législation sur la séparation de l'Eglise et de l'Etat et a été jusqu'à présent refusé par l'Eglise.
"Avec cinq euros seulement par visiteur, on récolterait 75 millions d'euros par an. Ainsi, Notre-Dame de Paris sauverait toutes les églises de Paris et de France. Ce serait un magnifique symbole", a exposé Rachida Dati dans les colonnes du quotidien Le Figaro.
Le ministre de l'Intérieur, qui en France est aussi chargé des cultes, Bruno Retailleau, a apporté un soutien immédiat, prenant l'exemple de la basilique de la Sagrada Familia, toujours en construction à Barcelone et où l'on paye l'entrée.
"Si ça doit, pour cinq euros, sauver un patrimoine religieux auquel on peut être attaché, que l'on croit au ciel ou qu'on n'y croit pas" car "tout simplement c'est le paysage français", a estimé le ministre, figure de la droite libérale-conservatrice et catholique pratiquant.
Mais le diocèse a insisté jeudi sur le principe de "gratuité du droit d’entrée dans les églises et les cathédrales", défendue par l’Église catholique en France. La gratuité se justifie, notamment, par la "mission" de l'Eglise d'"accueillir de façon inconditionnelle et donc nécessairement gratuite tout homme et toute femme", poursuit le diocèse dans un communiqué.
Notre-Dame de Paris compte parmi les édifices les plus visités en Europe, avec 12 millions de personnes en 2017 et "14 à 15 millions" attendues par le Diocèse après la réouverture prévue le 7 décembre.
Le chantier de reconstruction est entièrement financé par des dons qui ont afflué dès le lendemain de l'incendie le 15 avril 2019, atteignant 846 millions d'euros, versés par quelque 340.000 donateurs de 150 pays.
"Partout en Europe, l'accès aux édifices religieux les plus remarquables est payant", a souligné la ministre française de la Culture, également maire du 7e arrondissement de la capitale.
Selon elle, "les visiteurs hors UE" devraient aussi payer "davantage leur billet d'entrée" dans les musées, afin de "financer la rénovation du patrimoine national".
"D’un côté, je pense que c’est bien pour payer l’entretien de ce monument qui coûte une fortune mais en même temps c’est un lieu de culte, un bien commun qui doit rester gratuit", a estimé Marius Boulesteix, 32 ans, Français et paysagiste installé à Marrakech depuis 5 ans.
Roger Gillmann, Allemand de 59 ans et enseignant, estime lui en tant que "chrétien" qu'on "ne doit pas payer pour aller dans une église", la question étant de savoir si on y vient pour son intérêt muséal ou pour le culte.
Avant l'incendie, seules les tours de Notre-Dame et la crypte archéologique étaient payantes au même titre que la nécropole des rois de France à la Basilique Saint-Denis, selon le Centre des monuments nationaux.
Souscription nationale
En France, la loi de 1905 de séparation de l'Eglise et de l'Etat interdit en principe toute "taxe" ou "redevance" sur l'entrée des édifices religieux, contrairement à ce qui se pratique en Italie où par exemple, la basilique Saint-Marc de Venise fait payer son entrée.
"On pourrait imaginer, certes, de changer cette loi. Mais, compte tenu du caractère délicat d'un texte qui régit les rapports entre le culte et l'État, cela semble peu probable", a réagi Didier Rykner, patron du site spécialisé la Tribune de l'Art. "D'autant que de manière constante l'Église, affectataire, s'est opposée à l'instauration d'une entrée payante", a-t-il ajouté dans un commentaire posté sur son site.
L'animateur de télévision Stéphane Bern, à la tête du "Loto du patrimoine" qui permet chaque année de récolter des dons pour la restauration de ce patrimoine, avait déjà défendu l'idée de faire payer une entrée, même symbolique.
"Une église est un lieu qui doit rester ouvert à tous et les oeuvres d'art doivent rester accessibles", oppose M. Rykner, interrogé par l'AFP.
Il suggère de collecter l'argent autrement par "une taxe de 1,8% sur toutes les mises de la Française des Jeux et une augmentation d'un euro par nuitée de la taxe de séjour", un bon moyen selon lui de dégager 500 millions d'euros par an.
En France, 5.000 édifices religieux - sur environ 50.000 lieux de culte recensés - sont dans un état qui fait craindre pour leur pérennité et nécessite une intervention urgente, avait rappelé Emmanuel Macron lors du lancement d'une souscription nationale en septembre 2023.
Cette souscription doit permettre de "mobiliser 200 millions d'euros sur quatre ans" afin d'aider les petites communes à préserver leurs édifices religieux.
A quelques semaines de la réouverture de la cathédrale Notre-Dame de Paris reconstruite après l'incendie de 2019, l'idée de faire payer l'entrée aux touristes a été lancée jeudi au sein du gouvernement relançant le débat en France sur le financement du patrimoine religieux.
Les recettes iraient à "un grand plan de sauvegarde du patrimoine religieux" et permettraient de financer la restauration d'autres édifices religieux, ce qui se heurte en France à la législation sur la séparation de l'Eglise et de l'Etat et a été jusqu'à présent refusé par l'Eglise.
"Avec cinq euros seulement par visiteur, on récolterait 75 millions d'euros par an. Ainsi, Notre-Dame de Paris sauverait toutes les églises de Paris et de France. Ce serait un magnifique...


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