Le ministre espagnol de la Transformation numérique Jose Luis Escriva pose pour des photos alors qu'il arrive avant la première réunion hebdomadaire du cabinet du nouveau gouvernement, au palais de La Moncloa à Madrid, le 22 novembre 2023. Photo Javier SORIANO/AFP
« Ministre le matin, gouverneur l'après-midi »: le Premier ministre espagnol Pedro Sánchez s'est attiré mercredi de sévères critiques de l'opposition en nommant un poids lourd de son gouvernement à la tête de la Banque d'Espagne, institution en théorie indépendante.
Après des mois de tergiversation ayant nécessité un intérim à la tête de l'institution monétaire, M. Sánchez, un socialiste, a choisi l'un de ses proches, le ministre de la Transition numérique et de la Fonction publique José Luis Escrivá, pour remplacer Pablo Hernández de Cos.
M. Escrivá est « le candidat idéal » pour diriger la banque centrale, a justifié lors d'une audition au Parlement le ministre de l'Economie, Carlos Cuerpo, en officialisant la nomination de cet économiste de 63 ans, dont le mandat doit courir jusqu'en 2030.
La nomination de M. Escriva - qui devrait faire l'objet d'un décret publié jeudi, selon une source gouvernementale - rompt avec une tradition voulant que la banque d'Espagne, comme l'ensemble des banques centrales de l'UE, soit gouvernée par une personnalité neutre.
Elle a fait l'objet de vives critiques de l'opposition de droite, à commencer par le Parti populaire (PP), mais aussi de certains alliés de M. Sánchez, qui ont accusé le Premier ministre de chercher à « contrôler » l'institution monétaire.
« Très dommageable »
« Le fait que le gouvernement nomme un ministre comme gouverneur est très dommageable pour l'indépendance de la Banque d'Espagne », a ainsi regretté Alberto Núñez Feijóo, chef de file du PP. José Luis Escrivá « ne peut pas être ministre le matin et gouverneur l'après-midi », a-t-il lancé.
Interrogé sur la radio publique RNE, le porte-parole du PP, Borja Semper, a dénoncé une décision « inédite ». « En tant que gouverneur de la Banque d'Espagne, M. Escrivá va superviser la gestion de M. Escrivá lui-même lorsqu'il était membre du gouvernement », s'est-il offusqué.
A gauche, certaines voix se sont également fait entendre, notamment au sein de la formation de gauche radicale Podemos, en froid avec M. Sánchez.
Cette nomination « n'est pas saine démocratiquement », a jugé le porte-parole de ce parti d'extrême gauche, Pablo Fernández, accusant le gouvernement de « placer ses pions ».
Le mandat de M. Hernández de Cos avait pris fin le 10 juin sans qu'aucun remplaçant lui soit trouvé, dans un contexte de vives tensions entre le gouvernement Sánchez et l'opposition de droite, à couteaux tirés depuis la reconduction de la gauche au pouvoir fin 2023.
Cette situation avait obligé l'exécutif à nommer de façon intérimaire la sous-gouverneure de la Banque d'Espagne, Margarita Delgado, à la tête de l'organisme bancaire. Son mandat, d'une durée de trois mois, ne pouvait aller au-delà du 11 septembre.
« Vaste expérience »
Répondant à ces critiques, Carlos Cuerpo a appelé mercredi l'opposition à ne pas tomber « dans des lectures simplistes », assurant que cette nomination ne remettait en rien en cause l'indépendance de la Banque d'Espagne, et insisté sur les « qualités » de M. Escrivá.
Il possède « les qualifications techniques » pour occuper ce poste, en raison de son « expérience dans les institutions financières les plus importantes » et de sa connaissance approfondie de la Banque d'Espagne », où il a passé « une grande partie de sa carrière », a insisté M. Cuerpo.
Diplômé de l'université Complutense de Madrid, José Luis Escrivá a débuté sa carrière au sein de la Banque d'Espagne dans les années 1980 avant de diriger la politique monétaire de la Banque centrale européenne (1999-2004), puis le département de recherche économique de la banque BBVA (2004-2010).
Nommé en 2014 président de la Cour des comptes espagnole (AIReF), il a rejoint le gouvernement Sánchez en 2020 en tant que ministre de l'Inclusion, de la Sécurité sociale et de l'Immigration, avant de prendre la tête en 2023 du ministère de la Transformation numérique et de la Fonction publique.
Au sein du gouvernement, il a piloté des mesures de protection pour les familles et les entreprises durant la crise du Covid. Il a par ailleurs mis en oeuvre le revenu minimum vital pour les plus précaires et a été le grand artisan d'une réforme des retraites destinée à assurer la pérennité du système de pensions.


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