Un manifestant portant un masque du premier ministre israélien Benjamin Netanyahu lors d'une manifestation appelant à la libération des otages israéliens à Tel Aviv le 28 septembre 2024. Photo Jack GUEZ / AFP
La Cour suprême d'Israël a donné raison lundi au gouvernement pour conserver le corps d'un détenu palestinien mort en avril dans une prison du pays en vue de s'en servir comme monnaie d'échange pour la libération d'otages en captivité à Gaza.
Dans une décision adoptée à l'unanimité, la Cour a rejeté l'appel de l'ONG israélienne de défense des droits de la communauté arabe Adalah, qui demandait que le corps du Palestinien Walid Daqqa, mort en détention en avril, soit restitué à sa famille.
« L'appel contre la décision du ministère de la Défense, entérinée par le cabinet de sécurité, de retenir le corps du terroriste Walid Daqqa pour les besoins des négociations sur les otages » a été rejeté par la haute juridiction, résume un communiqué du ministère de la Justice.
Walid Daqqa, un Palestinien membre de la minorité arabe israélienne, est décédé en avril des suites d'un cancer après avoir passé 38 ans en prison pour l'enlèvement et le meurtre d'un soldat israélien en 1984.
Sa dépouille a été conservée par les autorités israéliennes, en raison des négociations alors en cours en vue d'un échange entre des prisonniers palestiniens détenus dans des prisons israéliennes, et des otages retenus captifs dans la bande de Gaza, y compris des corps.
Le 7 octobre 2023, lors de l'attaque du Hamas dans le sud d'Israël, le mouvement islamiste a enlevé 251 personnes dont 97 sont toujours retenues en otage à Gaza, 33 d'entre elle ayant été déclarées mortes par l'armée israélienne.
Il y aurait actuellement plus de 9.600 prisonniers palestiniens détenus par Israël, selon les organisations de défense des prisonniers, la libération de certains étant réclamée depuis des années.
La Cour suprême a estimé que « le respect des morts et le droit des proches à les enterrer » figuraient parmi « les valeurs fondamentales de l'Etat », mais qu'un autre principe fondamental, « la libération de captifs », prévalait.
En conséquence, la détention de « corps de terroristes » a un « but légitime » si elle peut « faciliter les négociations pour le retour des soldats, des civils et des personnes tombées au combat, retenus par le Hamas », a conclu la Cour.
L'ONG Adalah a dénoncé une « décision (qui) incarne une idéologie profondément raciste », fustigeant une politique de « monnaie d'échange ».
Israël conserve les corps de dizaines de Palestiniens depuis des années, notamment ceux de membres de groupes armés tués lors d'affrontements ayant fait des victimes israéliennes.

