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Politique - Présidentielle

Raï franchit un cap face au Hezbollah : le futur président doit mettre en œuvre la résolution 1559

Le cardinal Pietro Parolin, numéro deux du Vatican, est attendu à Beyrouth dimanche.

Raï franchit un cap face au Hezbollah : le futur président doit mettre en œuvre la résolution 1559

Le patriarche maronite, Béchara Raï, célébrant la messe à la basilique Notre-Dame du Liban à Harissa, le 16 juin 2024. Photo tirée de la page Facebook du patriarcat maronite

Un président dans les plus brefs délais ? Oui, mais pas n’importe lequel. Un peu plus de 18 mois après l’expiration du mandat de Michel Aoun (en octobre 2022), le patriarche maronite, Béchara Raï, ne se contente plus de simples appels à l’élection rapide d’un nouveau président de la République, plus haut poste réservé à sa communauté au sein de la hiérarchie officielle. Le chef de l’Église maronite vient de franchir un nouveau cap : il définit aujourd’hui lui-même en des termes très clairs le profil et le programme du futur chef de l’État, quel qu'il soit, plaidant pour « une figure exceptionnelle » qui mettrait en application les résolutions internationales relatives au dossier libanais et qui pourrait mener le processus de réformes économiques… Mais allant plus loin que cela, le patriarche a dépoussiéré une bête noire du Hezbollah, la résolution 1559 du Conseil de sécurité (2004), affirmant que le nouveau président devrait la mettre en œuvre.  

Grosso modo donc, le prélat rejoint les efforts de la communauté internationale qui plaide sans relâche depuis plusieurs mois pour l’élection d’une figure faisant l’objet d’une entente élargie, à même de piloter le processus de redressement du pays et de négocier en son nom, afin de lui épargner le scénario du pire à l’heure où le spectre d’une guerre totale contre Israël continue de planer sérieusement sur le Liban. 

« Nous demandons à Dieu que soit choisie pour la présidence de la République une personnalité exceptionnelle caractérisée par son sens de l’éthique et d’appartenance au Liban, mais aussi par son courage (…). Elle pourrait donc faire primer la légitimité, faire face à toute atteinte à l’entité étatique, et surveiller le bon fonctionnement des institutions et le respect de la Constitution », a déclaré Mgr Raï dans son homélie dominicale. Dans la même veine, il a plaidé pour « une application sérieuse des résolutions internationales, notamment la 1559 (2004, appelant au désarmement des milices présentes sur le territoire libanais), la 1680 (2006, exigeant la délimitation de la frontière terrestre entre le Liban et la Syrie) et la 1701 (2006, ayant mis fin à la guerre entre Israël et le Hezbollah), qui garantissent l’indépendance du Liban, sa souveraineté et l’exercice du seul pouvoir légitime sur l’ensemble de son territoire ». « Nous espérons aussi qu’émergera un nouveau pouvoir sur le double plan parlementaire et gouvernemental, à même de mener les réformes politiques et économiques et d’œuvrer pour la neutralité du Liban », a encore dit le chef de l’Église maronite, remettant ainsi sur le tapis une bataille qui lui est chère et qu’il avait menée il y a quelques années, dans une volonté de garder le Liban à l’abri des conflits des axes régionaux. 

« Nous convergeons avec le patriarche sur la nécessité d'élire un président qui puisse porter les valeurs souverainistes », se félicite Ghayath Yazbeck, député des Forces libanaises, plus large groupe de l'opposition, dans une déclaration à L'Orient-Le Jour. 


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Cette homélie du patriarche a de quoi pousser certains observateurs à l’assimiler au célèbre « appel des évêques maronites » de septembre 2000. Ce texte avait ouvertement plaidé, et pour la toute première fois, pour un redéploiement immédiat de l’armée syrienne en vue d'un départ ultérieur du Liban, quelques mois après le retrait israélien du Sud en mai de la même année.
Béchara Raï a ainsi clairement brisé le tabou de la 1559, une résolution farouchement combattue par le Hezbollah et ses affidés et, de ce fait, quasiment oubliée ou du moins reléguée au second plan par le reste de la classe politique depuis des années.

« Le manque de responsabilité dont font preuve les protagonistes politiques sur ce plan est incroyable et inacceptable. Cela ne laisse au patriarche maronite que le choix de continuer à hausser le ton et presser pour l’élection d’un président », commente pour L’Orient-Le Jour Mgr Boulos Sayah, évêque proche du patriarche. Un ras-le-bol qui s’est fait sentir dans le communiqué publié à l’issue du synode des évêques maronites qui s’est tenu du 5 au 15 juin. « La priorité devrait être accordée à l’élection du président de la République », peut-on lire dans le texte, qui appelle les députés à « accomplir immédiatement leur devoir constitutionnel d’élire un chef de l’État (…) ».

Message à plusieurs destinataires
Quoi qu’il en soit, certains cercles proches de Bkerké ne voient rien de surprenant dans la dernière prise de position du patriarche, sans pour autant en réduire l’importance politique. « Cette homélie s’inscrit dans le prolongement du discours adopté par le chef de l’Église maronite depuis le début du vide à la tête de l’État. Le patriarche a toujours veillé à rester loin de la politique politicienne. Et il exerce un forcing pour que le débat soit centré sur le profil du futur chef de l’État », rappelle Toni Nissi, président du Comité pour la mise en application des résolutions des Nations unies pour le Liban (un organisme fondé en 2005 et enregistré auprès de l’ONU et qui a pour mission de « plaider pour l’application des résolutions du Conseil de sécurité relatives au Liban », comme on peut lire sur son site web) et proche du patriarcat maronite. 

Pour mémoire

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Il n’en demeure pas moins que l’homélie du patriarche est porteuse d’un message tant aux protagonistes locaux qu’internationaux en quête du successeur de Michel Aoun. « C’est à un président qui respecterait la feuille de route établie par Mgr Raï que Bkerké accordera son feu vert », appuie M. Nissi.

Sur la même longueur d’onde
D’ailleurs, c’est surtout sous l’angle de leur timing que les propos du patriarche maronite sont à aborder. Ils sont en effet intervenus une semaine avant la visite du cardinal Pietro Parolin, secrétaire d’État du Saint-Siège, attendu à Beyrouth dimanche. De sources concordantes, on affirme que le haut responsable du Vatican vient surtout pour assister à un événement organisé par l’ordre de Malte, une ONG caritative. Sauf qu’au Liban, la politique n’est jamais bien loin. D’autant plus que le même cardinal Parolin s’était entretenu avec l’émissaire spécial de l’Élysée pour le Liban, Jean-Yves Le Drian, il y a une dizaine de jours. De quoi donner le sentiment que le déplacement du cardinal est loin d’être d’ordre strictement religieux. « Il y a une coordination entre le Vatican et M. Le Drian au sujet du Liban », confirme une source diplomatique occidentale. La question de la présidentielle pourrait également figurer au menu de la réunion entre Mgr Raï et le cardinal Parolin. « C’est à Bkerké que ce dernier tiendra sa plus importante réunion avec plusieurs évêques, Mgr Raï en tête » , déclare Mgr Boulos Sayah, y voyant une confirmation que Bkerké et le Vatican sont sur la même longueur d’onde. Une façon de répondre à ce qu’il appelle « les spéculations médiatiques futiles » autour d’une éventuelle volonté du Saint-Siège de démettre Mgr Raï de ses fonctions. « Il ne compte même pas démissionner », tranche Mgr Sayah. Ces dernières semaines, des rumeurs, véhiculées ou entretenues par des articles de presse, ont circulé au Liban à propos de désaccords entre Bkerké et le Vatican. Il a même été question d'une volonté de changement à la tête de l'Église maronite.   

Un président dans les plus brefs délais ? Oui, mais pas n’importe lequel. Un peu plus de 18 mois après l’expiration du mandat de Michel Aoun (en octobre 2022), le patriarche maronite, Béchara Raï, ne se contente plus de simples appels à l’élection rapide d’un nouveau président de la République, plus haut poste réservé à sa communauté au sein de la hiérarchie officielle....
commentaires (11)

1559 il y a 20 ans ! C'est pas trop tôt de la part des religieux de réclamer son implémentation. Vu la dégradation de la situation. Mais c'est bien trop tard. Elle n'aura pas lieu, hélas.

TrucMuche

20 h 24, le 19 juin 2024

Tous les commentaires

Commentaires (11)

  • 1559 il y a 20 ans ! C'est pas trop tôt de la part des religieux de réclamer son implémentation. Vu la dégradation de la situation. Mais c'est bien trop tard. Elle n'aura pas lieu, hélas.

    TrucMuche

    20 h 24, le 19 juin 2024

  • Parlez en au beau fils monseigneur, Bassil la pirouette

    Christian Robin

    18 h 18, le 19 juin 2024

  • Bravo !!

    Wow

    12 h 43, le 19 juin 2024

  • Il serait temps que tous les représentants de toutes les confessions descendent main dans la main dans la rue pour exprimer le ras-le-bol que les libanais réclament à cor et à cris depuis des décennies sans jamais pouvoir s’exprimer faute de leaders patriotes qui les appuient pour faire entendre leur voix étouffer par les vociférations et les menaces des vendus, corrompus et traîtres de notre pays.

    Sissi zayyat

    12 h 11, le 19 juin 2024

  • Voilà qui est dit. BRAVO mon seigneur. Quant à ceux qui s’offusquent lorsque notre patriarche se mêle de politique, ils devraient faire autant et avec la même virulence lorsque les cheikhs et les soit disant dignitaires chiites ne cessent de menacer et d’exiger une ligne de conduite contre nature des libanais patriotiques en se servant de leur religion pour séparer et diviser les libanais. Il faut que tous les opposants réclame les mêmes conditions que le patriarche point. Ras le bol de servir d’otages et de chair à canons aux vendus de notre pays parce que armés. Seule l’armée libanaise doit

    Sissi zayyat

    12 h 06, le 19 juin 2024

  • Une idée : imaginons que la Constitution prévoit qu'en cas de vacance de la présidence à la tête de la République libanaise, ce soit le patriarche maronite qui fasse office de président par intérim ? Imaginez alors que le premier ministre soit la plus haute autorité religieuse sunnite et Nasrahla président du parlement. Et les ministres les patriarches respectifs des Melkites Grecs-orthodoxes, Grec-Catholiques, Arméniens, Druzes, Syriaques...Avec accessoirement un pasteur et un rabin sur un strapontin. Il faudrait que chacun d'entre eux conservent le plus de distance avec les "zaïns"

    Nicolas ZAHAR

    11 h 29, le 19 juin 2024

  • Mgr Rai est un homme de religion et pas politicien , qu’il donne son avis est tout à fait normal mais doit éviter un engagement sur la scéne polico onusienne

    TAMIN FAROUCK

    09 h 19, le 19 juin 2024

  • Il en appelle au respect de la constitution, à l'application des résolutions: la 1559 , appelant au désarmement des milices , la1680 relative à la frontière terrestre entre le Liban et la Syrie) et la 1701... Il demande à Dieu que soit choisi pour la présidence une personnalité exceptionnelle imprégnée d'un sens de l’éthique et d’appartenance au Liban.. Ne lui semble t il pas, malheureusement, prêcher dans le désert à l'heure ou israël peaufine son plan pour exterminer le hezbollah et anéantir le Liban (ou ce qu'il en reste) ?

    C…

    08 h 39, le 19 juin 2024

  • Oui, le Liban a besoin pour siéger à Baabda, d’une "figure exceptionnelle » qui mettrait en application les résolutions internationales relatives au dossier libanais et qui pourrait mener le processus de réformes économiques". C-à-d exactement le contraire de ce qu’on veut nous imposer, à savoir, un président "de compromis", incolore, inodore et insipide, capable de contenter tout le monde et son père, et, en définitive, personne.

    Yves Prevost

    07 h 22, le 19 juin 2024

  • Rai parle comme si les maronites etaient d'accord entre eux. C'est leur positions differentes et incoherentes qui nous a conduit au gouffre.

    Ma Realite

    06 h 40, le 19 juin 2024

  • - LA MILLE CINQ CENTS CINQUANTE NEUF ! - JE NE FAIS QUE L,EXIGER EN VEUF. - VOUS CHANTIEZ LA MILLE SEPT CENTS UN, - ET PARLIEZ DE CONSENSUS EN VAIN, - NARGUANT QU,ON NE PEUT VIVRE A L,AMIABLE, - AVEC UN TANDEM INTOLERABLE, - DONT L,OBEDIENCE N,EST PAS SOUMISE - AU PAYS, DETRUIT PAR SA MAINMISE. - L,ATTRAPPE-IDIOTS EST SON CONSENSUS.- VOUS ETES PRIS AUX RETS DES BARBUS. - PATRIARCHE LE REVEIL EST BON. - S,IL ENGLOBE TOUTE LA NATION, - ET EN PREMIER VOTRE BERGERIE, - BREBIS DE TOUTES CATEGORIES. - SINON ADIEU NOTRE BEAU LIBAN, - SACRIFIE PAR TES FILS A SATAN.

    LA LIBRE EXPRESSION NE COMMENTE PAS.ELLE CONSEILLE

    02 h 23, le 19 juin 2024

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