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Culture - Lecture

Sur les réseaux et en librairie, la « New Romance » bouleverse l'édition

Si le lectorat est constitué à une majorité écrasante de femmes (95 %, avance Hugo Publishing), il est aussi de plus en plus jeune.

Sur les réseaux et en librairie, la « New Romance » bouleverse l'édition

La « New Romance » aborde les thèmes du consentement, du désir féminin et de la sexualité. Photo AFP

Captive, Toxic... en ligne comme en librairie, impossible de rater ces couvertures ornées de roses, de chaînes et de torses nus : la « New Romance » et son sous-genre sulfureux la « Dark Romance » connaissent un succès croissant auprès d’un lectorat de plus en plus jeune.

Des centaines de jeunes femmes, âgées de 13 à 30 ans pour la plupart, qui patientent plus d’une heure en faisant la queue, avant de se ruer sur les dernières nouveautés : cette affluence à faire pâlir d’envie tout éditeur était celle du coin dédié à la « New Romance », au Festival du livre de Paris, en avril.

Importé du monde anglo-saxon, ce genre, qui renouvelle le roman à l’eau de rose tout en cassant les règles de l’édition traditionnelle, a débarqué en France en 2013 dans le sillage de la série « Fifty Shades of Grey », romance aux accents BDSM (bondage, domination, sadisme, masochisme).

Le bouche-à-oreille géant du réseau TikTok, où les lectrices se recommandent leurs coups de cœur et échangent avec les auteures, dope les ventes des textes, souvent nés sur des plateformes de « fan fiction » comme le site Wattpad. Captive, série best-seller de Sarah Rivens, a ainsi rapporté quinze millions d’euros de chiffre d’affaires en 2023.

« On a rapidement compris qu’on s’adressait à des communautés, avec des codes calqués sur ceux des réseaux », déclare Arthur de Saint Vincent, à la tête de Hugo Publishing, leader du secteur qui a déposé les termes « New Romance » et publie désormais 150 titres par an en moyenne, pour un chiffre d’affaires de 22,6 millions d’euros en 2023.

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Dont acte : la maison s’est dotée au fil des ans d’une équipe d’une quinzaine de communicants, chargés d’animer les réseaux, des rencontres physiques très prisées des lectrices, des serveurs vocaux Discord autour des séries... et même une plateforme dédiée à l’écriture de romances, où sont organisés des concours permettant aux textes les plus plébiscités d’être publiés.

Si le lectorat est constitué à une majorité écrasante de femmes (95 %, avance Hugo Publishing), il est aussi de plus en plus jeune. « Jusqu’en 2021, on était plutôt autour de 18-40 ans, témoigne Arthur de Saint Vincent. Maintenant, on a un public qui commence autour de 12 à 13 ans. »

« Dark Romance » 

Un autre facteur explique cet engouement : la « Pass Culture », qui donne aux adolescents et aux jeunes de 18 ans un crédit – d’un montant de 300 euros pour les majeurs – leur permettant d’acquérir des livres, entre autres produits culturels. Avec un succès certain, puisque le genre de la « New Romance », et plus spécifiquement la « Dark Romance », vient gonfler les ventes de romans réalisées grâce à ce dispositif soutenu par le ministère de la Culture.

Avec son cortège de personnages féminins capturés, violentés ou torturés par un homme dont elles sont éperdument amoureuses, le style est accusé de promouvoir une image rétrograde des rapports hommes-femmes.

Joyce Kitten, auteure des séries à succès Toxic et Borderline, s’en défend. « Je pense qu’il faut laisser les femmes lire et écrire ce qu’elles veulent », déclare celle qui se dit féministe convaincue.

« Je fais la différence, dans ma vie de femme, entre ce qui relève du fantasme et de la réalité, ajoute-t-elle. On reprend rarement les hommes sur leurs fantasmes ou leur consommation de pornographie, ou on occulte le fait que l’imaginaire féminin est parcouru par la domination masculine... ne nous étonnons pas que cela ressorte dans notre littérature. »

La jeune auteure, qui regrette que le genre entier soit réduit à une poignée d’ouvrages, estime toutefois « que certains procès en misogynie sont justifiés » et dit intégrer cette réflexion à ses futures œuvres.

Et d’imaginer que certaines rééditions puissent être expurgées de scènes à connotation par trop sexistes.

Sa principale préoccupation : l’âge de ses lectrices, qu’elle souhaiterait ne pas voir ouvrir ses livres « avant 25 ans ».

Elle n’est pas la seule : en librairie, les livres sont couverts d’autocollants de mise en garde aux lectrices non averties qui pourraient être choquées par la violence des scènes.

Captive, Toxic... en ligne comme en librairie, impossible de rater ces couvertures ornées de roses, de chaînes et de torses nus : la « New Romance » et son sous-genre sulfureux la « Dark Romance » connaissent un succès croissant auprès d’un lectorat de plus en plus jeune.Des centaines de jeunes femmes, âgées de 13 à 30 ans pour la plupart, qui patientent plus d’une heure en faisant...
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