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A Beyrouth, les infrastructures à genoux sous la pression des déplacés

Les nids-de-poule couvraient déjà les routes, l'électricité manquait et les services publics étaient déliquescents. Mais avec l'arrivée de dizaines de milliers de déplacés de guerre, Beyrouth et ses infrastructures sont totalement débordées.

"Avant, il y avait des problèmes d'embouteillage", mais aujourd'hui, "Beyrouth est devenue un grand parking", s'emporte Jamal Adada, qui sillonne la capitale libanaise à bord de son taxi depuis 25 ans.

Sur la route principale du quartier commerçant de Hamra, il perd patience: "ça devrait être une deux voies, mais il n'y en a qu'une", donc un trajet de dix minutes "peut maintenant prendre une heure".

Les rues de la capitale de ce pays de près de six millions d'habitants, souvent plongées dans le noir la nuit à cause d'une pénurie d'électricité chronique, étaient déjà souvent embouteillées.

Depuis que les échanges de tirs transfrontaliers entre Israël et le Hezbollah ont tourné à la guerre ouverte il y a près d'un mois, des flots de voitures et de mobylettes se sont déversés sur la capitale et toutes les rues ont désormais des voitures garées sur les trottoirs, certaines en double file ou même au milieu de la chaussée.

- Poubelles débordantes -

Fadi Baghdadi, du département de gestion de crise du gouvernorat de Beyrouth, rapporte que parfois les ambulances et autres secouristes se retrouvent bloqués dans des embouteillages ou empêchés de sortir de rues bouchées par les voitures garées.

Le responsable en convient: à Beyrouth, capitale d'un pays en faillite économique depuis cinq ans, "les infrastructures sont dans un état déplorable".

Son département a recensé plus de 55.000 déplacés accueillis dans 169 centres, désormais tous complets, et environ 200.000 autres installés chez des proches ou dans des appartements qu'ils louent.

Tous ces gens, affirme-t-il, "ont besoin d'eau, produisent des déchets et sollicitent le système des eaux usées".

Sur les trottoirs, les bennes à ordures débordent et "le problème n'est pas seulement que la quantité de déchets a augmenté", explique Walid Bou Saad, patron de la compagnie de ramassage qui gère les déchets de Beyrouth, RAMCO.

"Nos camions ne peuvent plus entrer" dans certaines rues bloquées par "des voitures garées n'importe comment", assure-t-il. Et comme la plupart des conducteurs en infraction ne répondent pas, ses employés doivent ramasser les déchets à pied, "ce qui prend beaucoup plus de temps" car ils doivent porter eux-mêmes les poubelles.

D'autres camions tentent aussi de se frayer un passage dans les rues. En citerne ou en bouteille, l'eau est une denrée de plus en plus demandée à Beyrouth, où l'eau courante n'arrive pas toujours au robinet.

Certains déplacés vivent en outre dans des immeubles désertés depuis un certain temps où la connexion au réseau hydraulique a été coupée ou dont les tuyaux sont reliés à d'anciennes gouttières plutôt qu'au réseau d'eaux usées, souligne Nadim Farajalla, en charge du développement durable à l'Université libano-américaine.

- "Pression extrême" -

L'Unicef, par exemple, assure avoir approvisionné les centres d'accueil de déplacés du Liban avec "172.500 litres d'eau en bouteilles et 2,2 millions de litres en citerne".

Fouad El-Semelawy, qui achemine de l'eau non potable à travers Beyrouth, assure avoir augmenté ses livraisons de "20 avant à plus de à 30 par jour" désormais, principalement dans des écoles abritant des déplacés ou d'autres centres ouverts pour les Libanais ayant fui les bombardements israéliens ailleurs dans le pays.

"Si des clients te réclament, il faut" leur répondre "que ce soit en journée ou dans la nuit", assure l'homme, en remplissant son camion à la station de Jdeideh, à la sortie de Beyrouth.

Pour M. Farajalla, le réseau hydraulique de la capitale est "soumis à une pression extrême".

D'une part, décrit-il, il y a "une demande extrêment élevée" et, de l'autre, "le niveau des nappes phréatiques est très bas" car les pluies ont été rares durant l'été.

Quant au tout-à-l'égoût, "mis en place il y a des décennies", selon l'Unicef, il est "vulnérable aux fissures et aux coupures à cause du bombardement intensif sur Beyrouth". 

Et l'arrivée de plus de déplacés signifie plus de blocages et de débordement potentiels, prévient l'agence onusienne, ce qui "met en danger la santé publique".

lg/sbh

© Agence France-Presse

Les nids-de-poule couvraient déjà les routes, l'électricité manquait et les services publics étaient déliquescents. Mais avec l'arrivée de dizaines de milliers de déplacés de guerre, Beyrouth et ses infrastructures sont totalement débordées.

"Avant, il y avait des problèmes d'embouteillage", mais aujourd'hui, "Beyrouth est devenue un grand parking", s'emporte Jamal Adada, qui sillonne la capitale libanaise à bord de son taxi depuis 25 ans.

Sur la route principale du quartier commerçant de Hamra, il perd patience: "ça devrait être une deux voies, mais il n'y en a qu'une", donc un trajet de dix minutes "peut maintenant prendre une heure".

Les rues de la capitale de ce pays de près de six millions d'habitants, souvent plongées dans le...