Le chef des Kataëb, Samy Gemayel (à gauche), lors d'une interview avec le journaliste Mario Abboud, le 16 mai 2024 sur la LBCI. Capture d'écran
Le député Samy Gemayel, chef du parti Kataëb, a qualifié de « sans valeur et sans effet réel sur le terrain » les recommandations du Parlement au cabinet sortant, concernant une aide d'un milliard d'euros promise par l'Union européenne (UE) au Liban, lors d'une interview jeudi sur la chaîne LBCI.
Le Parlement s'est réuni mercredi pour examiner le don d'un milliard d'euros, annoncé par la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, lors d'une visite à Beyrouth le 2 mai dernier, ainsi que le statut des migrants et des réfugiés syriens au Liban. Le Parlement a adopté des recommandations clés, dont la formation d'un comité ministériel dirigé par le Premier ministre sortant, Nagib Mikati, pour mettre au point un plan de retour des réfugiés, tout en appelant à un soutien international pour renforcer la sécurité des frontières et faciliter le rapatriement des réfugiés.
« Nous n'avons pas compris la signification de la séance parlementaire d'hier, mais nous y avons assisté en raison de l'importance de son sujet », a déclaré M. Gemayel. « Toutefois, ses recommandations ne valent rien et n'ont pas d'effet réel sur le terrain », a-t-il ajouté.
Pressions du Hezbollah sur la communauté internationale
Le leader chrétien a également noté que « de nombreux blocs » n'ont pas participé à l'élaboration des recommandations du Parlement mercredi. Ces recommandations ont été rédigées la veille lors d'une rencontre à la Chambre entre des représentants de différents blocs, à l'exception de certains partis d'opposition, dont les Kataëb.
« Nous n'avons pas compris les critères des recommandations (...) des blocs entiers représentant une grande partie du Parlement n'ont pas participé à la discussion ou à la décision sur les recommandations », a ajouté le député.
L'annonce européenne a suscité de vives critiques des partis politiques et de l'opinion publique, certains accusant l'UE de tenter de « corrompre » les autorités libanaises pour qu'elles maintiennent les Syriens au Liban afin d'empêcher leur migration vers l'Europe. La session parlementaire a été planifiée dans le but d'unifier l'approche du Liban, en particulier avant le sommet de Bruxelles sur la Syrie prévu le 27 mai.
Lors de son passage sur la LBCI, Samy Gemayel a également accusé le Hezbollah d'empêcher l'expulsion des Syriens, dans ce qu'il a décrit comme une « exigence » pour faire face à la « crise » des réfugiés. Le secrétaire général du Hezbollah, Hassan Nasrallah, « veut maintenir la crise au Liban afin de faire pression pour libérer la Syrie de son siège », imposé par la communauté internationale, a déclaré M. Gemayel.
Selon lui, Hassan Nasrallah « fait pression sur l'Europe, l'Occident et le Liban pour que tout le monde capitule sur la question (du président syrien) Bachar el-Assad, dans le but de lever les sanctions qui pèsent sur lui ». « Il utilise le Liban, le peuple libanais et le peuple syrien présent au Liban pour faire pression au niveau politique et servir ses propres intérêts, ainsi que ceux de la Syrie et l'Iran », a-t-il encore dit.
Lors d'un discours prononcé le 14 mai, M. Nasrallah a appelé le Liban à prendre la « décision courageuse » d'ouvrir l'accès à la mer aux Syriens souhaitant se rendre en Europe, afin de faire pression sur la communauté internationale. « Nous n'avons jamais dit qu'il fallait forcer les Syriens à monter sur un bateau et partir. Mais il faut leur permettre de partir légalement, en adoptant une loi nationale qui dit : « La mer est ouverte ! Partez, vous en avez le droit », a-t-il plaidé. « Si nous faisons cela, ce n'est plus un milliard que l'UE nous donnera, mais 20 ou 30 milliards », a encore dit le chef du Hezbollah.
« Le Hezbollah défend Gaza, pas le Liban »
Commentant la guerre qui fait rage dans le sud du Liban depuis le 8 octobre dernier, entre Israël d'un côté et le Hezbollah et plusieurs factions libanaises et palestiniennes de l'autre, M. Gemayel a déclaré : « Nous sommes un pays sous hégémonie et notre pouvoir décisionnel est aux mains du Hezbollah, qui tient le Liban en otage en ce qui concerne les décisions relatives à la paix et à la guerre ».
« Le Hezbollah défend Gaza, pas le Liban », a déclaré M. Gemayel. « Il a ouvert un front de soutien à Gaza et a impliqué le Liban dans une longue guerre au service d'autres peuples, et c'est ce qu'il fait avec la question des réfugiés, c'est-à-dire qu'il implique le Liban, les chiites, les sunnites, les chrétiens et les druzes dans un problème au service du régime syrien ».
Le Hezbollah et Israël se livrent à des échanges de tirs quasi quotidiens au Liban-Sud, ce qui fait craindre une guerre plus élargie qui serait dévastatrice pour la région. Les frappes israéliennes ont jusqu'à présent tué 61 civils, 19 médecins, 3 journalistes et des centaines de combattants, selon un décompte de L'Orient-Le Jour.


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