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Politique - Décryptage

Entre discorde interne et isolement politique du Hezbollah

Le Liban vit sur une poudrière. Depuis des décennies, en effet, aucun problème n’est réglé dans le fond et toutes les crises s’accumulent et constituent des bombes à retardement. Tout le monde (ou presque) le sait. Mais avec la guerre qui se déroule depuis plus d’un an au Sud et à intensité variable dans le reste du pays, la situation a encore empiré. Au point que certains observateurs se demandent si le calme (relatif) interne qui continue de régner n’est pas en réalité ce fameux « miracle libanais » dont on a tant parlé à un moment donné. Et s’il n’est pas précaire comme lui.

En effet, depuis quelque temps, et plus exactement depuis l’afflux massif (on parle de plus d’un million deux cent mille personnes) de déplacés du Sud et de la Békaa vers Beyrouth, le Mont-Liban et le Nord, de plus en plus de voix s’élèvent pour appeler à étouffer toute possibilité de discorde interne. À commencer par les autorités religieuses, suivies par des personnalités politiques, jusqu'au ministre français des Armées Sébastien Lecornu qui a affirmé lundi que le Liban est au bord d’une guerre civile. Certes, ces propos ont été nuancés par des sources proches du Quai d’Orsay. Mais il n’en reste pas moins que la possibilité de l’éclatement de « troubles internes » revient régulièrement dans les entretiens des diplomates en visite au Liban avec des personnalités locales. D’ailleurs, dans une interview accordée récemment à L’OLJ, le chef du Courant patriotique libre, Gebran Bassil, a affirmé que son principal souci à l’heure actuelle est d’éteindre toute possibilité de discorde interne. Dans le même sillage, des sources sécuritaires laissent entendre qu’il faut être actuellement très vigilant pour éviter les frictions entre les déplacés et l’environnement qui les accueille. En effet, la liste des incidents quotidiens à ce sujet est longue, mais jusqu’à présent, ils restent circonscrits et limités, alors que la grande majorité de la population reste accueillante et compatissante.

Selon les sources sécuritaires précitées, ce n’est toutefois pas à ce niveau que se situe le danger réel. Il est plutôt lié aux conditions de vie des déplacés, contraints à quitter leurs maisons et leurs localités dans un très bref délai pour vivre dans une situation précaire, démunis de tout, et en plus avec un sentiment d’humiliation et de défaite. Il faut préciser qu’à ce sujet, les responsables israéliens ne cachent pas leur objectif de monter les Libanais, et en particulier l’environnement populaire du Hezbollah, contre celui-ci. Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu l’a répété à plusieurs reprises en s’adressant aux Libanais : « Notre problème n’est pas avec vous, mais avec le Hezbollah. Débarrassez-vous de lui et tout ira bien. » Que les Libanais soient sensibles ou non à ce conseil, le temps le dira. Mais à l’heure actuelle, il n’est certainement pas porteur de calme pour le Liban.

Selon les sources sécuritaires précitées, le Hezbollah a certes reçu un coup très fort avec l’assassinat de son chef Hassan Nasrallah et de la plupart des membres de son commandement. Mais il est encore suffisamment puissant pour lancer quotidiennement près de cent drones et missiles vers Israël, tout en se battant férocement au Sud. Sa base populaire qui a été contrainte à l’exode continue à croire en lui et est tellement tendue que la moindre critique qui lui serait adressée pourrait déclencher un incident. De plus, dans ce climat actuel d’angoisse et de peur pour l’avenir, ainsi que face à l’affaiblissement des institutions de l’État, il est facile d’enrôler des fauteurs de troubles, conscients ou non de leur mission. D’ailleurs, les services de sécurité libanais, dans leur diversité, considèrent aujourd’hui qu’une partie importante de leur rôle est justement de traquer les fauteurs de troubles internes, même si cette mission est complexe en raison de la situation qui favorise les frictions.

Mais il y a plus que cela, estiment les sources sécuritaires qui craignent un plan plus vaste visant à isoler le Hezbollah non seulement de son environnement populaire, mais aussi sur le plan politique pour neutraliser toute son influence. Certes, depuis des années, le conflit politique autour du Hezbollah est clair et il n’est pas lié à la guerre que mène actuellement Israël contre le Liban. Mais aujourd’hui, dans la foulée de cette guerre, il s’est aggravé et des voix s’élèvent au Liban pour condamner le Hezbollah et le pousser à déposer les armes. Ce n’est peut-être pas nouveau, mais cela est devenu plus clair aujourd’hui. L’autre élément nouveau dans ce paysage, c’est que désormais des pressions externes sont exercées sur les appuis politiques traditionnels du Hezbollah pour les pousser à prendre leurs distances avec lui. À cet égard, de grandes pressions sont ainsi exercées sur le président de la Chambre Nabih Berry pour le pousser à se démarquer du Hezbollah ou pour adopter des positions qui ne seraient pas conformes à celles qu’il affiche, notamment au sujet de l’application de la résolution 1701 ou de l’élection présidentielle. De même, « l’entente de Mar Mikhaël », conclue entre le CPL et le Hezbollah en février 2006, n’est plus valable aujourd’hui, de l’aveu même de Gebran Bassil. Même si cela ne signifie pas que les deux formations sont devenues des adversaires. Dans un tel contexte, le parti chiite, qui est déjà occupé à se battre et à préserver ses forces face aux attaques israéliennes, doit aussi affronter une situation interne qui remet en cause d’une certaine façon la légitimité de son action. Comment va-t-il réagir s’il est ainsi mis au pied du mur ? Des sources proches de la formation répondent que des efforts sont actuellement déployés pour créer un front politique de soutien au Hezbollah, mais dans le climat actuel de tension, c’est surtout d’unité nationale que le Liban a besoin.

Le Liban vit sur une poudrière. Depuis des décennies, en effet, aucun problème n’est réglé dans le fond et toutes les crises s’accumulent et constituent des bombes à retardement. Tout le monde (ou presque) le sait. Mais avec la guerre qui se déroule depuis plus d’un an au Sud et à intensité variable dans le reste du pays, la situation a encore empiré. Au point que certains observateurs se demandent si le calme (relatif) interne qui continue de régner n’est pas en réalité ce fameux « miracle libanais » dont on a tant parlé à un moment donné. Et s’il n’est pas précaire comme lui.En effet, depuis quelque temps, et plus exactement depuis l’afflux massif (on parle de plus d’un million deux cent mille personnes) de déplacés du Sud et de la Békaa vers Beyrouth, le Mont-Liban et le Nord, de plus en plus de...
commentaires (5)

Le Hezbollah avait répété des dizaines de fois qu’en cas d’agression, les centres d’accueil des déplacés étaient prêts à les accueillir grâce à leur organisation. Un mensonge de plus, ce sont de simples concitoyens qui les hébergent et les aident. Le Hezbollah militaire fait partie du passé, il a encore une chance de se racheter en intégrant la société libanaise en ne faisant plus allégeance à l’Iran

Lecteur excédé par la censure

12 h 45, le 24 octobre 2024

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Commentaires (5)

  • Le Hezbollah avait répété des dizaines de fois qu’en cas d’agression, les centres d’accueil des déplacés étaient prêts à les accueillir grâce à leur organisation. Un mensonge de plus, ce sont de simples concitoyens qui les hébergent et les aident. Le Hezbollah militaire fait partie du passé, il a encore une chance de se racheter en intégrant la société libanaise en ne faisant plus allégeance à l’Iran

    Lecteur excédé par la censure

    12 h 45, le 24 octobre 2024

  • Les deplaces sont nos compatriotes, quel que soit leur appartenance communautaire, regionale, ou meme leur avis politique. Tous les Libanais leur doivent aide et assistance. C'est un principe de base. Ceci dit, le Hezb devra rendre des comptes, aux refugies et a tous les Libanais, non seulement pour avoir entraine le pays dans une guerre destructrice qui n'est pas la notre, mais aussi pour tous les crimes dont il est responsables au regard de la loi : assassinats (politiques ou mafieux), stockage d'ecplosifs dangereux au port de Beyrouth, contrebande notamment d'armes et de drogues etc....

    Michel Trad

    11 h 42, le 24 octobre 2024

  • Le Hezbollah aurait du réfléchir à tout ça avant de déclencher les hostilités le 8 octobre 2023 au nom de l’unité des fronts. Il a entraîné le Liban dans cette folie meurtrière et destructrice comme si le Liban lui appartenait alors que plus des deux tiers de la population lui sont hostiles. De quel droit le Hezbollah nous fait mener cette vie? Mort, destructions, émigration, paupérisation, déplacés… le Hezbollah doit choisir: soit être un parti politique libanais et dans ce cas remettre ses armes à l’armée nationale soit continuer à être une milice iranienne haïe

    Lecteur excédé par la censure

    10 h 03, le 24 octobre 2024

  • L action du Hezb n’a jamais été légitime ne vous en déplaise

    Liban d’hier

    09 h 41, le 24 octobre 2024

  • « Ce sont des hommes, des femmes, des enfants, de toutes communautés religieuses. Ils ont 6, 19, 35, 50 ou plus de 70 ans. Leur point commun? » Ce sont tous des Libanais, ils sont tous innocents, ils sont tous victime des manigances irano-US-israéliens, TFEH sur nos politiciens véreux, criminels incompétents, assassin-corrompus, …Leur vie a basculée à cause d’une guerre qui ne les regarde pas, encore, et une autre fois, sans que le monde ne bouge. Quelle honte!

    Antoine Chouery

    03 h 31, le 24 octobre 2024

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